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ChampoUion, Monuments, t. III, pi

12 LE GHAiM ET l'aDAM ÉGYPTIENS

Une telle opinion du Nègre ne prouverait nullement que le fond de la race égyptienne ne fût pas Chamitique. Certains caractères extérieurs, comme les cheveux crépus, le teint foncé, et les grosses lèvres déjà remarqués par les Grecs', ainsi que certaines particularités anatomiques, indiquent au contraire qu'il faudrait voir dans TÉgyptien, non un blanc pur, mais comme le produit du mélange d'une race blanche et d'une race noire.

L'adoration par les Égyptiens d'un dieu des noirs vient à l'appui de cette considération. Il est vraisemblable que^ dès les époques les plus reculées, une aristocratie blanche asservit aux bords du Nil une population noire (sans doute des Anti"), parente de ces nègres Anti de Nubie, à la langue desquels le Livre des Morts emprunte quelques formules'. La fusion des vaincus et des vainqueurs aura produit le type égyptien, et l'orgueil des conquérants aura maintenu dans les classes supérieures, malgré ce mélange, la tradition d'une origine noble, opposée à la basse origine des noirs.

D'où vinrent les conquérants, si conquérants il y eut? Le renseignement le plus précieux que l'on possède sur ce point consiste dans le fait, admis par tous les égyptologucs, que la grammaire et le dictionnaire égyptiens sont en partie sémitiques. S'il fallait tirer de là une conclusion, on serait tenté d'admettre une invasion en quelque sorte préhistorique de l'Egypte par ses voisins sémitiques, invasion plus importante que celle des Pasteurs sous le Moyen Empire, et presque aussi importante que celle des Arabes sous les premiers successeurs de Mahomet.

Cette conjecture peut paraître hasardée, car le sujet n'est pas de ceux qui comportent actuellement une solution détinitive; mais il ressort bien, toutefois, de l'ensemble des

1. Hérodote, II, 101; Eschyle, Les Sitpp/ianJrs, pa^fisim, et Lucien, Le Nacire, 2; cf. Aminion Marcclliii, XXII, 16.

2. Cf. Lepsius, ZrUarhnft, 1R7(). p. 92; Diodore, III, .3. .3. Tod/r,ihn,-h. ch. 164, 1. .5-6.

LE CHAM ET L'aDAM ÉGYPTIENS 13

documents étudiés, que les Égyptiens comme les Hébreux faisaient des Couschites les fils d'un personnage nommé Khem par les uns et Cham par les autres. Il n'est pas besoin d'une grande hardiesse pour identifier ce Khem et ce Cham, assimilation qui donne à celle du Japhet hébraïque et du lapet grec ce qu'elle en reçoit, c'est-à-dire une valeur plus grande.

Les Égyptiens avaient donc une tradition analogue à celle des Hébreux sur l'origine de la race Couschite, de même qu'ils avaient en commun avec les Hébreux non seulement des mots et des formes grammaticales, mais encore des sentiments et des rites religieux, comme l'horreur du pourceau et la pratique de la circoncision.

Ceci admis, on peut partir de là pour rechercher si une nouvelle coïncidence ne se présenterait pas, dans les croyances des deux peuples, au sujet de l'ancêtre non plus d'une race, mais de toutes les races, c'est-à-dire du premier homme.

Le dieu héliopolitain Atum ou Tum, dont le rôle habituel était de représenter le soleil couchant dans la Trinité solaire, le vieux Tum' toujours figuré avec la tête humaine, par une sorte d'exception, était considéré particulièrement comme le père des hommes. Le célèbre début du ch. 17 du Livre des Morts roule sur cette attribution : Voici ce cjue dit l'homme^, ou le seigneur Tum\ ou le seigneur des hommes'' (suivant les textes) : Je suis Tum, qui existais seul dans le Nun {\. l.)\ ei \ Je viens de la terre, je viens de ma patrie. Qu'est-ce i' C'est l'horizon de mon père Tum

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