Lois de Manon, II
4. Vh'ûo'AivixXQ^Vie d' Apollonins dc'Liianc, III, 10, etc.; cL II, 33. f). A/., VI, (i, 10.
0. Renan, Fraijna-nts p/iilosop/tii/nes, 3' dialogue, Lières, p. 9.^)-l:M ; cL Lellrcs de la Mar-quise dn iJcJJ'and à ILWalpole, édition Didot, II, lettre 30G, p. :i21.
DANS l'iNDE et EN EGYPTE 4l9
» oligarchie de penseurs chargée de faire la science, en » subjuguant par la terreur la bestialité hutnaine »'.
La différence essentielle qui existe entre les religions de l'Inde et de l'Egypte n'infirme ni ne confirme, à la rigueur, l'hypothèse de M. Regnaud. Le savant indianiste peut toujours admettre que l'imagination égyptienne a subi, dès l'origine, une crise analogue à celle de l'imagination aryenne, et remonter de la sorte au point de départ qu'il s'est choisi tout d'abord, c'est-à-dire la psychologie de l'homme préhistorique. Dans ce cas, la question continuera de se poser ainsi : les auteurs du Rig-Véda ont-ils utilisé allégoriquement une matière religieuse préexistante, et, par comparaison d'abord, par assimilation ensuite, enfermé les dieux dans le concept du sacrifice, comme on doit l'inférer des travaux de Bergaigne? Ou bien les premiers Aryens, au contraire, ont-ils tiré toute leur mythologie des métaphores de plus en plus mal comprises que leur inspirait l'allumage du feu, comme le croit M. Regnaud?
Pour se prononcer d'une manière définitive entre ces deux hypothèses, il faudrait évidemment savoir de quels sentiments et de quelles idées l'humanité naissante était capable, au moins dans l'Inde. Mais un tel sujet nécessiterait une longue et difificile étude, les opinions ne s'accordant guère sur l'homme primitif, à qui M. Regnaud prête un excès d'ataraxie. alors que d'autres lui attribuent un surcroît d'activité.
Dans ces conditions, le point central du débat se dérobe à une discussion concluante, au moins pour qui ne serait pas aussi expérimenté comme psychologue que comme indianiste. Il ne reste donc plus ici qu'à remplir une tâche plus agréable et plus facile, celle de rendre justice au mérite de M. Regnaud. Ce mérite, si l'on cherche à le définir, consiste dans la rigueur et l'ampleur de pensée qui ont pu,
1. Challemel-Lacour, Z)r<;co»/'s dorécoptlon n V Académie française.
sans effort, embrasser le travail religieux d'une race entière dans leur large et vigoureuse étreinte. Il y a là une singulière puissance de généralisation, et peu de savants auraient su coordonner de la sorte un pareil amas de matériaux, les conceptions d'une moitié de l'ancien monde, en somme.
Sans doute c'est un système, et on a tout dit contre le système, mais l'a-t-on fait avec pleine raison ? Que tout système soit, par nature, comme l'expérience nous l'enseigne, transitoire, exclusif, incomplet et insuffisant, qu'il tende surtout, par besoin de simplification, à traiter comme des données abstraites les choses vivantes, produits tellement complexes qu'un des grands logiciens de ce siècle a fini, se déjugeant lui-même, par condamner et par admettre tour à tour (( l'application des méthodes mathématiques à la )) politique et à la morale' », tout cela est possible, mais on critiquerait plus justement encore l'absence de système. Si les savants ne cherchaient pas à mettre dans leurs vues l'ordre qu'ils entrevoient dans les choses, que feraient-ils, en définitive? Helativement à la connaissance de l'homme, par exemple, quand La Bruyère déclare au rebours de Bossuet, qui reconnaissait des qualités et des passions dominantes-, que « l'homme au fond et en lui-même ne se peut définir », car il n'a d'autre caractère a que de n'en avoir aucun qui » soit suivi ' », et (juand Sainte-Beuve répète la même chose en d'autres termes*, s'ils disaient vrai, la psychologie ne
1. Taine, Les Oi'i;/in('s de la France c()ii/ei)ip(V<nne : L'ancien Rc- ;/iiia% p. 523, et Le, lièçiime moderne, II, p. 211 ; cf. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, III, Condorcct, p. 358, et Coiidorcet, Tableau des progrès de Vesprit Inunain, dixième époque.
2. Oraison funèbre de Henriette d'Aniileterre, Panégyrique de Saint-Bernard (1" point), et Sermon Sur l'ardeur de la pénitence (1" point); cf. Saint-Paul, /"' Epiti-e aux Corinthiens, \\\, 7.
3. Les Caractères, cliap. ii, De l'/ioninie; cf. Montaigne, I, 1, et Charron, De la Sagesse, I, 5.