DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ LXXV
\\\!L^ îi\\a pas se\il. Dans la prévision d'une expédition ^^^%eii[iT^,ft avait dressé son fils aîné, Jacques de Rougé, a \u\ servir d'auxiliaire : trois années d'études spéciales avaienl rendu celui- eî capable de bien transcrire les textes hiéroglyphiques, même ceux des basses époques, et cet hiver même i\ avait copié pour son père la partie des Notices de CbampoWion q\xi n'avait pas été encore publiée. Au dernier moment, il fut retenu à Paris afin de passer ses examens d'entrée au Conseil d'État, mais il promit de rejoindre la mission au Caire, sitôt qu'il serait débarrassé de ce souci*. A côté de lui, un épigraphiste, qui avait fait ses preuves à VÉcole d'Athènes, Cari Wescher, devait recueillir les inscriptions grecques. Enfin, M. de Banville avait accepté de reproduire les statues, les bas-reliefs, les temples, même les paysages au milieu desquels s'élevaient les monuments ' ; c'était un ami de collège de Jacques de Rougé, du même âge que lui, et qui, libre de son temps et de sa fortune, s'était adonné à la photographie avec passion'. En débarquant à Alexandrie vers le 14 octobre, ils eurent la joie d'y rencontrer le vieux duc de Luynes. Celui-ci, se rendant en pèlerinage à Jérusalem, avait voulu visiter la vallée du Nil au passage, et un incident qui marqua la rencontre leur fournit du premier coup la mesure exacte de certaines difficultés que l'amateur ou le savant étaient exposés à rencontrer auprès des indigènes. Le duc avait ramassé, pendant son séjour, les éléments d'une petite collection égyptienne destinée au riche Musée d'antiquités classiques q^ui laisait
1. Lettre du vicomte Jacques de Rougé en date du 18 ao^t \^'^*
2. E. de Rougé, Rapport sur la Mission accomplie en £*£/ r/pi€> ^^^^^ à part, p. 1-2.
3. Lettre du vicomte Jacques de Rougé en date du 18 ao"OLt; \Wl-
LXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
rhonneur de son château de Dampierre ; il la montra à Rougé et, du premier coup d'œil, celui-ci y reconnut tout un lot d'objets faux. L'histoire en était singulière. Le drogman,qui avait flairé du premier jour le faible de son maître pour les ântikas, vint lui conter un beau matin qu'un chcikh-el-beled de ses amis connaissait deux fellahs entre les mains desquels il s'en trouvait une quantité assez considérable : on les aurait à bon compte, si l'on promettait de ne rien raconter à Mariette. M. de Luynes, tenté comme on Test d'ordinaire en pareille circonstance, suivit son drogman au village indiqué, et se fit amener les deux fellahs qui, tout d'abord, prétendirent ne rien comprendre à ce qu'on leur voulait. Sur quoi, le cheikii-el'beled dit qu'il leur délierait bien l'entendement, si TExcellence du kliatcafja y consentait : ce serait l'affaire de dix ou quinze coups de courbache appliqués alla Turca sur les pieds des récalcitrants. Le duc était très humanitaire et très antiesclavagiste, aussi commença-t-il par se récrier bien fort, puis, sur Tassurance qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'obtenir ce qu'il désirait, il finit par consentir, à condition qu'il n'assisterait pas au supplice. On entraine les gens hors de sa vue, dans une cour bien close, des hurlements éclatent qui lui déchirent le cœur, et bientôt le chcikh-cl-bcled reparait triomphant avec les objets : le prix ne fut pas débattu longuement, car le duc avait à cœur de faire oublier leur mésaventure aux pauvres diables, et il leur compta sans marchander la somme qu'ils demandèrent. Le drogman et le r/icîkh-el-helcd eurent leur part, et certes ils la méritaient bien pour l'ingéniosité avec laquelle ils avaient monté leur comédie \
Le succès de la mission dépendait avant tout de deux personnes, Mariette et le Khédive. Mariette, à peine informé des projets de Rougé, en avait manifesté la satisfaction la plus vive. C'était le moment où il briguait le prix