T^ST'J
c ^^DiEc panniers, vendanges sont faites,
^^^^^ toutes les vignes sont,pardieu, gelées, O^J^^de la nuit dernière, noire féal! Mais comment gelées ? qu'il n'en est resté au diable le bourgeon; encoredisentlesexperts qu'il n'y aura de deux ansqu'à grapiller, tant bien cette maudite gelée s'y est prise ! De deux ans, vertu-Dieu ! Eh ! que boire , cependant ': Sainte Marie de vin vermeil ! da inihipotiim ! Oh ! que M. de Lamoignon auroit fait prudentement, si plutôt qu'establir ici un conseil de santé, où l'on n'entend que contestes sempiternelles, il, pour deux ans, eut au vin pourvu ! que de grâces ne lui auroit-on pas
rendues, s'il eut établi un beau grand petit cabaret de Dieu, où le vin n'auroit de deux ans manqué, et où je, sans contredis, aurois présidé comme un compère ! Je m'en seroisbien acquitté, je vous allie, et jamais n'aurois failli à toujours boire tout le fin premier et même encore le dernier, bien souvent ! Qu'en dites-vous, buveurs ? n'eul-ce été œuvre digne d'un tel liomme? Pardieu si eut été ! Mais, direz-vous, homme de si grande guise a bien d'autres pensées en la tête ! Il n'est jà empêché pour des vélilles ! ses emplois tous, sont pour choses importantes et digne vertu-Dieu ! qu'y a-t-il de plus important en ce bas monde que d'empêcher les gens de mourir de boif? La mort de Roland vous faitelle point trembler? Quels inconvénients n'en peuvent point survenir? Quantes familles, quantes villes, quantes provinces tout entières se sont par guerre ruinées et leurs voisins? quand et quand pour chercher à boire ? Et la messe, la contez-vous pour rien ? Je me donne à trente charetées de diableteaux, en cas qu'en toute Champagne, on cueille assez de vin pour la dire !
Comment diable ! je vois déjà nos hérétiques
36 LETTBES
se prélassant par les nies, qui disent qu'on va changer V Introït, et qu'on dira dorénavant: Intmïbo ad altéré. Encore, disenl-ils, qu'il sera nîal chanté! d'autant que prêtres, s ils n'ont bu copieusement, ne chantent rien qui vaille. Mais à propos! les pauvres diables de trépassez, que feront-ils les pauvres hères avec leurs messes sèches? car entendez qu'on y portera pain à foison, mais de vin pas goûte ! Ils viendront pardieu affublez de leur libéra chercher à boire en ce monde si on ne leur en porte en l'autre; tout menace guerre, tout tend à sédition ; ils, de leur royaume envoiront pour nous guerroier, taupes à milliers, souris, vers, serpents, vipères, insectes de toutes sortes, qui nous infecteront de mal-peste pour le moins ! Il y faut remédier. Mais où est le remède, si le vin manque ? remedium contra pestes, n'en avezvous jamais ouï parler, vous autres ivrognes de hautes classes? n'est-ce le seul antidote? n'est-ce le souverain préservatif? Oui, pardieu, oui ! par le bon Dieu, oui ! sans lui toute nature affoiblit, toutes choses vont en déconfiture ; nous, sans lui, bientôt retomberions dans l'antique cahos. Explorez-lp en cette année malheu-
DE MAUCROIX. ôt
reuse, plus déjà ne verrez, comme soiiliez, tonneaux rangés sur beaux chantiers ; plus ne verrez bouteilles dans les celliers en belle ord^hnance ; plus, sur buffets verres rincez bien à point : tout sera pesle-mesle entassé sans ordre aucun ; tout sera en confusion ; pourquoi? parce que le vin a manqué. Seigneur, doteur de tout bien, en quoi t'avons-nous offensé ? encore si le mal fut tombé sur quelques treilles malantriies ! sur quelques terroirs de nulle valeur! mais les divines côtes d'Avcnay ! deMareuilî d"Ay! que les colibeteurs du pais nomment par excellence vinum deil de Cumicres! d'Arty! ah! savoureux vin blanc, dont la moindre goutte est digne de la bouche de quatre Roys! - d'Epernay ! des demoiselles de Paroy ! de Gland ! tout est frit! tout est perdu ! même la benoite montagne de Reims! Ecquid perditio liœc ! Pauvre Mobillon, tant ton infortune me cause de déplaisir ! celui homme de bien qui tant disertement emplissoit bouteilles! tant doctement composoit bouchons î tant curieusement conservoit le divin piotî Et puis tant libéralement l'eschangeoit contre beaux fscus au soleil ! contre beaux moutons à la
grande laine î (^ue tant grands fussent ils et de bon aloi, n'cstoienl encore dignes d'être à cette divine liqueur parangonnée !. celui homme de bien, dis-je, st-ra donc désormais réduit à venffre des prunes, et a grater son ventre au soleil! Cest erreur, c'est abus, c'est scandale trop manifeste ! Je ne le puis souffrir ! Adieu.
