DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ XV
Comme elle s'appuyait sur les principes de phonétisme exagéré que F. de Saulcy avait tenté de faire prévaloir, Lepsius, qui sortait à peine d'une polémique violente avec le maître, avait porté sur les essais de l'élève un jugement d'une sévérité impitoyable'. E. de Rougé se montra plus indulgent et plus juste. Il reconnut aussi bien que Lepsius les fautes qui abondaient presque à chaque page, mais il discerna, sous l'inexpérience, la puissance de travail et le génie précoce du débutant, et il entreprit de le ramener poliment dans la bonne voie. Son article de la Revue archéologique est moins une critique qu'une leçon de choses donnée patiemment à un ami et à l'élève de cet ami qui se fourvoient, a J'y ai prouvé, écri- M vait-il plus tard à Desjardins, qu'une grande partie des » signes considérés par Saulcy et Brugsch dans son premier » ouvrage comme des lettres, n'étaient que des caractères à » valeur syllabique ou des signes idéographiques; qu'en un » mot, le système était absolument le même que celui des » hiéroglyphes*. » Il y avait là, non pas le nombre presque illimité de types indépendants qu'ils admettaient pour chaque articulation, mais deux ou trois caractères seulement ; ces caractères dérivaient trait pour trait d'un signe hiératique de mênie puissance, et ils étaient, en général, assez semblables à ce signe premier pour qu'on ne conservât aucun doute sur leur origine. Rarement démonstration plus compliquée fut menée d'une manière plus claire et plus bienveillante : encore aujourd'hui on ne peut lui reprocher qu'un seul défaut, celui d'être restée incomplète, le second article qui y était annoncé n'ayant jamais quitté les porte-
explanaia, Berlin, 1848, petit în-4% autographié avec la mention, Scripsit Henricus Brugsch^ discipulus primœ Classls Gymnasii realis
quod Berolini Jloret.
1. Cf. ce que dit le directeur du Gymnase, E. F. August, dans la préface qu'il écrivit pour la Scripiura jEgyptiorunx demoiica.
2. Notes manuscrites remises À M. Desjardins vers 1859, pour un article biographique, p. 1-
XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
feuilles de l'auteur^ . Saulcy, dont les théories étaient ruinées à jamais, n'en voulut pas à Rougé, et il lui garda jusqu'au dernier jour une amitié des plus tendres ' ; autant la rudesse de Lepsius avait provoqué sa colère dans leur querelle récente, autant il fut touché de la délicatesse avec laquelle Rougé avait exprimé son opinion. Brugsch lui-même s'inclina devant l'aménité de son critique, et il lui donna la meilleure marque de reconnaissance qu'on puisse souhaiter en pareil cas : non seulement il renia ses erreurs, mais il remercia publiquement celui qui les lui avait signalées'. Rougé le tint longtemps pour son élève et pour un élève dont il était fier^ et lui, de son côté, il se plut toujours à rappeler l'appui que Rougé lui avait prêté à ses débuts. Il le plaça à côté de Mariette, sinon dans ses affections, du moins dans son estime et dans sa gratitude : « Je dois » avouer, écrivait-il vers la fin de sa vie', que je n'ai aucun » droit à me déclarer l'élève de Lepsius. Lepsius lui-même » ne semble pas avoir désiré que je le fisse, lui qui, la » première fois que je voulus assister à ses cours publics, » m'ordonna du haut de sa chaire, à haute voix et devant » ses autres auditeurs, de quitter la salle... Je suis un au- )) todidacte dans ma science, et, si quelqu'un a droit à ma