Voir Œucre9, t. I, p
XXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
sens, ils conjecturaient la signification des autres, soit en les rapprochant sans précautions su£Ssantes du copte ou de l'hébreu, soit en préjugeant le sens de la phrase dans laquelle ils les apercevaient. La valeur des termes ainsi définie à leur gré, ils s'évertuaient à en déduire l'intention de chaque phrase, mais là, comme Champollion, pressé par le temps, avait presque entièrement négligé la syntaxe, leur fantaisie se donnait libre carrière : la coupe normale de chaque proposition leur échappait, ainsi que les relations des propositions entre elles. Les traductions auxquelles ils arrivaient par ces moyens de pure imagination étaient si étranges parfois qu'elles déconcertaient le public et les savants euxmêmes ; les plus prudents, à l'exemple de Lepsius, affirmaient hautement que, si l'on parvenait à rendre certains textes assez courts, les œuvres de longue haleine, religieuses, poétiques ou scientifiques, demeuraient actuellement et demeureraient longtemps encore lettre close pour les modernes. Rougé se proposa de prouver, et il prouva, qu'en analysant strictement chaque signe et chaque mot, on irait jusqu'au bout de la découverte ; rencontrant un groupe incertain de lecture ou de sens, il le cherchait dans d'autres textes, tant qu'enfin il tombât sur un passage tel qu'il n'y eût plus moyen d'en ignorer la valeur phonétique ou la signification. C'était appliquer au déchiffrement un procédé analogue à celui dont les mathématiciens se servent pour dégager l'inconnue d'une équation. Les premiers essais furent lents, et on le conçoit lorsqu'on se rappelle le petit nombre de termes certains qu'on possédait alors ; les progrès devinrent de plus en plus rapides, à mesure que les constatations partielles s'accumulèrent, et, s'ils ont été si faciles en ces derniers temps, cela tient à l'application que les égyptologues de la génération actuelle font des méthodes de Rougé, sans soupçonner le plus souvent que c'est à lui qu'ils les doivent.
Les lenteurs habituelles aux impressions officielles retar-