Le même au même.
p5^>î^^j ors vous envoïons un pâté de deux lièt-i j:^ vres, nos cochons n'en veulent plus;
-*^ nous pouvions bien les garnir d'une petite oye fort raihie, comme cailles, veilles perdrix, etc.. mais vous trouverez bon, pourvu que cela ne vous tourne point à importunilé, que nous les mangions ce soir à souper. Vous vous imaginerez peut-être que nous vous envoïons ce pâté, pour avoir des poires de Rousselet, ou quel-
qiies autres douceurs de Totre paîs : point du tout. Il n'en est rien, ne le croïez pas; trop bien se aviez quelques bouteilles de bon vin, volontiers l'accepterions ; cela soit pourtant dit en passant. Modo hic nos —Adieu, nos chers amis: aimez-nous toujours bien, car de notre côté nous vous aimons tout plein .
XVIIt.
M- de Lahaye ou même.
'espère manger six poires de ce fruit f^^^<,'bien plus longtemps que vous ne le soufe-^^tëtez : que diable avons nous fait de mai au monde pour en sortir sitôt ? Le diable m'emporte si j'en donnerais ma part pour la cinquantaine î Vertu-Dieu, vous nous donez le carême bien bas ! Je sens en moi certaine énergie, et je prie Dieu qu'ainsi soit de vous qui me pronostiquez d'années, de longues olympiades, et que de
cent ans je cueillerai encore des poires, etbiscoterai la jardinière, sou? le poirier! Entendez, pourveu qu'elle soit jolie; autrement je renie Mahomet si j'y touche î A propos, Dieu soit loué, qui nous a renvoie M. Rainssant ! quelle perte, digne vertu-Dieu ! La bienheureuse Champagne n'en fait elle pas des feux de joie ?.. Mais il m'a aussi, pour mes péchés, renvoyé un frère qui est si Sût, que la camarde n'a daigné s'en charger ; Car, aOn que vous le sachiez, les maudites fièvres nous ont aussi afligez ici aussi bien que vous : mais n'en déplaise à ces demoiselles, il me semble qu'elles dévoient épargner les honnêtes gens et surtout les bons médecins !
Le même au même.
^^^E n'ai qu'un moment pour vous écrire, ^JÉ^M le fautemploier utilement : premièretâm^'nt je suis votre très-humble servi-
DE MAUCROIX. il
teur; après cela je vous recommande une petite troupe comique qui voudroit bien jouer à Reims, si vous avez quelqu'un qui connoise quelqu'un qui puisse parler à quelqu'un pour k-s recommander à ceux qui donnent la permission, vous m'obligerez fort de vous y emploler, et si voire sévih-ilé vous permet de les aller entendre, vous n'en sortirez pas mal satisfait, vous qui ne l'êtes qu'à bonne enseigne. Ils nous ont ici donné beaucoup de plaisir, et malgré les prédicateurs qui les onl tourmentés, ils nous ont fait passer un peu plus doucement que nous n'eussions fait le ten s pénible de l'Avent. Dieu nous envoyé de tems en tems de pareilles consolations et vous tienne par sa sainte giàce en allégresse d'esprit. Adieu.
DE LaHâTE.
À Monsieur Billet, sindic de la ville, près Saint•^snis, à lieims.
Le 13 janvier (Ite-^ ou 70 .
