CHAPITRE IV
Premiers empiétements.
^r^V^fÇ o>- Eminence ayant fait publier, sans -^A^!^^ en parler ou en conférer avec le cha- ^^^^ pitre, qu'on fêteroit le lendemain la fête de saint Thomas, laquelle avoit été transférée au dimanche précédent par mandement de M. le grand vicaire Lelarge, et le peuple déchargé de l'obligation de la messe, on ordonna aux sénéchaux de faire plainte à M. le grand vicaire et de lui dire que Messieurs les archevêques de Reims, toutes les fois qu'il s'est agi de l'établissement, de la suppression ou translation des fêtes, avoient fait l'honneur au chapitre d'en conférer avec lui, que le tout s'étoit passé d'un commun consentement. A quoi M. Thuret, grand vicaire, répondit que Son Eminence n'avoit fait qu'appuyer ce que le chapitre avoit fait : que les fêtes retranchées étoient imprimées en noir dans le directoire, que celle de saint Thomas étoit en caractères rouges, et partant marquée
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comme les fSes , et qu'ainsi Son Eminence n'ëtablissoit rien de nouveau. Sur ce que je le priai de parl^^r à Son Eminence, il entra dans la chambre, en sortit et me rapporta que Son Eminence avoit répondu que si le chapitre avoit quelque chose à lui communiquer, qu'il le lui communiquât ; M. Thuret ajouta que Son Eminence n'avoit aucune connaissance du mandement de M. Lelarge, grand vicaire, pour la suppression des fêtes, ni de l'ordre de Sa Majesté pour cela.
Le 21 décembre 1667, sur les dix à onze heures du matin, le signor Bernardini, gardemeubles de Son Eminence, vint à l'église pour voir en quel heu il lalloit placer le dais archiépiscopal. Il étoit à l'entrée de la porte du côté du palais, il parloit à M. le chantre * et à M. le sous-chantre, j'arrivai comme ils disputoient sur le dais. Nos chanoines disoient que les archevêques de Reims n'en avoient jamais mis. Je fus au palais pour savoir au vrai quelle étoit là-dessus la résolution de Son Eminence. Je parlai à M. Thuret qui me fit parler à un R.
* Claude Bernard , chanoine depuis 1636, grand chantre en 1640, mort en 1677.
P. Jésuite confess«.'ur de Son tminence. J'alléguai l'usage au R. P. et l'assurai que le dessein de la compagnie n'étoit pas de rien retrancher à Son Eminence de ce qu'on avoit accordé à ses prédécesseurs, mais qu'effectivement cela n'avoit jamais été. Il me dit qu'il lui en alloit parler, et que comme je serois trop longtemps .peut-être à attendre, je m'en retournasse chez moi et qu'il me viendroit apprendre l'intention de Monsieur le Cardinal. Il y vint et me dit que Son Eminence lui avoit dit : " Que ces Messieurs me fassent voir que jamais les archevêques-cardinaux mes prédécesseurs n'en ont joui, je ne le demanderai pas.') Je lui dis: « Mon père, on nous oblige à prouver une négative; cela sera diffirile. nous y satisferons pourtant autant que nous h^ pourrons. »
Le 22 décembre, au matin, M. le doyen, M. le chantre, M. le sous-chantre Sicardet moi, nous allâmes faire la révérence à Monsieur le Cardinal, nous lui dîmes que nous avions appris que Son Eminence vonloit se servir d'un dais le jour de Noël en officiant, nous la suppliions de trouver bon qu'avec tout le respect que nous lui devions, nous lui représentassions
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que ce n'avoit jamais été l'usage de l'Eglise de Reims, et que nous la priions de souflVir qu'on lui fit la lecture du cérémonial, où il n'étoit point fait mention du dais au-dessus du Pontifical (car c'est où se met Monsieur l'Archevêque quand il officie), quoique le cérémonial n'ait rien oublié des plus petites choses qui se pratiquent dans cette céiémonie. Monseigneur nous dit que notre cérémonial ne disoit pas aussi qu'on ne mettoit point de dais, et qu'enfin, si nous ne voulions pas souffrir le dais, qu'il ne prendroit pas possession plus tôt. A cela nous le suppliâmes de prendre en bonne part ce que nous lui avions représenté pour le chapitre, et que puisque c'étoit la résolution de Son Eminence, qu'on suivroit son intention. Son Eminence nous dit : Quand je me serai servi cinq fois du dais, si on me fait voir une preuve convaincante que Messieurs les Cardinaux mes prédécesseurs ne s'en soient pas servi, je commanderai qu'on Tôte. » Dans la conférence, lorsqu'on lui lut notrg cérémonial. Monseigneur nous dit que ce cérémonial n'étoit pas imprimé ni approuvé des archevêques, et qu'il y avoit beaucoup à dire contre. Nous nous retirâmes donc après avoir entendu
la résolution de Son Eniinence que nous rapportâmes au chapitre. On agréa tout ce que nous avions fait. Nous retournâmes au palais et dîmes à quelques gens de Monsieui^ le Cardinal que la compagnie feroit ce que Son Eminence avoit témoigné de souhaiter d'elle, et qu'elle consentoit qu'on mît le dais.