‹ Œuvres diversesChapitre 49 sur 218 · Voir plus haut, p. lxiii-lxïv du présent volume · texte numérisé non relu

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4. Cf. dans Virey, François-Joseph Chabas, p. xxxvii, ce que Rongé dit à ce sujet dans sa lettre du 13 mars 1862.

DU VICONÎTE ENÎMANUEL DE ROUGÉ LXXXl

» d'avouer que je ne connais pas de meilleur juge en égyp- » tologie que lui » . Lors donc qu'il eut échoué à une voix de minorité au quatrième tour de scrutin \ il en éprouva un ch^rin profond, et l'idée lui vint un moment de ne pas kte \es arrangements du voyage : « Qu'au lieu d'un ^ ^mmoàe batean et vapeur qui rend môme le soleil sup- » portable, on ait ponr voyager la dahabiéh dont se conï tentent \es plus grands personnages, au bout de huit 0 jours on sera \>ien convaincu que les découvertes ne se » {ont pas en se Idaissant, et que certaines explorations » pénibles demandent un courage dont le monde n'est pas » capable ^>. l-a générosité naturelle à son caractère l'avait emporté, bien que depuis lors on lui eût donné à entendre que Rougè se proposait de copier, avec ou sans sa permission, tous les textes nouveaux, et que Desjardins lui-même, que son amitié jalouse rendait injuste, ne se fit pas faute de confirmer leurs dires dans ses lettres intimes. Mariette s'efforçait donc très loyalement de réagir contre les impressions qu'il recevait ainsi, et il ne laissait rien percer des craintes que ces bruits absurdes finissaient par lui inspirer, mais les employés secondaires qui les connaissaient ne s'observaient pas si bien qu'il n'en parût quelque chose dans leur conduite.

Rougé s'affligea grandement lorsqu'il découvrit la méfiance injuste dont il était l'objet, mais il prit le parti de n'en rien apercevoir, espérant qu'elle se dissiperait d'elle-même lorsqu'on l'aurait vu à l'œuvre. Et de fait, elle se calma promptement, pour ne plus revenir qu'à de rares intervalles chaque fois qu'une lettre nouvelle arrivait datée de Paris. Mariette non seulement autorisa Rougé à copier et à publier tout ce qu'il avait au Caire, mais il le conduisit à Sakkarali et il lui montra ses mastabas. La contemplation prolongée de tant de

1. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions^ 1863, ^« ^^ ^ p. 189-190, séance du 3 jaiUet.

BiBL. ÉOVPT.. T. XXI. ^

LXXXÎI NOTICE BIOGRAPHIQUE

merveilles racheta les petits déboires ressentis à l'arrivée, et quelle satisfaction ne fut-ce pas de constater que des théories élaborées loin des lieux sur les objets conservés au Louvre étaient justifiées chaque jour par les découvertes nouvelles! Non seulement les grandes dynasties memphites sortaient des tombeaux et se reconstituaient avec leur personnel de prêtres et de grands seigneurs attachés à la cour, mais les statues portaient toutes les caractères définis dix années auparavant dans les deux Notices des monuments du Musée du Louvre^: il y notait « l'imitation d'un style plus » fort et plus trapu, la recherche la plus vraie et la plus » simple des formes naturelles. Le chef-d'œuvre de ce style, » mis au jour par M. Mariette, la statue du pharaon Chafrà, » montre de plus que le ciseau égyptien savait déjà se jouer » des matières les plus rebelles et tailler des statues colos- » sales dans les roches les plus dures. Les tombeaux du » champ funéraire de Memphis ont révélé, dans les bas- » reliefs et dans le tracé des inscriptions, une finesse de » gravure égale déjà, sous la V« dynastie, à tout ce que » TF^ypte fit jamais de plus beau. Ils posent ainsi le pro- » blême, plus insoluble que jamais, d'un art primitif, et qui » semble être déjà l'héritier de procédés d'une habileté » supérieure". » Cependant M. de Banville lui apportait un concours dont il se plaisait à reconnaître l'utilité souveraine : « la photographie, témoin incorruptible, nous a » ici prêté un secours dont le plus habile crayon n'aurait » pu égaler l'autorité' ».

Les derniers jours d'octobre et novembre entier s'étaient écoulés à ces occupations délicieuses : les cahiers étaient pleins de notes et M. de Banville avait photographié les plus intéres-

1 . Voir plus haut, p. xxi-xxii de cette Notice biographique.

2. £. de Rougé, Exposé de l'état actuel des Études égyptiennes, 1867, p. 50.

3. E. de Rougé, Rapport sur la mission accomplie en Egypte, p. 9-10.

DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGE LXXXni

santés des statues, lorsque M. Jacques de Rougé, délivré victorieusement de ses examens, rejoignit son père. Dès le surlendemain de son arrivée, toute la caravane partit pour San, avec Mariette et sur son conseil, afin de profiter des hautes eaux et de visiter le site où les fameux sphinx attribués aux Hyksos avaient été découverts trois années auparavant'. On alla rapidement jusqu'à Damiette sur le bateau que le vice-roi avait prêté à la mission, mais « le » voyage de San est un de< plus difficiles qu'il y ait à faire » en Egypte ». ' Rougé avait commandé par avance trois barques de pêcheurs, sur lesquelles il devait traverser le lac Menzaléh ; elles n'étaient pas encore à Damiette quand les voyageurs arrivèrent, et il fallut les attendre un jour entier. On s'embarqua enfin, mais « le temps était mena- » çant et nous étions à peine abrités ; cependant, tout a heu- )) reusement réussi ». La traversée dura presque deux jours de Damiette à Matariéh. a Les stations obligées au milieu du » lac soit pour dîner, soit pour passer la nuit, par une obs- » curité complète, auraient eu quelque chose de pitto- » resque pour un touriste. Quant à moi, j'étais préoccupé » de nos appareils de photographie fort mal abrités, et j'ai » vu le rivage avec un grand plaisir*. » Il campa sous la tente pour la première fois, une grande tente militaire que le vice-roi avait prêtée à la demande de Mariette, et les ruines lui produisirent une impression puissante que celles des villes de la Haute Egypte et de Thèbes même n'affaiblirent point : le grand temple surtout le frappa avec ses murs abattus, ses colonnes et ses statues brisées, ses obélisques dépecés et entassés pêle-mêle. Et puis la récolte y fut d'une richesse inespérée. Les belles statues des XIII® et XIV** dynasties étaient encore en place, ainsi que les porteurs de poissons et

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