VgS^JL ui'eustesté assez difficile de faire ré- #♦>, w4pûnse mercredi dernier à votre lettre, ^5:^J^ parceque ce jour la, je ne la reçus qu'à sept heures du soir. Le lendemain matio j'allay chez monseigneur le coadjuteur de Reims pour le prier au nom de la ville de faire changer l'ordre que vous aviés receu pour les cinq compagnies de cavallerie. Je n'eus pas beaucoup de peine à obtenir de luy cette grâce. A peine avoisje ouvert la bouche qu'il me dit : Je scay bien ce que vous voulez me dire ; vous me voulés parler pour cinq cents chevaux qui ont eu ordre d'aller à Reims ; l'ordre est révoqué et ces troupes aoiU
DE MALCROIX. AZ
à Rhetel. Je le remèrciay très-humbiement de la grâce qu'il avoit fait à la ville et Tassuray que jamais elle n'en perdroit le souvenir. Il me donna charge de dire à messieurs du conseil de sa part, qu'il réserveroit toujours les occasions de faire plaisir à la ville et qu'on les pouvoit asseurer et pour ce qui estoit des gens de guerre que l'on n'en envoieroit jamais à Reims qu'à la dernière extrémité, et quand il n'y auroit plus moïen de faire autrement. Après m'a voir fort recommandé de faire savoir cela à messieurs de la ville, il monta en carrosse et me rappella encore et m'enjoignit de ne pas manquer à donner à messieurs de la ville ces assurances de sa part. Eyi vérité. Monsieur, je crois que le crédit de ce prélat sera fort utile à la ville et cette extrême civilité mériteroit ce me semble que messieurs du conseil luy en fissent un remerciment. Sijepouvois leur rendre service en général et en particulier je m'estimerois bien heureux, comme aussi de vous pouvoir témoigner que je suis,
Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Maucroix.
Les membres du conseil de ville à Monseigneur le coadjuleur de Reims (i).
. Monseigneur,
f^^^^[§?t" oNsiEUR de Maucroixnousafaitscavoir ±Jll^ les bontés que voire grandeur a pour ^■^ nous qui sont d'autant plus grandes que par ses bienfaits elle a bien voulu prévenir nos imporlunités : nous vous en rendons, Monseigneur, nos très-humbles actions de grâces, avec protestations que nous ferons tous nos efforts pour en mériter la continuation par nos très-humbles respects, avec lesquels nous sommes de tous nos cœurs. Monseigneur, de votre grandeur, les très-humbles
(1) Nous avons trouvé celte lettre non signée dans un paquet de pièces (enseignées comme inutiles: elle nous a paru la minute envoyée par Maucroix à M. Hilht, comme modèle de ce qui pourrait-être écrit par le conseil au coadjuteur.
DE ilAUCROlX.
xxu.
A MademoUeUe Résilly.
^t^Sg^ L'OY, ma cousine,'] d^x rhoniieur de vous t^ iP^v écrire ! Oui, mais voilà le cœur qui me y^^^^^ bat (l'une force que la plume me tombe presque des mains. Sans doute, il m'avertit de ne pas passer une si belle occasion sans vous parler un peu de sesintérètz, et vous demander des nouvelles de quelques soupirs qu'il a pris la hardiesse de vous adresser, depuis que je suis ici. Mais si vous avez un blondin en tête, vous avez bien autre chose à faire qu'à songer à moi ni à mes soupirs ! Ah ma cousine Résilly, à quoi pensez-vous ? quand ce papa ou celte maman viendront vous dire, Résilly, nous avons un honnête homme qui a de l'amitié pour vous, à bonne intention I... répondez honnêtement : « Il ne m'ennuie nas encore d'ètiv fille ! vous ennuiez-vous
de me garder ? » — Voila comment il faut parler : car si vous pensez dire : « mon père, vous savez mieux ce qu'il me faut que moi même, je n'aurai jamais d'autre volonté que la vôtre ! » vous êtes perdue, ma fdle: on vous ôtera tout Jusqu'à votre nom î Pourquoi vous exposer à ce malheur? si vous souëtez d'être aimée, ne vous défiez point de votre bonne fortune, vous n'am'ez que trop d'adorateurs; moi, par exemple, en attendant mieux î Ah ! ma cousine, si vous saviez combien de soupirs! Mais non. vous ne le saurez point présentement, à mon retour, je vous en rendrai un compte fidèle. Ne craignez rien, je suis de bonne foi, je ne vous en compterai pas un plus qu'il n'y en aura véritablement. Si je trouvois auprès de vous ce blondin ccmjugal, je n'aurois pas le mot à dire. Enfin, vous en croirez ce qu'il vous plaira, mais ma foi^ célibat est plus gai que mariage : chassez-moi ces hommes à sacrement, vous dis-je: les galans de la société valent mieux que tout cela : ils vous estiment» ma cousine ; ils sentent pour vous ce qu'il faut sentir, ils n'espèrent rien, et ne vous en demandent pas d'avantage. Une fille peut-elle être aimée à meilleur marché? Vraiment, ces gens à hymé-
DE MALCROIX. 47
Dée ne vous en quitteront pas à si bon compte. Ils se feront bien païer de leurs peines : si vous êtes sage, donnez-vous en garde et profitez de mes avis.
