DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ XXIII
dont chacun avait exigé de lui un effort considérable. Le plus long avait été lu devant l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pendant les séances des 2, 18, 25 mai et 8 juin 1849. C'était, à proprement parler, comme un spécimen, sinon de ce que serait la Chrestomathie annoncée ', du moins de la méthode qu'il appliquait pour en établir le texte. Il avait choisi Tune des plus curieuses parmi les inscriptions que Champollion avait copiées dans les tombeaux d'El-Kab, celle où Ahmès, fils d'Abana, décrivait sa vie sous les derniers Pharaons de la XVIP dynastie et sous les premiers de la XVIII®, et racontait incidempient divers épisodes de l'expulsion des Pasteurs. Il l'avait déchiffrée en partie dès le début de sa carrière, et il en avait tiré déjà bon parti dans son Examen*, mais il ne l'avait pas quittée depuis lors, et, après trois années employées à en perfectionner Tînterprétation, le moment lui semblait venu de livrer aux savants les fruits de sa longue patience. On se figure mal l'impression que cette discussion minutieuse et serrée produisit sur l'Académie d'alors, qui comptait si peu de membres préparés à la suivre par le détail , mais, quand on la relit aujourd'hui, après plus d'un demisiècle, on demeure confondu d'étonnement et d'admiration. Au bout de cent quatre-vingt-seize pages, sept lignes seulement du document choisi avaient été expliquées, et pourtant le commentaire qui accompagne la traduction de ces sept lignes avait opéré une révolution dans notre science. Les successeurs de Champollion avaient trop procédé par divination intuitive dans tous les domaines de l'égyptologie, et nulle part ce procédé n'avait eu de résultats plus fâcheux que dans l'interprétation des inscriptions. S'appuyant sur les quelques mots dont le maître avait réussi à déterminer le
1. Voir, sur ce projet de Chrestomathie, ce qui est dit plus haut, p. vu de cette Notice biographique,