‹ Œuvres diversesChapitre 31 sur 218 · DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ LI · texte numérisé non relu

DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ LI

gative*. C'était un beau sujet; par malheur, il exigeait des qualités étrangères, ou peu s'en faut, à Charles Lenormant. Legouvé l'avait défini un artiste greffé sur un sacant, puis Wallon, renversant la phrase, l'avait appelé un savant greffé sur un artiste " : il semble bien que l'artiste l'emportât sur le savant, et que l'esprit critique fût souvent absent des deux. Son analyse du Livre des Morts est d'une belle imagination*, et l'approbation enthousiaste qu'il prodigua à la prétendue découverte faite par Heath, parmi les papyrus du Musée Britannique, de documents relatifs à l'Exode du peuple hébreu s'explique difficilement *. Les résultats souvent singuliers de cet enseignement fantaisiste ne tardèrent pas à être comparés aux conclusions plus sobres et moins étonnantes qui ressortaient des mémoires de Rougé. Bien que celui-ci se montrât fort réservé en public, il protestait souvent dans sa conversation et dans ses lettres contre la méthode de Lenormant et de son école : a Ce professeur, » écrivait-il à Chabas, a donné une trop grande place à » l'imagination et une trop petite à l'étude philologique' ». Le public lettré finit par le savoir, et il s'émerveilla de ne pas trouver plus d'accord sur des questions capitales entre le représentant officiel de l'égyptologie et l'homme que les savants de tous les pays prenaient peu à peu l'habitude de considérer comme le meilleur égyptologue de France. Charles

1. Maspero, La Chalra cTÊgr/ptologie au Collège de Franco, dans V Annuaire du Collège de France^ 1903, p. 20.

2. H. Wallon, Notice historique sur la vie et sur les tracaux de M, Charles Lenormant, p. 66.

3. On la lira dans une brochure publiée après la mort de Charles Lenormant dans la Reçue orientale et américaine, 1** série, t. I.

4. Fr. Lenormant, Les Livres chcs les Égyptiens, dans le Correspondant, 1857, t. VIII, et p. 42 sqq. du tirage à part.

5. Lettre de Rougé à Chabas en date du 22 mars 1852, dans Ph. Virey, François-Joseph Chabas, p. x; cf., dans le môme ouvrage, p. xi, note 1, xin, xyn-xvm, la mention ou les extraits d'autres lettres en date des 28 septembre 1854, 30 avril et 11 juillet 1856, 21 mars 1858.

LU NOTICE BIOGRAPHIQUE

Lenormant de son côté s'habitua à citer et à combattre, dans ses cours, la plupart des idées de son jeune confrère, et sa polémique, toujours courtoise, devint parfois assez vive * : l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres l'éprouva vers le milieu de lb59, à propos d'une question de priorité. M. de Rougé, y annonçant, dans la séance du 12 août, la publication par Birch d'une traduction du Rituel funéraire, avait prié ses confrères de lui procurer un moyen sûr pour constater et pour garantir l'antériorité des travaux qu'il avait entrepris sur la même matière ; il avait été autorisé à déposer au Secrétariat la traduction interlinéaire des quatorze premiers chapitres et celles du chapitre xvii, du chapitre Lxrv, du chapitre cxxv, avec les variantes d'un grand nombre de manuscrits, le tout dans un pli cacheté, daté sous le sceau de la Compagnie. Aussitôt Lenormant se leva et déclara qu'il s'était occupé longuement de l'interprétation de ces écrits, et que l'ouvrage qu'il leur consacrait était fort avancé : en conséquence, il réclamait rautorisation de faire un dépôt semblable *. A la séance du 26 août, M. de Rougé commença la lecture de son mémoire, et, après avoir énoncé quelques vues générales dans lesquelles il plaçait la rédaction dêtinitive du Rituel au temps des Psammétiques, il entama 1 explication du chapitre xvii. Dès qu'il eut fini, Lenormant prit la parole pour dire qu'il avait lui aussi traduit ce chapitre, que sa traduction était conforme en plusieurs points à celle de M. de Rougé, qu'il en fournirait la preuve prochainement*. De fait, à la séance du 2 septembre, il demanda qu'on ouvrit le paquet cacheté qu'il avait remis au Secrétariat, et, « d'après le manuscrit, rédaction de

1. Je tiens ce renseignement de Devéria qui, d&ns sa jennesse, avait suivi les cours de Cbarles Lenormant pendant plosieurs années.

2. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1859, t- III, p. 148, séance du 12 août.

3. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions j 1H59, t. III, p. 157, séance du 26 août.

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