A Isabelle de La Framboisiers.
IVous passons les jours à dire :
Notre Isabelle en partant de ce lieu Rien n'oublia, fors à nous dire adieu.
'5rtg^^ OMBiEN VOUS m'avcz trompé, ma cou- ^(^^ sine! ne m'en avoir pas dit une parole la <sr^^^ veille î ne m'en avoir pas fait le moindre semblant, à moi! à moi! ma cousine! Oiiy,maisje me fusse atendriel Eh bien ! Mademoiselle, quand il vous en eut coûté deux ou trois larmes, en fussiez-vous morte? pensez-vous qu'on ne vous les eut pas bien rendues? Au reste, je ne suis pas le
seul qui soit en colère. N. .. vous lait votre procès tout au long; P. . . . crie miséricorde contre vous ; il n'y a que C... qui tienne votre parti, mais faiblement, car. en son âme, elle vous condamne comme les autres. Or bien ce qui est fait est fait ; écrivez-nous une belle lettre la-dessus , demandez-nous bien pardon et ne retombez plus dans la même faute. En conscience, s'il vous arrive jamais de nous tromper, nous qui prenons en vous une confiance aveugle, nous vous dégrad'erons : vous ne serez plus la grande cousine, vous ne serez x>lus la cbère Isabelle : nous ne vous trouverons plus ni beile, ni de bonne mine, vous n'aurez plus les yeux beaux, vous n'aurez plus les cheveux blonds, vous deviendrez une petite créature, laide; noire, mal faite : fi ! qui voudroit de c^la! mais ne pensez pas être trois semaine.^ à nous donner des marques de votre repentir, nous attendons incestjamment de vos nouvelles. Pour moi , je vous garde fort exactement cette amitié que je vous ai vouée : n'est-ce pas amitié quil faut appeler cela ? Ce n'est pas que votre perfidie ne m'ait touché bien sensiblement ; elle est effroyable, je m'en rapporte à vous-même : mai> vous vous
corrigerez, nest-ilpas vrai, ma cousine? vous ne nous tromperez plus^ vous ne partirez plus sans (lire adieu à vos bons amis. Il y aura des larmes répandues de part et d'autre ; cela sera le plus joli du monde. Adieu : chacun vous baise les mains, vous aime, vous regrette ; je n'ose vous dire ce qui se passe dans mon cœur, parce qu'il faut que je fasse voir ma lettre : je ne veux pas qu'on sache que je suis au désespoir de votre absence. Adieu.
A Ma4emoiselle L. P...,
u en sommes-nous, Mademoiselle? on l^dit que vous vous mariez véritable- ,ment. Je n'eusse pas crû que le mauvais exemple eut eu tant de pouvoir sur votre esprit ;
parce que N a joiié à la fausse compagnie
et en a usé comme il lui a plù, il vous prend fan-
taisie de rimiler ! je vois bien qu il faut que jr retourne promptement pourrafermir dans le bon parti nos cbères cousines qui cbancellent : indubitablement , elles nous feroient banqueroute et je ne voudroispas répondre de G,.. , quoique je lui aie toujours tu une forte et sage amour pour la solitude. Mais au moins, avez-vous bien peesë à ce que vous allez faire? avez-vous bien songé aux dégoûts, aux maux de cœur qu'il faut essuïer dans le mariage ?penseriez-vous courir comme vous avez de coutume? Adieu Montchenau , ma cbère ! adieu Béru ! plus de promenades; ce sera beaucoup si en toute une année on vous permet un pauvre pèlerinage de Sainte-Hélène : pour vous consoler, vous aurez un mari que vous liaïrez, s'il est méchant : que vous craindrez de perdre, s'il est bon : vous voila bien à votre aise! Cependant, quoi qu'ancien ennemi du mariage , je ne laisse pas de tomber d'accord qu'il vaut mieux se marier que de brûler : c'est à voir si le rôt se brûle, et en ce cas y apporter le meilleur remède que faire se pourra. On ne me mande pas le nom de votre futur, mais persuadé comme je le suis d«' votre jugement, je suis sûr que voiis avez
DE MALCROIX. 51
fait un bon choix. Un petit avis pourtant: je sais de bonne part que les maris de l'année prochaine seront sans comparaison meilleurs que de ceux celle-ci. Si rien ne presse, attendez. Adieu.
