‹ Œuvres diversesChapitre 96 sur 218 · DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ CXLIII · texte numérisé non relu

DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ CXLIII

d'où serait provenue par un développement naturel la croyance non révélée à un Être suprême et unique \

Cependant les années venaient et avec elles le besoin du repos. Cette vie en partie double de savant et d'homme politique, que Rougé menait depuis seize ans, lui pesait lourd depuis son retour d'Egypte, et il aspirait au moment où il pourrait échanger sa place au Conseil d'Etat contre un poste moins chargé de travail administratif. L'Empire, ébranlé dans sa constitution autocratique par le réveil de l'esprit public en France, s'essayait à devenir libéral, et, afin de regagner l'autorité morale qu'il sentait lui échapper, il avait résolu d'introduire dans son Sénat des membres choisis parmi les classes instruites de la société, chez les savants, comme chez les littérateurs ou chez les artistes. Rougé figurait en bon rang parmi les élus : le décret le nommant avec les sénateurs nouveaux allait être signé, lorsque la guerre allemande éclata. Son fils cadet, Robert de Rougé, servait dans l'armée, et il courut à sa recherche pour lui remettre quelque argent et lui faire ses adieux. Quand il l'eut rejoint près de la frontière, il fut navré du désordre au milieu duquel il le trouva : les cartes nécessaires n'avaient été fournies à temps ni aux simples officiers ni aux États-majors des divisions, et on prit avec bonheur celle que Rougé avait apportée avec lui ". Il revint de cette pointe aux camps avec des craintes que l'événement ne justifia que trop : un mois plus tard, l'Empire s'écroulait, entraînant avec lui non seulement l'espoir presque réalisé du Sénat, mais la place de conseiller d'État et le traitement qu'elle conférait. Rougé fit néanmoins comme beaucoup d'autres, qui ne voulurent pas désarmer sans un dernier effort pour ramener la fortune qui fuyait, et il appuya de toutes ses forces le gouvernement de la Défense nationale. Il avait été nommé maire de

1. Publié dans la Reçue ethnographique^ 1. 1, p. 106-113, et reproduite dans le8 Annales de Philosophie chrétienne, VI' série, t. I, p. 283-291.

2. Lettre du vicomte Jacques de Rongé en date du 18 août 1907.

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