CHAPITRE ÎXXV
^i^ec quel art il faut présenter Içs mensonges poétiaues,
" Homère , admirable- en tant d'autres choses , l'est surtot^^n cela que, seulentre les poët^es, il n'igoore point ce qu'il doit faire par lui-même*, car le poëte doit parler fort peu ; ce' nW pas '^insi qu'il imite. Toutefois , les autres poètes parlent sans cesse; ils ^mt^t peu et rarement, tandis qu'Homère, dés qu'il a dit quèlqiies mots, introduit sur-le-^^hamp un homme, une femme, un personnage quelconque^ ayant des mœurs déterminées, et cettp qualité n^est jamais absente : tout a des mœurs dans Homère. Le merveilleux appartient sans doute à la Tragédie, mais' encore davantage' à^ l'Ëpopée « qui le pousse même jusqu'à l'impossible;: ce. qui le rend plus •merveilleux , c'est . qu'on ne voit point les personnages. lâfuite'd'Heclor, les armées debout et. immobiles^ ÀcbiUe
les contenant d'un conp-d'œil , tout cela serait ridicule sur le théâtre y il ne l'est point dans les verS épîqtjes. Or, le merveilleux nous enchante ^ car c'est afin de plaire aa3C Budîieurs que ceux qui racontent un événement ornent un peu la vérité. Homère enseigne encore à- tous les poètes l'art de représepier les mensonges poétiques. Leur effet vient d'une illusion. Telle chose doit - elle arriver naturellement après telle autre? Les hommes se persuadent que , si la seconde existe , la première existe aussi : c'est une illusion. D abord, la chose donnée pour véritable est souvent fausse , et d'ailleurs son existence ne rend néceessaire Texistence d'aucune autre; mais euire deux choses, si Texisteuce de la dernière nous est connue, nous en concluons faussement la vérité ^e la première» Les poètes doivent préférer l'impossible vraisemblable au possible sans vraisemblance ; composer l'argument des fables de parties conformes à la raison, éviter soigneusement ce qui lui est contraire, ou tout au moins le placer hors de la fable , comme l'ignorance d'Œdip© sur la mort de Laïus, et non dans le drame lui-même, ainsi (pi'on voit dans Electre ces personnages qui racontent les jeux pythîques , ou dans les Mysiens cet envoyé qui vient, sjms dire un mot, de Tégée en Mysie. Mais la fable n'existerait point sans cela ! excuse ridicule. Il faut d'abord composer des fables conformes à ]a raison, à moins qu'elle-même ne semble y admettre quelque chose qui excède un peu ses limites. Si, par exemple^ un mauvais poëte eût raconté les événemens bizarres qui se trouvent dans l'exposition de l'Odyssée^ ils ne sem1)leraient pas tolérables ; mais Homère les déguise par toutes les ressourcçs de. son génie, et l'absurdité
^ûparatt tons les charmes qu'il sait lui donner; Il faut orner beaucoup la diction dans la partie la moins active du poëme, quand les mœurs et les pensées ont peu d'éclat par elles-mêmes : une diction fastueuse les couvrirait au lieu de les anuoblir.