‹ Œuvres diversesChapitre 404 sur 460 · Causeries du Lundi, IX, Durlos, p. 2G · texte numérisé non relu

Causeries du Lundi, IX, Durlos, p. 2G

DANS L'iNDE et EN EGYPTE 421

serait qu'une poussière de faits, ou plutôt il n'y aurait pas de psychologie. Et, s'il en était de l'univers comme de l'homme, il n'y aurait pas de sciences. En réalité, personne n'ignore que la généralisation et l'analyse, impuissantes l'une sans l'autre et légitimes toutes deux, ne sauraient s'exclure : elles ont des procédés difïôrents, mais convergents, qui s'entr'aident en paraissant se contredire, la première classant les matériaux que la seconde prépare.

Il serait donc injuste de nier a priori les services que peut rendre un système, d'autant plus qu'il ne peut pas ne pas en rendre, chose facile à constater d'après la manière dont se font aujourd'hui les recherches, par grandes enquêtes collectives et simultanées. Ce qui se passe de la sorte ressemble assez à une manœuvre imaginée par Bonaparte, lorsqu'il visitait l'isthme de Suez pendant l'expédition d'Egypte. Surpris, dit-on, dans l'obscurité, par une marée de la mer Rouge, et ne sachant de quel côté fuir, il dispersa aussitôt son escorte en colonnes autour de lui avec ordre à celles qui rencontreraient la mer de le rejoindre : la colonne qui ne revint pas indiqua la direction cherchée. Pareillement, dans le domaine intellectuel, il faut explorer toutes les voies pour reconnaître la bonne, et cette tentative i)réalable est le mérite des systèmes, mérite gradué d'ailleurs, tantôt négatif et tantôt suggestif : si, dans le nombre des hypothèses que les objections refoulent plus ou moins, quelques-unes montrent seulement où il ne faut pas aller, d'autres au contraire, de plus longue portée, s'ai)prochent assez du chemin à suivre pour le faire pressentir.

La théorie de M. Regnaud prendra tout au moins place parmi les dernières, si elle n'est pas la vraie, et les études religieuses lui devront beaucoup. Ce qui ressort, en effet, des ouvrages où elle est exposée, quel ([ue soit l'avenir réservé à son ensemble, c'est l'importance à donner maintenant au culte du feu, grâce à l'étroite connexion établie, ou resserrée, entre les mythes védiques et les mythes grecs. Et c'est de

plus, comme conséquence, une compréhension désormais très nette de l'orgueil inspiré par la découverte ou la possession des arts, étrange sentiment qui a sans doute existé de tous temps et en tous lieux, depuis le Caïn biblique jusqu'au Manfred byronien, mais qui, nulle part, n'a poussé l'apothéose de l'homme aussi loin que dans l'Inde.

Page 1