DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGE CXXXV
» curable'. » L'excuse était médiocre : Rougé la prit pour ce qu'elle valait. Il courut au Ministère et il arriva juste à temps pour empêcher l'envoi des décrets de naturalisation au Moniteur*.
Le mécontentement qu'on ressentit en haut lieu contre lui et contre Mariette pour avoir exposé le Gouvernement à cette mésaventure ne dura pas^ mais l'incident lui-même eut des conséquences fâcheuses sur ses rapports avec Chabas. Depuis qu'il avait écrit à la Revue archéologique pour déclarer close la discussion sur les faits relatifs à la découverte de la Table d' Aby dos ' , la correspondance avait cessé entre les deux savants : Rougé exigeait assez naturellement que Chabas voulût reconnaître ses torts et faire les premiers pas vers lui, mais Chabas ne Tentendait pas ainsi et il garda le silence obstinément. Cependant Rougé, chaque fois qu'il avait à émettre son avis sur quelque œuvre nouvelle, le faisait avec son impartialité et avec sa franchise habituelles ; c'est ainsi que, dans sa leçon du 18 janvier 1867 au Collège de France, passant en revue les livres parus pendant Tannée précédente, il avait été amené à parler du Voyage d'un Égyptien. A son avis, c'était une erreur que de vouloir reconnaître dans le texte du Papyrus Anastasi n^ 1 le récit d'une aventure réelle*, mais, ce point réservé, il n'avait pas ménagé les éloges et il avait rendu pleine justice
1. Lettre française datée de Berlin, le 11 mars 1867, communiquée par le vicomte J. de Rougé.
2. Je tiens ces renseignements de M. de Rougé lui-môme, qui me les donna très rapidement en 1869, lorsqu'il me conseilla de consacrer au démotique une des conférences que je devais faire à l'École des Hautes Études. Brugsch s'excusa de son silence auprès de Mariette (Lettre de M. de Horrack à Chabas en date du 26 septembre 1867, publiée dans Virey, François-Joseph Chabas, p. lxxzii, note 2), qui lui garda assez longtemps rancune du rôle qu'il lui avait fait jouer dans cette affaire.