M0>SE1G>EUR
^^^^ I le public pouvoit tirer quelque utilité ^^^^'^r de mon ouvrage, ce seroit à vous qu'il E^^'^^en auroit ro])ligation. Vous m'avez inspiré le dessein del'entreprondre, et la passion que j'ai eue de vous plaire m'a donné le courage de l'achever. Je tiendrois à grand honneur si j'avois réussi dans ce dessein. Quelle fin plus noble pouirois-je me proposer de mon travail, que de piaire au digne héritier de tant de grands
iô'2 i.Krri;E>
hoiniiies qui ont été les prote<leui'é lîes loiii ci des lettres? D'ordinaire, Monseigneur, le& héros sont à charge à leurs neveux ; et il faut bien du mérite pour soutenir un nom iUustre : mais dans votre famille les hommes passent et les vertus se conservent. Ces grands noms d»' Mesmefi et d'Avaux ne pèsent point à ceux qui les portent. On trouve en vous. Monseigneur, toutes les excellentes qualités que les règne< précédents ont admirées dans vos aïeux. Cette louable inclination pour les be.uix arts; mais surtout cet inviolable amour pour la justice. Vous ne la rendez pas seulement dans Tauguste tribunal où vous avez tant de fois garanti le foible de l'oppression du puissant. Vous l'exercez encore en secret, et nous sommes té-moins que quand vous venez jouir du repos de la province, vous amenez, s'il faut ainsi dire, la paix avec vous. Les haines, les dissensions de vos voisins s'apaisent à votre vue , et par votre autorité vous les obligez quelquefois, malgré eux, à consentir à leur bonheur. Un grand pouvoir est une arme bien dangereuse entre les mains d'un homme qui en abuse, mais quand les peuple*^ sont heureux, quand il ne s'en sert
r»E MALCROIX. J5o
que pour leur bien ! Ainsi. Monixel^iitiii . qu<^llos louanges ne méritez-vous pas de faire un si bon usage d'une cbose dont on pourroit faire un si mauvais ? d'être puissant et bienfaisant tout à la fois? Mais il faut laisser cette matière a ceux qui travailleront à votre éloge. Je ne pense, pour moi, qu'à vous rendre un témoignage public du respect avec lequel je suis
Monseigneur, ^o1I'c très Iniinble. etc.
11 juin If^.
^*W^o> ami, ily a longtemps queje ne vous ^\^T^ ai écrit, mais voici une saison de nouj^^^â'velles: il n'est pas que réloignementde beaucoup de jeunes seigneurs n'ait été jusqu'à vous : hélas ! mon cher, toute notre jeunesse en
a reverentia porlando. c'est une pitié! je
neconnois guère ces Messieurs, mais j'en plains
un (jue bien TOUS connoisscz, et qui eslbicn œnnu à Sillery : c'est le cadet de Rumigny, autrement dit La Cuillemote : il est laid, il est torticoli, . homme decrpursily en a un en France, et sur le tout je ne l'eusse jamais pris pour un gitonî Une femme jolie et spirituelle me voulant faire entendre qu'il n'yavoiteu que Monsieur un tel qui s'étoit enivré, voiis usquead invidiam jelicihus, me dit : Voyez vous, on tombe d'accord qu'il n'y a eu que Monsieur tel qui ait donné la haquenéc 1 asturconem macedonicmn ! Si vous ne savez point, ou si vous avez oublié votre Pétrone, tant pis pour vous ! c'est un livre fort à la mode et de grand usage. — Quelques-uns de vos amis, et qui ont logé chez vwis, n'ont pas été trop bien traités par notre monarque, que l'on ne sauroit trop louer de s'eflbrcer de purger sa cour de ces ordures. Monsieur de Birans Rocq. a été arrêté à Strasbourg, non pas pour la chaussonnerie, mais pour avoir quitté son régim.ent, et être venu ici sans congé; il y demeura incognito avec trois ou quatre autres Messieurs de sa volée. Ils cloicnt déguisés en femmes, alloient à l'opéra : on les t rou voit lai cK^s à faire peur : comme l'on vent que chaaia fasse
DL MALtllOlX. 155