A Mademoiselle G.
T vous aussi. G... vous vous en mêlez ! ?,vraimentj'en suis d'avis !S'il vous plaît, ^ne vousai-je pas oui due que vous ne vouliez jamais jurer de rien! et prétendez-vous «pion vous marie sans jurer de quelque chose ? ne vous obhgera-t-on pas à promettre foi, fidélité':' et vous aurez l'effronterie de faire un pareil serment? Coquête! s "y fiera qui voudra ! pour moi, je voudrois caution qui eut pignon sur rue. Mais pardon, G..., pardon, je parle contre ma conscience : jai déclaré ass'^z de ioi^^ et je le
«léclare encore, que jamais je n'ai trouvé en G.... que bonté, vertus, honèteté.... jamais brin de coqueterie! et si Monsieur son époux ne s'en sauve, un autre aura bien de la peine à s'en tirer. Or ça, G..., parlons maintenant par raison. Vous voulez vous marier : pourquoi? car il faut qu'il y ait un pourquoi en toute chose. La nuit, vous ne craignez point les esprits, comme la N.... Vous êtes bien couchée, bien nourie, bien vêtue ; vous avez bon marché de votre chair : le démon qui vous tente ne sait pas son métier. Pourquoi donc vouloir changer de condition ? — « Oui mais si vous saviez,
ce Monsieur de La M , est un si honnête
homme ! il me fait paroître tant d'amitié ! » — Eh depuis quand, s'il vous plait, êtes vous si sensible à Tamitié? Il me semble que c'est une maladie à quoi vous n'êtes guère sujète! Pour tout ce que j'en dirai, je vois bien que vous n'en ferez qu'à votre tête; mariez-vous, de par Dieu ! mais souvenez-vous que ce sacrement en amène un autre qui n'est pas si agréable que le premier ! ce sera grand pitié quand il faudra avoir recours à la ceinture de Sainle- Bove. — Présentement le mal est bien éloi-
DE HACCROIX. 53
gné, il ne vous fait pas peur, ma chère, etc. Voila comme l'on se moque des donneurs d'avis ! n'en parlons plus, mariez-vous, ma cousine. Je ne vous cèle pourtant pas que ce M. La M.... meplait assez: on peut faire pour celui-là plus qu'on ne feroit pour un autre : là là, encore ne faut-il pas regarder toujours le mariage par son mauvais côté : s'il a des épines, il a des roses ; Dieu vous en donne. Mademoiselle, à pleine corbeille, car je suis tout à fait votre serviteur, et vous n'aurez jamais tous les plaisirs que je vous souëte.
A Mademoiselle C/t. La Framboisière.
