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DU VICOMTE EMMANUEL DE R0U6É XLIII

vie intense qui circulait à travers le poème ; la description des charges de Ramsès, son isolement, sa détresse, son appel à Montou et la brusque irruption du dieu dans la mêlée leur parurent rappeler sans trop de désavantage plusieurs beaux passages des poèmes homériques. Dix ans plus tard, un homme qui pourtant n'était pas facile à émouvoir, le géographe Vivien Saint-Martin, trouvait encore des paroles enthousiastes pour définir l'œuvre qui lui avait été révélée ce jour-là : a On y respire, s'écriait-il, comme une émanation » de toutes les poésies primitives. C'est la simplicité ner- » veuse d'un chant biblique ; c'est Achille invoquant Jupiter ; » c'est un guerrier des temps védiques adjurant Indra, au » nom des sacrifices dont il a chargé ses autels ; c'est un » poète du cycle carlovingien célébrant Holand à la vaillante » épée* ». Le bon renom de la poésie égyptienne en fut consolidé du coup, mais ce que personne n'était en état d'apprécier dans l'auditoire, c'est l'art infini avec lequel Rougé avait su transposer en français et rendre accessible à ses contemporains la pensée du vieil aède égyptien. Depuis lors, on a effacé çà et là quelques contresens légers et précisé la nuance de certains mots, mais l'impression de l'ensemble avait été donnée du premier coup et l'on n'y a rien ajouté. C'est merveille de voir comme la phrase moderne s'adapte au contour de l'égyptienne et en fait ressortir l'énergie : la version française est presque partout le calque exact de l'original, et pourtant elle n'offre ni la raideur ni l'étrangeté qui sont souvent le défaut des traductions très fidèles. Le mémoire, publié par les soins de l'Académie*, fut reproduit par fragments dans des journaux ou dans des

1. Vivien Saint-Martin, l' Ancienne histoire de l'Orient d'après les déconcertes contemporaines, dans la Reçue contemporaine, série nouvelle, t. XVIl, p. 353.

2. E. de Rougé, Le Poème de Pcn-ta-our, Extrait d'un Mémoire sur les campagnes de Ramsès II Sèsostris, grand in-8*, Paris, Firmin Didot, 1856.

XLIV NOTICE BIOGRAPHIQUE

revues de Paris* et de la province*, et des extraits en furent traduits à l'étranger'. Après le roman, la poésie, moitié épique, moitié lyrique de TÉgypte, reparaissait subitement au jour.

C'était là un simple intermède, qui ne ralentit en rien le mouvement des publications d'ordre purement scientifique. Rougé continuait à être Toracle auquel s'adressaient les savants non égyptologues que leurs études entraînaient sur le domaine de l'égyptologie. Il fournissait plus que jamais à Biot les renseignements ou les traductions dont celui-ci avait besoin pour ses études sur l'astronomie égyptienne*. Chabas n'avait point cessé de correspondre avec lui, depuis le mois de mars 1852, lui soumettant ses doutes et ses désirs, « avec toute l'humilité d'un écolier qui se rend )) compte de sa faiblessCt quelques observations et quelques » difficultés^ )). Rougé lui communiquait à chaque fois des notes philologiques, et le tenait au courant de ses propres travaux. C'est ainsi que, dans sa lettre du 28 septembre 1854, il lui confiait ses projets de publication d'un Rituel hiératique, puis du mot à mot hiéroglyphique des Papyrus Sallier 1 et «?, dont la traduction était presque achevée: « Ce sera alors un point de départ très commode pour entrer

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