son devoir avec exactitude, on n'a pas entendu raillerie là dessus : le cavalier est en lieu sur pour quelques jours. Il y a deux jours que Ton lit noces chez Monsieur le chancelier; c'étoit celles de Monsieur Chauvehn, intendant de la l'Vanche-Conité, parent de Monsieur le Chancelier et de Madame la Chancelière : il a épouse !:) fille de Monsieur Billart, avocat ; mais combien croyez-vous que ce Monsieur l'avocat ait donné en mariage à sa fille? Quatre-vingt mille écus, mon ami, bien comptés, la veille des noces! il a été payé avant le coup. Mais comme le service du Roi ne souffre aucun retardement, Monsieur l'Intendant part dans trois ou quatre jours pour retournera son intendance : l'épouse sera encore quinze jours à rendre ses visites, puis elle ira chercher son époux, et Dieu sait la vie î — Mais on dit que vous avez une fort jolie et jeune épouse, en notre ville, qui ne se porte guère bien . Prétendez-vous de la laisser mourir comme cela' gardez-vous-en bien, car j'espère d'en faire le plaisir de mes yeux, de mes oreilles, quand je serai à Reims : elle est belle et a de l'esprit. J'ai eu l'honneur de la voir du temps qu'elle étoit Mademoiselle Villot. Je ne crois pas que le ma-
liage lui ail rien ôlé que «îe qu'on dit bien qui n'est bon qu'à perdre : pour de la beauté et d»* l'esprit, il faut garder cela tant que l'on peut, c<sont deux admirables qualités, — Mon ami , si vous saviez lesjolies personnes que je connoisen ce pays! comme cela est dm! n'en disons pas d'avantage, de peur de vous induire en tentation, ce que je trouve de plus plaisant, c'est la liberté avec quoi elles causent ! une disoit à son amie qui se scandalisoit quasi de la voir badiner : « Tu penses que je suis sur les frontières du péché mortel, mais tu te trompes ! » Brîilez-moi les veux d'une fille, dune femme, qui parle comm< cela! En notre bienheureux pays, elles ont assez d'esprit, mais elles manquent de cette agréable hardiesse : elles croient que le chat seroit au fromage, si elles en avoient autant dit : pour moi mirip€è capior /oceftrs.— Adieu, quand on estsur ce chapitre on ne peut finir. — Notre assemblé* durera encore quelque temps. On dit que le Pape veut s'accommoder, c'est son plus court et le nôtre . .,..
nr. MArrp.oix. io
À Mademoiselle de La Framboisière.
34jailletl684.
ÉLAS î ma chère roii<iinp, la pauvr** Ij affaire que nous avons faite! si vous sa- ;^;(viez ronime il est chaDgé depuis son exaltation! Tous les jours le premier à matines : à matines ! ma chère ; son bréviaire, le misérable livre que c'est ! il ne lui donne ni paix ni trêve: petites manchettes, les cheveux courts, on hii voit les oreilles; à lombre, vraiment oui. parlez lui un peu, il vous feroit belle mine ! Je n'ai pas laissé, tel qu'il est, de lui recommander votre affaire, et ilaconnne promis den prendi? 50!n, quand le temps en sera venu: mais il dit que rien nepresse. quant à présent. Il le faut laisser faire, car ces gens-là on ne sait comme s'y preu-
158 LLTI!;t^
dre avec eux. Cependant, ma chère cousine, je vous ai trouvée bien plaisante dans la lettre que vous m'avez écrite, et cela ne fait qu'ausmenter le déplaisir de votre absence et l'envie de vous revoir. Que feriez-vous toujours à ce vilain Paris, on s'y ennuie à mourir? J'ai bien de la joie que vous ayez traité de votre grande contrôlerie: certaines gens, que je croyois autrefois de vos amies, m'avoient conté toute cette négociation d'une manière qui ne vous éloit pas extrêmement avantageuse ! moi qui crois toujours que les gens disent la vérité, j'en étois bien en colère contre vous; et si vous voyez, je ne vous en ai pas fait semblant! mais un chevalier, que Dieu bénisse (dites amen ma chère;, m'a détrompé <?lm*a c(»iilé comme la chose s'est passée. Jai vu clairenieiit et manifestement que vous étiez blanche comme neige et que toute la faute venoit des gens qui sembloient se plaindre de vous, dont je vous jure que j'ai eu bien de la joie: car, voyez-vous, ma chère cousine, ehî là là! je vous ai toujours un peu aimée: ma foi, je ne
m'en puis tenir, quoique bon! bon! me
plaiiidre, il en est bien temps! que m'avez-vous doue fait rsur mon hoimcur,jc prends toujours
DK MAUCr.OlX. lèO
plus d'iiitér»H à vous qu'à une aulre. Il lautque cela échappe, pour le coup. Je ne passe guère bien le temps, ma chère cousine! plus départie de campagne î plus de Montchenau ' plus de Cormontreuil ! notre homme devient sérieux comme un Calon ; on espère qu'il égratignera bientôt ! peste de la dignité ! quelle misère d'être réduit à donner bon exemple ! je neveux jamais rien valoir que par l'amitié que j'aurai toute ma vie pour, ma chère grande cousine.
