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DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGE XXXIX

Les années qui suivirent furent à coup sûr les mieux remplies de sa vie. Le Louvre l'occupa beaucoup pendant quelque temps encore. L'arrivée des milliers d'objets découverts par Mariette au Sérapéum l'obligea à fermer les salles dans les premiers jours de 1853, puis à tout reclasser : ce fut l'affaire de deux mois, pendant lesquels il ne se ménagea point \ mais, bientôt après, de nouveaux devoirs l'arrachèrent à cette maison qu'il aimait tant. Disons tout de suite, pour en finir avec ce côté politique de sa carrière, que l'Empire, en quête d'hommes illustres pour les grands corps qu'il constituait alors, lui offrit une place au Conseil d'État ; il accepta et, le 4 décembre 1854, il fut nommé d'emblée Conseiller dans la section de l'Instruction publique. Les règlements contre le cumul le contraignirent à quitter sa place du Louvre : il redevint Conservateur honoraire le 17 février 1855 et il le resta jusqu'à la fin de ses jours. Mariette d'abord, puis en 1860 Devéria, et Pierret en 1871, dirigèrent le Musée, sans que pourtant il cessât jamais de s'intéresser à ce qui s'y faisait. Il essaya par la suite de soutenir aussi complète son activité scientifique, mais les devoirs de sa charge nouvelle lui dérobèrent un temps précieux ; partagé entre la routine du métier et ses recherches personnelles, il dut parfois reléguer celles-ci au second plan. Quand on voit ce qu'il a réussi à accomplir dans ces conditions défavorables, on se demande ce qu'il n'eût pas fait s'il eût été le maître absolu de sa vie entière.

Il semble qu'en ce moment de sa carrière, Rougé ait poursuivi deux objets distincts : faire l'éducation archéologique du

1. E. de Howg^y Rapport sur la réorganisation dos Salles égyptiennes du Musée du Loucre, dans VAthénœum français, 1853. t. II, p. 68(5-

XL NOTICE BIOGRAPHIQUE

gros public, et démontrer aux savants, par des analyses de plus en plus approfondies, l'excellence de la méthode qu'il avait inaugurée dans toutes les branches de la discipline égyptienne. C'est à son œuvre de vulgarisation que se rattachent son mémoire sur le poème de Pentaour, et les articles qu'il publia dans VAthénœum français de 1852 à 1856. Les articles de Y Athénœum français sont ignorés de la génération nouvelle; insérés dans un journal oublié depuis très longtemps et que la plupart des bibliothèques ne possèdent point, ils ont suivi ses destinées et ils ont disparu avec lui. Le plus long d'entre eux, qui s'intitulait Études sur l'Archéologie égyptienne^ débutait par une histoire sommaire, mais racontée très clairement, de la découverte de ChampoUion; après avoir initié le lecteur aux principes, il le menait peu à peu à l'examen des affaires présentes. Fut-îl apprécié à sa juste valeur par les abonnés de la revue? Il était bien sérieux, et le monde lettré de ce milieu du XIX® siècle n'avait que peu de goût pour une façon aussi austère d'envisager les questions ; il en était encore à cet Orient de convention que les écrivains et les artistes du romantisme avaient mis à la mode, et l'Orient véritable, l'Orient historique et philologique des savants, ne l'attirait guère. Les Études plurent sans doute à quelques-uns; la plupart des lecteurs les parcoururent d'un regard distrait et ils poussèrent, sans s'y arrêter, jusqu'aux chroniques de la littérature courante et des théâtres. Je les ai reproduites à leur place chronologique, et qui les lira, il y trouvera son profit aujourd'hui encore : on gagne toujours à noter la manière dont un homme tel que Rougé exprime les notions les plus élémentaires. Si ces leçons d'une lecture aisée déconcertèrent les contemporains, quelle impression d'eflFroi ne durent pas produire les articles de science pure, la note sur Avaris et sur les

1. Publié en quatre relais dans VAthénœum français, en 1852, p. 106-107, 154-156, et en 1853, p. 414-416, 466-468; point de tirages à part.

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