‹ Œuvres diverses (volume 2)Chapitre 27 sur 45 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Retour du Cardinal à Reims. — L'auteur en est mal reçu. — youvelles mésintelligences entre l' Archevêque et son Chapitre.

^v^^^^oNsiEiR le Cardinal retourna à Reims ^ij^VjiiMe 2(3 novembre. Le lendemain le cliaâ^^piti'e alla lui rendre ses compliments ; il nous reçut et ne nous reconduisit pas deux pas. Le moulin de rue de Moulin subsistoit encore la présente année l()fi8. C'étoit un moulin à eau.

DE MAUCr.OIX. ol3

Le 21 décembre 16G8, étant allé voir Son Eminence pour lui rendre réponse d'un acte qu'elle demandoit au chapitre, Monseigneur s'emporta fort contre moi et me dit des choses fort fâcheuses, ce qui me surprit extrêmement, ayant tâché de suivre ses intentions, et n'ayant rien fait qu'exécuter ses ordres. Les grands seigneurs ont leurs mauvaises humeurs aussi bien que les petits. C'est un malheur de se trouver devant eux quand ce torrent se déborde : bien heureux qui n'a rien à démêler avec ces gens-là ; j'en pourrois bien dire davantage, mais cela suffit.

1669. — Le premier jour de carêiue. Monsieur le Cardinal n'ayant pas voulu permettre que le prédicateur de Notre-Dame annonçât dans sa chaire les dispenses du carême que donnoit le chapitre à ceux de sa juridiction, le chapitre fit afficher des placards dans l'église, et aux lieux de sa juridiction qui contenoient cette même permission. Monsieur le Cardinal en fit afficher d'autres qui portoient qu'on ne se pouvoit pas servir de cette permission du chapitre, à moins qu'il ne fit voir les titres en vertu desquels il prétendoit avoir ce droit.

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Ensuite Son Eminencefit afficher auxporteaux de l'église et antres lieux de la juridiction du chapitre une autre ordonnance, en date du 18 mars 1669, aux termes de laquelle il permettoit à toutes personnes de ce diocèse d'user des œufs, et se dispenser du jeûne pendant le reste du carême, à l'exception des quatre derniers jours, avec défense, à peine de péché et charge de conscience, de se servir d'autre permission L>t dispense à cet effet, que des siennes.

Le chapitre, voyant ses droits et sa juridiction spirituelle attaqués, fit l'ordonnance suivante qu'il fit afficher au lieu de sa juridiction :

« >^ous, prévôt, doyen, chantre, chanoines et chapitre de Téglise métropolitaine de Reims, avons permis et permettons par ces présentes l'usage des œufs pendant le reste du carême, aux chapelains, vicaires, contres , habitués , et tous autres de notre juridiction spirituelle, même les dispensons du jeûne les quatre derniers jours de la semaine sainte, avec défense à toutes personnes de notre juridiction spirituelle de se servir d'autre permission et dispense à cet effet, que de la présente. Donné à Reims en notre chapitre le 21 mars 1669. »

Le chapitre, pour se maintenir en possession de ses droits , fit diverses protestations.

Les affiches de Son Eminence attachées aux porteaux de l'éghse furent couvertes par celles du chapitre et par son ordre. Son Eminence en ayant été avertie^ et que même quelques-unes a voient été déchirées, en entra en grande colère. M. Le TeUier, coadjuteur, fit écrire au chapitre qu'il ne lui conseilloit pas d'attendre les suites fâcheuses que pouvoit avoir l'action que Monsieur le Cardinal étoit sur le point d'intenter pour la juridiction et tous autres privilèges, et que sollicitant cette affaire avec Son Eminence il n'étoit pas en peinede réussir; que Son Eminence pouvoit réduire et soumettre les chanoines comme de simples prêtres de son diocèse, sans leur laisser aucune juridiction^ non pas même sur eux-mêmes. Quoique le chapitre ne prît pas l'alarme pour toutes ces grandes menaces, que d'ailleurs Son Eminence lut mal fondée en la dispense du jeune sans 1 avis du chapitre, et qu'il n'ait aucun droit d'alficher ses mandements aux porteaux de l'éghse sans la permission du chapitre , toutefois il semhla qu'on avoit manqué au respect qu'on devoit à une per-

sonne de sa dignité en couvrant et peut-être en lacérant ses affiches. On députa M. de Y et M. Louis Maucroix*, ancien chanoine, pour faire des excuses à Son Eminence qui étoit alors à Paris. M. de Y ne voulut point partir sans savoir si sa députation seroit agréable. Le chapitre écrivit à Monsieur le Cardinal le plus civilement qu'il put, lui donna avis des personnes qu'on lui avoit députées, et le supplia d'avoir la bonté de lui faire savoir si elles lui seroient agréables. Monsieur le Cardinal ne voulut point recevoir la lettre et se plaignit qu'on la lui envoyoit toute fermée (ces messieurs veulent hre les lettres, pour savoir s'ils trouveront à propos de les recevoir) ; mais il dit qu'il recevroit les députés comme personnes particulières qui étoient ses amis, à condition qu'ils ne parleroient point des affaires du chapitre. Ces réponses ayant été rapportées, on ne laissa pas de prier M. de \ de partir. On députa, au lieu de M. L. Maucroix, alors malade,

1 On a vu par la date de l'obtention de sa prébende, 1637, que Louis Maucroix, frère de l'auteur, éloil, en li)67, un des phis anciens du chapitre.

MM. Chuffet et Marlot *, chanoines. Ces messieurs avoient ordre de voir M. le coadjuteur, et le prier de les présenter à Son Eminence, et de recevoir de lui les paroles qu'ils dévoient lui dire.

Le dimanche au soir 7 avril, M. Barrois, sénéchal, vint chez moi, et me dit que M. le lieutenant général lui avoit fait voir un ordre du Roi qui portoit qu'il eût à se rendre incessam» ment à la cour, pour rendre compte au Roi de ses actions. L'ordre étoit pareil pour M. Sicard l'aîné, sous-chantre.

Le onzième d'avril, MM. de Y, Chuffet et Marlot retournèrent à Paris, et le lendemain ils firent rapport à la compagnie qu'ils n'avoient rien obtenu sur l'esprit de Son Eminence ; que M. le coadjuteur les avoit reçus favorablement; que pour Son Eminence, elle ne voulut pas les recevoir comme députés, mais comme personnes qu'elle considéroit. M. de Y fit son compliment dans lequel il ne put s'empêcher de mêler quel-

* Pierre Marlot, chanoine depuis 1652, mort en 1696, et qu'il ne faut pas confondre avec l'historien de Reims, Dominique-Guillaume Marlot, bénédictin, mort le 7 octobre 1667.

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que chose du regret du chapitre et du désir qu'il avoit de rentrer dans l'honneur de ses bonnes grâces qu'il avoit perdues plutôt par quelque fatalité que de dessein ; et les larmes aux yeux, il lui dit : Domine, doce nos orare ; tout cela ne l'adoucit que pour un moment ; son aigreur le reprit, et l'on croit quil a dessein de ruiner tous les privilèges du chapitre, tant il a conçu d'indignation contre ce corps.

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