 Madame de Sotre Dame de Soissons et à Madame du Chdklet. Sur tes soupirs de la dame.
Divin objet de mes désirs,
N'employez pas tous vos soupirs
A regretter ma maladie! {Il avait la fièvre.,
Soupirs aux flèvres ne font rien :
Gardez-m'en quelqu'un, je vous prie,
Pour quand je me porterai bien.
Î60 ifcTTKEî
Heponsf.
Dites-lui 0(K' pour rontenter ses désirs.
Je n'emploierai point mes soupirs Au regret de sa maladie : Puisqu'on sait que j'ai dessein De ne soupirer de ma vie M pour malade, ni pour sain.
Réplique.
\ (>u.s nous défendez d'espérer De vous entendre soupirer :
Ma loi î c'est être trop sévère :
C'est être injuste au dernier point, Eh! pourquoi ne feriez-vous pomt Ce que vous faites si bien fnirc ''
Repnnsp.
Vous avez tori de m'ac(user De faire quelqu'un sonpippr
C'e-l une pure iiiéàir?aiiee ; Car je ne suis point trop d'humeur A souffrir une intelligence Entre les soupirs et mon cœur.
Jiépliqur.
Vous n"ignor«^z point vos appas.
Ou'est-il besoin de tous le dire ?
Cependant vous ne voulez pas.
Divine Olympe, qu'on soupire :
Mais il vous le faut bien souffrir ; Car enfin, n'est-il pas visible (Ju'on n'est pas tenu d'obéir Quand on commande l'impossible ?
Béponsc.
Je sais que je n'ai point d'appas, (jue rien eu moi n'est agréable ; Ainsi ne continuez pas De railler une misérablp.
16*2 LLTTFi:--
A'itrc Fur ce qu'(Hympc assurait que les soupirs ne servoient de rien.
Si pour guérir fièvre quart aine Vos soupirs ne servent de rien.
Belle Olympe, il est d'autre peine Où sans doute ils feroient grand bien.
Réponse de la dame du Chàt^let.
Je sais que
Pour soulager lièvre quartaine, Faul Hippocrate ou Galien :
Mais pour soulager d'autre peine, A dire vrai, je ne sais rien.
DE MAUCROIX. iOI
Réplique.
Vous ne savez quel mal, Madame,
Vos soupirs soulageroient bien!
C'est un mal où l'on ne réclame
Hippocrate ni Galien.
C'est un mal de tous maux le pire :
Quand un cœur en est bien atteint,
On ne sait que faire ni dire :
On rêve, on soupire, on se plaint ;
C'est un mal connu dans la ville ,
A la Cour, aux champs en tous lieux.
Et Qu'il n'est pas bien difficile
De prendre en voyant vos beaux yeux.
Réponse.
Je ne suis pas pour le souffrir :
La raillerie est trop visible.
Mais si vous voulez m'obéir.
Taisez-vous , la chose est possible.
A Mademoiselle Serment.
iC septembre i68t>.
