DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ CXIII
» on allègue une chose pareille et qu'on est honnête, on re- » connaît qu'on s'est trompé aussitôt que les faits sont » éclaircîs; c'est ce que M. Chabas évite soigneusement de » faire dans sa réponse. Vous jugez si je la trouve satisfai- » santé \ » Egger, persévérant dans son rôle de conciliateur, fit part de ce billet à Chabas, qui lui répondit longuement le 30 mars. Il reconnaissait enfin son erreur, mais il ne retirait pas purement et simplement les paroles incriminées par Rougé, et il refusait de faire l'aveu public de son erreur, pour la raison qu'une rectification de cette nature « retomberait de tout son poids sur Mariette* ». Après cela, Egger n'insista plus, et Rougé publia en avril, dans la Revue archéologique, une note où il remettait nettement les choses au point*. Le ton en est vif ainsi qu'on peut le croire, mais toujours digne, et l'efiet en fut tel que Chabas se crut obligé d'y répondre. Sa seconde brochure et la lettre à M. Pela dan, dans laquelle il résume le débat à sa manière, ne modifièrent pas cette impression * : les savants donnèrent raison à Rougé lorsqu'il mit fin à la polémique. « Il n'y a, dit-il, aucun profit » pour la science à descendre sur le terrain des personna- » lités* » ; il le quitta et il reprit ses travaux, plus affligé que je ne saurais dire par cet épilogue de son voyage en Egypte.
1. J. Capart, Une page de Vhistoire de VÊgyptologie^ p. 12-13 du tirage à part.
2. La lettre entière est publiée par J. Capart, Une page de Vhistoire de VÊgyptologie, p. 13-14.
3. Reoue archéologique, nouvelle série, 1865, t. I, p. 347-349.
4. M. Egger voulut bien dix ans plus tard me raconter cet épisode, et c*est son impression que je donne ici.
5. Cf. sa seconde note et Tentrefilet dans la Reçue archéologique, nouvelle série, 1865, t. II, p. 156-158. Voir, par exemple, Topinion de Devéria, dans Virey, Notice biographique sur Philippe- Jacques de Horrackf p. xxxi-xxxn et xxxrv-xxxv.
BiBL. ÊOYPT., T. XXI.
CXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
Il avait d'autant plus le droit de ressentir ces attaques qu'elles se produisaient au moment où il commençait à tenir loyalement l'engagement pris dans son rapport de publier sans retard les résultats principaux de sa mission. Nous avons vu que c'est avant d'entamer la lecture de ses Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer auœ six premières dynasties de Manéthon qu'il avait énoncé discrètement sa réclamation en faveur de Mariette^; depuis lors, il avait persévéré de semaine en semaine, et il avait achevé sa communication le 10 mars 1865 V
Comme il était naturel, il examinait rapidement l'Egypte a l'époque thinite, puis, passant à l'époque memphite, il s'efforçait de rétablir la charpente dynastique de l'histoire. Les deux tables de Sakkarah et d'Abydos, représentant la tradition telle qu'elle était connue vers le temps des Ramessides, lui prêtaient le moyen de classer plus exactement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors les fragments du Canon royal de Turin et d'instituer une critique sérieuse des listes de Manéthon : pour se rendre compte du progrès accompli par lui, il suffit de comparer la façon assez vague dont il est parlé de cette époque dans Y Histoire d* Egypte de Brugsch', avec le tableau précis que Rougé en traça. Les trois premières dy-
J. Voir plus haut, p. civ de cette Notice biographique,
2. Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 1864, t. VIII, séances des 16, 23, 30 décembre 1856, nouvelle série, 1. 1, séances des 13, 20 et 27 janvier, 3 février, 3 et 10 mars. Le mémoire fut publié dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XXV, 2* partie, tirage à part in-4*, de xiii-167 p. et 8 pi., chez Vieweg. Le long compte rendu qui en parut dans la Revue archéologique, 1866, t. XIV, p. 288-296, sous la signature X, a été attribué à M. de Horrack, sans raisons décisives.