DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ XLI
Pasteurs, où le début du Papyrus Sali fer nP 1 fut traduit pour la première fois S les lignes sur le nom de Sésostris*, et surtout la Notice sur quelques textes hiéroglyphiques nouvellement publiés par M. Greene*. Il avait pris soin d'y séparer la partie d'exposition de la partie d'analyse, et de reléguer les hiéroglyphes dans un chapitre spécial. Même dissimulés de la sorte, ils efifrayèrent, et leur présence nuisit au récit des victoires que le Pharaon Ramsès III avait remportées sur les Peuples de la Mer et sur les Libyens. M. de Rougé avait pourtant masqué de son mieux l'énorme travail auquel il avait dû se livrer pour tirer un sens du texte mutilé, et, par des combinaisons très habiles, il avait réussi à rendre le mouvement lyrique du morceau ; les quelques intrépides qui lurent son mémoire en conçurent Tidée que les Egyptiens avaient l'instinct de la poésie épique, et leur impression fut confirmée peu après par la publication du poème de Pentaour.
Le papyrus qui le contenait était déjà presque célèbre. Champollion, l'ayant examiné à Aix chez M. Sallier, en avait discerné le sujet et il en avait tiré la matière d'un mémoire que Salvolini s'appropria après sa mort et qu'il imprima sous son nom *. Le Musée Britannique l'avait acquis depuis lors et publié en fac-similé, avec une notice par Birch, qui confirmait l'interprétation de Champollion^ mais qui n'y ajoutait
1. Sur r histoire des Apis et s tir les principaux papyrus de la collection Sallier, lu à TAcadémie le 12 mai 1854, publié dans VAl/iènœuni froftçais, 1854, p. 531-532.
2. Le Véritable Sésostris, lu à TAcadémie le 27 octobre 1854, publié dans V A thénœum français, 1854, p. 1128.
3. Notice sur quelques textes hiéroglyphiques publiés récemment par Af. Greene, dans ÏAthénœum français, 1855, p. 956 sqq., 1083 sqq.; tirage à part in-8*, chez Thunot, 1855, 58 p. et 2 tableaux.
4. Salvolini, Campagne de Ramsès le Grand (Sésostris) contre les Schètas et leurs alliés. Manuscrit hiératique appartenant à M. Sallier, à Aix-en-Prooence, Notice sur ce mxLnuscrit, in-8% Paris, Dondey- Dupré, 1835, 124 p. et 2 pi.
XLII NOTICE BIOGRAPHIQUE
que peu de renseignements nouveaux. Rougé s'occupait depuis longtemps de le déchiflfrer et de le transcrire, mais l'écriture y était confuse et le texte incorrect. Nous avons dit déjà qu'il n'en surmontait pas les difficultés, lorsque le hasard le sortit d'embarras en lui jetant le Papyrus d'Orbiney aux mains' : grâce à l'expérience qu'il acquit en lisant les beaux caractères du roman, il triompha des obstacles que lui opposait la paléographie embrouillée du poème historique*. Son travail de transcription était déjà assez avancé vers le milieu de 1854 pour qu'il pût écrire à Chabas : « J'espère » publier dans peu le mot à mot hiéroglyphique des Papyrus » Sallier 1 et 3. hsL traduction est presque achevée* ». Les ennuis d'une impression à l'Imprimerie Impériale ne lui permirent pas de tenir cette promesse, et, pour ne pas être devancé par d'autres, il dut se borner à donner en 1856 une traduction française du seul Papyrus Sallier rV" III , Le début manquait; il put suppléer sans trop de peine à cette*imperfection du manuscrit. En effet Hamsès II, dont le poète de cour racontait le grand exploit à la bataille de Kadesh, avait gravé l'œuvre sur plusieurs de ses temples, et des fragments considérables de ces versions monumentales avaient été publiés, qui permirent de reconstituer les parties perdues et de compléter en plus d'un endroit la copie hiératique. Rougé réserva pour sa Chrestomathie la transcription en hiéroglyphes, les corrections, l'appareil critique, et il se contenta pour le moment de donner aux habitués des séances académiques la fieur même de son travail, la traduction française et les quelques renseignements historiques nécessaires à rintelligence de la mise en scène. La lecture eut lieu le 14 avril 1856, dans la séance publique des cinq Académies. Les auditeurs furent frappés à bon droit de la