‹ Œuvres diversesChapitre 30 sur 218 · DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGE XLIX · texte numérisé non relu

DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGE XLIX

endroits, comportaient des pratiques d'une grossièreté et d'une barbarie enfantines. Qu'il y eût dans les temples des statues parlantes ou remuantes, dont un prêtre de bonne foi réglait les discours et les mouvements, il se refusait à l'admettre, et ce parti pris lui fit commettre le seul contresens sérieux qu'on ait noté dans l'ouvrage. Pour le reste, il n'y a que des modifications presque insignifiantes à opérer, et sa traduction ne diffère des traductions nouvelles que dans le détail. Peut-être, les égyptologues d'aujourd'hui trouveront-ils que la démonstration du sens de chaque mot est trop longtemps tenue, et qu'on aurait pu expliquer une pièce de même longueur en moitié moins de pages que Rougé n'en a consacrées à nous édifier sur les mésaventures de la fille du prince de Bakhtan. Au moment où il écrivait, le commentaire, loin d'être estimé prolixe, passa plutôt pour être trop bref, et beaucoup regrettèrent qu'aux exemples cités l'auteur n'en eût pas ajouté beaucoup d'autres. Rougé, présentant lui-même à l'Académie, dans la séance du 3 décembre 1858, le tirage à part de son ouvrage, rappelait qu'il était le seul, depuis Salvolini, qui eût produit par l'impression des analyses des textes expliqués, et il attachait la plus grande importance à ce qu'il fût tenu compte de ce genre nouveau d'exposition*. Il avait grandement raison. Le Mémoire sur l'Inscription du tombeau (VAhmès avait ébauché la méthode à suivre pour le déchiffrement d'une inscription en son entier ; Y Étude sur la stèle de la Bibliothèque Impériale montrait cette méthode appliquée pour la première fois à un document complet, et les résultats merveilleux qu'elle est capable de produire dans la philologie et dans l'histoire. Elle fut adoptée immédiatement par tous les jeunes du moment, par Chabas, par Devéria, par Goodwin; avec quel succès pour eux-mêmes et avec quel avantage pour l'avancement de nos recherches, ceux-là le savent qui

1. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1858, t. II, p. 390.

BiBL. ÉGYPT., T. XXI. ^

L NOTICE BIOGRAPHIQUE

ont suivi les destinées de régyptologîe. Grâce à elle, la connaissance exacte des textes fit, en un quart de siècle, plus de progrès qu'elle n'en avait réalisés depuis Champollion jusqu'à l'apparition du mémoire de Rougé.

Dix ans plus tôt. la Revue archéologique aurait eu la primeur de cet admirable essai : un article d'une vingtaine de pages en aurait annoncé les résultats principaux au public lettré qui la lisait, puis les parties techniques auraient été reléguées au Journal a^siatique, pour le plus grand profit d'un petit nombre d'orientalistes. L'article de la Revue fut remplacé par un court mémoire lu, le 12 novembre 1858, dans la séance publique annuelle de l'Académie des Inscriptions et publié en une brochure spéciale par Firmin Didot\ Aussi bien, M. de Rougé n'entretenait-il plus avec la Revue les mêmes relations d'intimité qu'auparavant, et Chabas le constatait dès le milieu de 1854, en regrettant profondément qu'il en fût ainsi*. La sympathie qu'elle lui avait témoignée à ses débuts s'était refroidie sous l'influence de Charles Lenorraant, non que celui-ci fût délibérément hostile à Rougé, mais le caractère des deux hommes et leur méthode différaient trop pour que lun pût être à l'aise complètement dans un journal où l'autre avait ses coudées franches. Charles Lenormant, arrivé au Collège de France avec tout le prestige que lui assurait la bonne fortune d'avoir reçu la parole du maître et d'avoir été instruit par lui directement, avait consacré le meilleur de son enseignement à l'Egypte. Après avoir débuté, en 1849-1850, par des généralités sur V Archéologie et la Littérature égyptiennes, il avait traduit, pendant quatre années consécutives, de 1850 à 1854, des Morceaux choisis dans le Rituel égyptien, en commençant par le chapitre 125 et par la Confession né-

1. E. de Rougé, Étude sur une stèle égyptienne appartenant à la Bibliothèque Impériale, in-8% 1858, Firmin Didot, 24 p.

2. Lettre en date du 21 août 1854, communiquée par le vicomte J. de Rougé.

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