¥^^3^ ST-CE là c€lte fille que l'on dit qui a tant fe^^^^. (Vcsprit '' Mais si vous êles si spiri- ^.ài^luolle, que ne deviniez-vous donc que je traduisois deux homélies, à la prière d'un de mes amis! que j'ai tout quitté pour cet ouvrage el que voilà qui est faitî Au lieu de cela, je bâtis! vous avez bien trouvé votre bâtisseur ! C'est range de mon voisinage ! c'jst mon !... II pense bien à autre cbose ! et moi aussi ! il v a un dragon qui garde ce trésor: il n'y fait pas sûr à cent pas à la ronde! si ^mis saviez avpr qu^ls yeu^î il regarde 1p« gens ' mai* qu'il regarda tant qu'il lui plaira. Il roule inutilement pour moi. Hélas! JH n'y pens»' point h mal ; !e mal qvc ;'y pf!n$ç
ht MAn:uoii. 105
me puisse soiuluin avenir, C'est Habelais au uiôiiis qui dit cela, et je vous l'allègue à telle iïn >[ue de raison. Il faut que vous me passiez cela, je m'en vais être plus sage : tant y a que mon cœur n'est point là : voici qui vous le va hien montrer : c'est une petite épigramme que jai faite cette nuit ; elle est toute nouvelle, je vous en fais la première montre :
Pourquoi l'aire un si grand hoplite De la conquête de Margot ?
Vous n'êtes pas le premier sol Dont une sotte s'est coiffée.
\ oiis me demanderez. mais quelle part prenez- \ ous à cette Margot? petite !|moins que rien. Je ne bUis pourtant pas fâché d'avoir un peu égratigné ses amom's. C'est une sotte encore mie fois, elle pouvoit mieux choisir. Je lui trouvois de [esprit, elle est de belle taille, bien faite; vous a\ez beau dire, c'estune soîte, je vous en assure, ne m'en parlez plus, car je n'en vi'ux jamais « iitendre parler. A propos, vous me reprocliez que bien souvent e'ont été les sens qui ont t niporté mon co*ur : pour cette fois-là, vous ne devinez pas tn»p mal. ma ciière : quand il y a un
lr»G LCTTRFS
peud'amonr en campagne, cela arrive assez souvent ; car quoi ! est-ce qu'on verroii une aimable chose et qu'on n'oseroit s'en approcher un peu! voyez-vous, le corps est si piès de l'esprit, on ne sauroit quasi les séparer; l'esprit commence la noise : on l'admire ; qu'elle est jolie ! Quelle grâce î Quels yeux ! Qu'elle bouche î Et puis vient le traître de corps qui demande à être de la partie. Mais la, là, voici bien de quoi convaincre toutes celles qui voudroient m'accuser de légèreté. Par le plus grand bonheur du monde j'ai recouvré un portrait de la personne que j'ai la mieux aimée. Combien il y a-t-il ? Plus de quarante ans ! ce sont bien des ans ! J'en fais faire une copie ; la copie est presque achevée : elle ressemble fort à l'original, qui ressemblait fort à la belle. J'en ai une joie, je ne m'en sens pas ! Eh Margot donc? Margot ! je ne donnerois pas mon portrait pour toutes les Margots du monde, toutes mes plaies se sont rouvertes : je suis tout rouge de sang, ma pauvre chère, je n'en ai quasi plus dans mes veines. Faites-les-moi venir tous ces prétendus lidèles , tous ces céladons ! après quarante années, auroient ils relfrontcrie de soutenir une comparaison ? et Mademoi-
r\W IK H... np voiulroil pas dun tel Lyciilas*' Nous verrons un peu, après quarante années, si elle aura quelqu'un qui fasse mieux son devoir! nous verrons, c'est-à-dire, elle verra, oar pour moi, j'aurai quelque petite atlaire qui mappclîi.'ra ailleurs. J'attends avec impatience ce que vous m'avez promis d'elle, alors je vous promets de renoncer à la bonne opinion que j'ai des anciens : je les mettrai tous à ses pieds et moi aussi ; et nous avouerons tous qu'elle est ie plus bel auteur, le plus joli , le plus aimable qui fut jamais, sans en excepter Sapho, qui fut aussi un auteur de robe longue , mais qui en usa un peu plus cavalièrement que notre amie, laquelle je jurerois, la main au feu, n'avoir jamais eu de Phaon. Voilà jurer bien hardiment! eh bien! si c'est trop, car on dit qu'il ne faut de rien jurer, mettons exclusivement pour contenter tout le monde. Cela ne fait rien à la chose, ce petit perfide qui s'est sacrementé si mal à propos, pourroit bien avoir endommagé en quelque sorte la conscience et mis quelque froideur entre son bon ange et elle: mais je ne crois pas qu'ils en soient venus à une rupture entière. Si je me trompois un peu. en vérité, j'en serois
hj«
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Itien iiï<f ! \ oi(> iiit; laite> mourir, vous autrei [>rudes ; vous puriliez trop toutes choses, vous vwulez que le bon viu soit saos lie; mais je ne vous reiormerai pas. Adieu, ma très chère •If^moiselle, tout à vous, c'est à dire entièrement sans réserve.
