DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ CIX
tîve de Devérîa, indiqué les chemins à suivre pour obtenir le titre de correspondant de T Académie : si la candidature ne réussit pas, il faut lattribuer non pas au peu de zèle qu'il aurait porté à la soutenir, mais à Tesprit de l'Académie, qui estimait que c'en était assez d'un seul égyptologue parmi ses membres, et qui préférait à l'égyptologie d'autres branches de la science plus importante à son gré. Il lui facilitait, d'ailleurs, ses recherches dans les musées de Paris, et, au besoin, il lui prêtait les livres de sa propre bibliothèque. C'était par la complaisance de Rougé que Chabas avait pu consulter au Louvre un exemplaire des Denkrnàler et y remarquer les inscriptions de Radesiéh : « L'importance de ce document » m'avait frappé, lui écrivait-il, lorsque, grâce à vous, j'ai » pu feuilleter le grand ouvrage de la Commission prus- » sienne. Mon travail terminé dès le mois de décembre » dernier serait publié depuis longtemps sans les mécomptes D auxquels on est exposé en province. Vous aviez bien » voulu faire une démarche en ma faveur, auprès de l'Im- » primerie impériale et j'ai chargé M. Devéria de vous en » témoigner ma reconnaissance \ » Un peu plus tard, il s'était efforcé d'obtenir les fac-similés parus nouvellement des Papyrus de Berlin, mais il avait échoué : « Lepsius a » déclaré de vive voix qu'il serait plus facile d'extraire » Chéops de sa pyramide que d'obtenir séparément la pré- » cieuse livraison. C'est abominable'! » Sur quoi Rougé lui avait offert son exemplaire : « On me leurre encore, lui ré- » pondit-il, de quelque espoir, mais la politique de Lepsius » m'est un sûr garant qu'on échouera. En ce moment on » cherche des rebuts d'impression. Lorsque tout espoir » sera décidément perdu, je me permettrai d'accepter votre » offre obligeante. Au lieu de calquer je photographie -
1. Lettre de Chabas à Rougé en date du 31 mars 1856, communiquée par le vicomte J. de Rougé.
2. Lettre de Chabas à Rougé en date du 30 janvier 1861, communiquée par le vicomte J. de Rougé.
ex NOTICE BIOGRAPHIQUE
» raî\ » Quelques jours après, le dernier espoir s'étant éteint, Rougé envoya les planches à Chabas, qui les lui réexpédia bientôt par le chemin de fer, après avoir calqué le Papyrus rC" 1, celui qui contient les mémoires de Sinouhît'. Entre temps, Rougé avait inséré dans la Reoue archéologique un compte rendu élogieux du mémoire sur le Papyrus magique Harris\ et Chabas s'était empressé de l'en remercier*. Déjà pourtant il n'avait plus, pour son ancien ami, la confiance d'autrefois. Un mémoire qu'il avait composé sur les Pasteurs et sur la Peste en Egypte fut égaré, vers 1861, par la rédaction de la Revue archéologique. Comme il y exprimait des idées opposées à celles de Rougé sur le même sujet, il se demanda si cette divergence de vues n'avait pas été pour quelque chose dans les délais qui avaient permis au manuscrit de se perdre. Il ne put s'en procurer la preuve et iJ ne donna aucune suite à ses soupçons, mais, « depuis ce jour, » il lui sembla que Rougé lui devenait moins favorable* ». Ils n'en continuèrent pas moins à échanger des lettres fort amicales, et, dans l'une d'elles, Rougé révéla à Chabas qu'il n'avait pas été le premier à étudier le Papyrus médical de Berlin : Brugsch en avait publié une analyse très complète dans un journal allemand*. Chabas, toujours ombrageux, se demanda s'il n'y avait pas dans cet avis une accusation mas-
1. Lettre de Chabas à Rougé en date du 4 mai 1861, communiquée par le vicomte J. de Rougé.
2. Lettre de Chabas k Uougé en date du 26 août 1861, communiquée par le vicomte J. de Rougé. Cf., sur ces incidents, Virey, François- Joseph Chabas^ p. xxxni ; cf. Chabas, Reçue rétrospective y dans les Œuvres diverses, t. II, p. 451-452, et la note de Rougé dans la Revue archéologique, nouvelle série, 1865, t. II, p. 156-158.
3. Reçue archéologique, nouvelle série, 1861, 1. 1, p. 420-422.
4. Lettre de Chabas à Rougé en date du 4 mai 1861, communiquée par le vicomte J. de Rougé.
5. Ph. Virey, François-Joseph Chabas, p. xxxiii-xxxrv ; cf. Chabas, Œuvres diverses, t. II, p. 446. Le mémoire fut refait et publié dans la première série des Mélanges ègyptologiques,