.4 M'.tiidtru- (Ir Siiiid-tUcunc.
S7 juillet 1667.
J^^g^^ïiLqui contez vous le départ de Madame '^^oî^^de Sillery! J'étois chez Barbesieux ,^^^^' quand elle est partie : je uavois garde (le manquer à prendre congé délie, nonobstaul loutes choses dites : si vous aviez veu cela, vous « n auriez été touchée! Une fiiie de qualité, après avoir perdu sa sœur, veut donner à une autre une abbaye sur laquelle il sembloit qu'elle avoil
quelque droit et qu'on n'a pu lui refuser sans lui faire honte, est obligée de quitter sa maison de profession après une demeure de tant d'années, et d'aller chercher par le monde de nouvelles aventures : elle a contribué peut-être à son malheur, je le veux : mais faut-il qu'un malheureux n'ait pas failli pour être plaint' pourquoi donc a-t-on tant pleuré à la mort de M. de Montmorency, de M. de Thou, de Saint-Mars? En vérité. Madame, il faut bien remercier la puissance de la fortune î cette fille si malheureuse, qui présentement n'a ni feu ni lieu , est pourtant petite-hlle d'un chancelier, qui en son temps a fait une grande figure dans le monde ! combien y a-t-il ? Les arbres qu'il a plantés à Sillery ne sont pas encore morts : voilà les petites réflexions que j'ai faites ce matin sur l'éloignement de cette dame. Dieu veuille qu'elle profite de cette manière d'exil, et qu'elle fasse un bon usage de ses disgrâces ! ceci n'est-il pas bien chrétien? Seigneur dieu, un solitaire de la Trappe diroitil mieux? Bon soir, mon illustre abbesse.
«^^éS«E m'élonnois et m'enniiiois de ne pas ^Jj^ recevoir de vos nouvelles! mais, Ma- ^^^t*) dame, vous n'aviez qu'une trop bonne raison pour ne me pas écrire; vous êtes incommodée de vapeurs! mais M. de Tiberjau n'est-il pas à Soleure ? n'est-il pas en parfaite santé ? pourquoi donc êtes-vous malade ? il n'y songe pas ! il y va plus de sa réputation qu'il ne pense. Il faut que je vous fasse un petit conte, à propos ou hors de propos, n'importe! Une chapeli.re de notre bonne ville étoit malade, comme vous, Madame : on luiavoit donné des médecines, on y avoit fait toutes les herbes de la Saint-Jean, la guérison ne s'avançoit pas : un des amis du mari, ce mari s'appeloit Gabriel , lui dit un jour : « Qu'est-ce que tu veux tant médeciner ta femme,
qui ne qui ne » avec votre permission.
Madame, le reste demeurera au bout de ma
plume : et puis à des gens d'esprit, il n'est pas nécessaire de tout dire. Le mari alla conter à sa femme le plaisant remède qu'on lui avoit appris pour la guérir; la pauvre moribonde, regardant piteusement son époux, lui dit: «A ton avis, Gabriel, cela me seroit-il bon ?» Je ne sais ce que le remède opéra, mais au moins on assure qu'elle ne le trouva pas de si mauvais goût que les médecines qu'on lui avoit fait prendre. »
«7 avril I6S9.
'^^^^'viOL's savez sans doute que les ennemis ^^V^ ont assiégé Kaiserawert, et que nous •^^1^ faisons le siège de Juliers? L'argent cependant est très rare, et bien des gens trouvent que feu M. le Prince et M. de Turenne n'ont guère laissé de successeurs. Dieu a toujours pro-
tégé la France, |il la protégera 'encore s'il lui plaît. Je ne sais quel temps il a L',i en Suisse, mais ici, il a gelé rigoureusement : les vignes avancées ont souffert : la côte d'Ay a été fort maltraitée. La montagne en est quitte à meilleur marché; on déterre les ceps, et peut-être que la pertene sera pas si grande.— i\ous aurons bientôt le Jubilé. La foire de la Couture expire aujourd'hui, elle a été assez curieuse cette année : l'on Y a vu des tigres, des lions, des panthères, des hommes à triple étage. Savez-vous ce que c'est qu'un homme à triple étage? — C'est un homme qui en porte un sur ses épaules : vous entend* i^, ce deuxième a ses pieds sur les épaules du premier, et le troisième a ses pieds sur les épaules du second. Belle et agréable invention pour ^e rompre le col ! un autre étoit monté sur des échasses aussi hautes quasi que les maisons. En vérité, Madame, l'on fait pour vivre tout ce qu'il faut pour mourir. Mais, sans sortir de notre ville, il y a une plus grande rareté que tout cela : je ne sais comment vous le faire entendre : la chose est difficile, et si vous ne m'aidez un peu, je crois que je n'en viendrai point à bout. C'est une femme... et si ce n'est point une femme herma-
DEMAUCROIX. 173
phrodite, non : mais pour être une femme comme il faut, il manque quoi? ce n'est pas sigrand'chose: mon Dieu, ne m'entendez-vous pas? et oui, vous m'entendez ! c'est cela justement qui lui manque. Le confesseur lui dit, qu'en conscience, elle est obligée de souffrir que le rasoir du chirurgien lui donne ce que la nature lui a refusé. C'est aussi l'avis du mari, car la belle est mariée, mais elle n'en veut croire ni le mari ni le confesseur. Les théologiens soutiennent qu'elle doit souffrir l'opération. Les femmes qui suntbien assurées que rien ne leur manque, rient de cette aventure, et avec votre permission j'en rirai un peu aussi sous cape. L'histoire est vraie et très vraie : la pauvre demoiselle est plus honteuse d'être si chaste, que d'autres ne le sont de s'être un peu émancipées. Vous voyez bien que je ne pouvois pas me dispenser de vous mander cette histoire tragique. Je n'ai pourtant pas trop envie de rire : cette maudite guerre fait évanouir toutes les joies, et le misérable Turc s<Ta-t-il si turc que de ne venir pas en Hongrie? laissera-t-il échapper une si belle occasion de regagner ce qu'il a perdu ! guerre, toujours guerre ! j'ai vécu en guerre et j'y mourrai. Mes
civilités respectueuses à Monsieur votre époux, à Son Ex.... et à Mademoiselle votre fille, je ne l'oublie jamais, elle n'est ni d'âge, ni de beauté à être oubliée. Pour vous, Madame, je suis toujours l'homme du monde qui vous aime et qui vous honore le plus.
A Monseigneur Fabio Bruslard, èvéque de Soissons.
Monseigneur;
^^(5e>\^E peu d'homélies que je prends la (-è(^^ liberté de vous présenter est tout ce ^(^J^ qui reste d'Astérius évêque d'Amassée : beaucoup d'habiles gens tiennent que la perte des ouvrages de ce grand prélat est une des plus considérables que l'église ait jamais faites, car on ne doute pas de le comparer aux plus éloquents des Pères grecs.
Les saints prélats des premiers siècles de l'église ne se contenloient pas seulement de bien faire; ils s'étudioient encore à bien parler : comme les Chrysostôme et les Grégoire de Naziance qui employèrent tant d'années à l'étude des belles-lettres : Astérius se nomme aussi le nourrisson des Muses, et fait connoître le commerce qu'il avoit avec Démosthènes, le plus excellent orateur de la Grèce. Tous ces grands personnages étoient bien éloignés de l'opinion de ceux qui se déclarent contre l'éloquence et qui voudroient même la bannir de la chaire de la vérité : ils prétend roient volontiers que l'évangile ne doit être annoncé aux peuples qu'en de termes rudes et mal polis ; comme si un prédicateur devoit renoncer à un art qui n'a été inventé que pour détruire le vice et por.r honorer la vertu.
. Si je ne craignois, Monseigneur, de faire souffrir votre modestie, je dirois qu'il n'y a personne qui ait plus d'intérêt que vous de s'opposer à cette erreur. Car enfin à quoi serviroient ces heureux talents pour l'éloquence que vous avez reçus de la nature, et qui ont paru avec tant d'éclat dans les discours chrétiens que
VOUS avez prononcés? Certainement vous faites bien voir que 1* évangile ne perd rien de sa dignité ni de sa force pour être publié par une bouche éloquente : au contraire que ces vérités éternelles pénètrent plus avant dans les esprits et y font une plus grande impression, quand elles sont accompagnées des grâces et des ornements du discours. Pour peu que je continuasse, Monseigneur, je lasserois votre patience ; je sais que vous ne souffrez qu'avec peine les parfums les mieux préparés et qu'il seroit difficile de vous louer longtemps sans vous déplaire : Vous devriez pourtant vous y accoutumer; car il est certain que votre mérite vous attirera souvent de pareilles persécutions : c'est ce que j'ose vous prédire au commencement de votre épiscopat et de votre gloire , et je suis sur que l'événement confirmera ma prédiction. Pour moi, après avoir rendu un témoignage public de la vénération que j'ai pour vous, je n'ajouterai ici que la protestation respectueuse avec laquelle je suis.
Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
DE MACCROIX. 17
A Monseigneur le Prince de Conty.
Monseigneur,
^^A^i mes derniers ouvrages que je dédie à ^^^çk; V. A. n'ont le bonheur de lui plaire, au ^^^^ moins ils lui témoigneront ma reconnaissance et mon respect. L'amour que vous avez pour les beaux arts, doit un jour vous attirer les hommages de tout ce qu'il y aura de gens de lettres dans le royaume : car quoique les Muses soient timides, elles s'approchent pourtant avec plaisir de ceux qui les accueillent favorablement. On a cru autrefois qu'elles amollissoient le courage, et que les qualités de savant et de vaillant ne s'accommodoient pas ensemble : parc^ qu'on avoit vu quelques barbares coiira-
geux, on s'éloil imagine que pour être courageux, il falloit être barbare : votre exemple, Monseigneur, détruit une erreur si grossière. Chez vous, l'amour des lettres et des armes sont d'accord : avec quelle ardeur ne vous voit-on pas courir à la gloire? que n e faites-vous pas pour vous montrer digne neveu d'un héros qui a rempli toute la terre de son nom ? n'oseroisje suivre ici les mouvements de mon cœur,. et dire de ce grand prince, ce que j'en pense depuis tant d'années? Nous avons admiré les exploits de sa jeunesse : je n'en parle pas, ils sont trop connus. Mais avec quelle dignité et quelle sagesse passet-il maintenant ses années que la nature a réservées pour le repos ? Un prince si vigilant, si actif, n'être point empêché de son loisir, n'être point embarrassé de n'avoir rien à faire? être aussi héros à Chantilly qu'à Rocroy, qu'à Fribourg, qu'en tant d'autres lieux que sa valeur a rendus célèbres ! Certainement ce n'est pas tout que de vaincre et de détruire ; les belles vies sont celles qui se soutiennent partout, dont toutes les parties sont également glorieuses. V. A. s'étant proposé un si grand exemple, elle ne sauroit l'imiter que par des efforts extraor-
DE MAICROIX. 179
dinaires. Qu'est-ce aussi, que la France ne doit point attendre de votre valeur, quand elle sera fortifiée de l'expérience, quand l'âge vous aura appris ce que les maîtres ni les livres n'enseignent point ! Peut-être que la Providence ne permettra pas que je sois ti'moin des grandes choses que vous exécuterez un jour; mais au moins. Monseigneur, je les aurai prévues : votre valeur, votre humanité ; tant de douceur, tant d'esprit ne nous promettent rien de médiocre. Cependant, Monseigeur, ne seroit-ce pas offenser votre courage, que de supplier V. A. de ménager une vie qui doit faire l'honneur de son siècle! Je n'ignore pas que la gloire est un bien (jui ne s'acquiert qu'avec péril ; mais quand il vous seroit permis d'être libéral d'un bien si •précieux que votre vie, certainement il ne faut point en être prodigue , et vous devez épargner à la France , quelques-unes des justes craintes que lui donnera votre valeur. Comme françois, je crois avoir droit de vous faire cette prière, je vous la fais encore, étant comme je le suis,
De Votre Altesse, le tout, etc.