f^5^^E nesaisplusoù j'en suis; tandis que je r5»^' prends garde dun côté, l'on m'échappe
iif/ de l'autre. Je tâche de regagner G.... et la P...., et l'on me donne avis que vous songez à
5i LETTRES
la révolte ; oh pauvre célibat, tu auras bien à souffrir cette année avec nos cousines ! On me mande donc qu'il y a un homme veuf cpii tous fait les doux yeux ; ce n'est pas tout , on dit que vous les lui faites aussi ! Est-ce là le fruit de mes leçons? combien de fois vous ai-je recoraandéla modestie ' combien de fois vous ai-je dit qu'il falloit qu'une fille fut glaçon par le dehors? Est-ce ainsi que vous profitez de mes enseignements ? J'ai peur qu'à la fin, elles ne tirent les gens parle manteau ! J'ai allégué aux unes et aux autres la ceinture de Sainte-Bove^ le pèlerinage de Sainte- Hélène : excellentes raisons ! raisons capables de faire revenirtoute bonne âme à résipiscence! et pourtant raisons de nul effet, tant la perversité est grande ! Que vou^ dirai-je, à vous, ma chère cousine, pour vous détourner de cet abîme où vous allez vous jeter à corps perdu ? y êtes vous résolue ? est-ce une affaire réglée ? voici ce que je vous conseille : envoyez quérir un notaire, qu'il vous dresse un beau et bon contrat, puis on vous mènera à l'église : faites bien le faux serment ordinaire : et puis on vous couchera, et puis vous dormirez, si vous pouvez. Je n'ai pas d'autre conseil à vous donner ; mais
DE MACCROIX. 00
entre nous, tombons d'accord que la liberté est une belle chose; n'être qu'à soi-même, quel plaisir! Maintenant votre juridiction s'étend tout le long de votre personne : mais dès le moment que vous serez mariée, vous ne serez pas seulement maîtresse de votre petit doigt ! c'est bien peu de chose qu'un petit doigt, et cependant il ne vous appartiendra plus : il sera en la disposition d'un autre . Et vous ne tremblez point à cette menace ! Voici encore qui est digne de considération : si vous vous mariez, ergo la nuit vous changerez de compagnie : adieu Coîmice ! Or, je vous soutiens en face, qu'il n'y a homme de bon sens qui n'aimât mille fois mieux la compagnie que vous quittez, que celle que vous voulez prendre; toutefois^ comme je ne suis pas d'humeur à chicaner personne, suivez votre inclination ; avez-vous besoin de mon consentement? pour en avoir le cœur éclairci, le voila : avancez vos troupes. Adieu.
A Mademoiselle Ch.
JJ^*^^, H pourquoi , s'il vous plait, quand vous te^^^, faites vos baisemains à vos bonnes i^^^' amies, ne les faites vous pas aussi à vos bons amis ? est-ce que vous croiez n'en point avoir? Il est vrai que de jour en jour vous vous rendez moins digne de leur amitié. N'êtes vous pas honteuse d'avoir laissé passer quatre grands mois sans nous avoir donné la moindre marque de votre souvenir ! On vous a laissé faire pour voir jusques où pourroit aller votre dureté ! vous mériteriez... oui, qu'on vous oubliai comme vous oubliez les autres; cependant avant que de vous punir, on attendra jusqu'à votre retour et si vous témoignez un extrême regret du passé, on pourra être encore assez bon pour vous pardonner ; mais si vous prétendez de soutenir votre faute, qui n'est point soutenable, plus
de grâce ! tout sera pour la grande cousine. Au reste il est tantôt temps que vous songiez au retour; le mal est presque cessé, et dans peu nous espérons qu'il n'y aura plus de danger : ne laissez pas là pour les gages les deux belles : ramenez-les avec vous. Je crois que vous aurez tenu bon registre des sujets du roy d'Espagne que vous avez fait mourir ; nous prétendons que vous nous rendrez un compte fidèle de vos avantures, et pour vous en rembourser, nous vous conterons si vous voulez, les histoires
pitoïables de les courses nocturnes du
S' H les grandes et implacables colères
de La B. N et du S' le tout au sujet du
jeu: les fraïeurs du S' B et de sa nièce
et la trop prompte et soudaine visite de la pudique vierge Elisabeth par le S' Ch chirurgien, laquelle par la grâce de Dieu s'est trouvée n'avoir ni mal ni douleur ! voilà de quoi nous vous régalerons à votre retour ; du reste pensez à nous fort souvent et même avec une tendresse qui aille jusqu'à la palpitation de cœur, si cela se peut, car nous ne demandons rien aux gens que ce qu'ils peuvent. Mes baisemains aux deux belles, grandes barbes blanches qui n'ont pas
 la même.
T^^S''- ^ou^ supplie de me mander en dili- ^5y^^-:tînce si vous êtes résolue de m'ètre i&5^^tonjonrs aussi cruelle que vousl'avez été, parce que je serois fâché de perdre la comodité d'un fort beau précipice que je découvris hier. Il a quelque cinquantesbrasses de profondeur et ses bords sont couverts de deux rangées de grands chênes qui font le plus bel ombrage du monde ; enfin il faut n'avoir point du tout envie de se rompre le col, ou il faut se jeter la dedans. J'ai été tenté de le faire sans attendre votre réponse, car je doute bien qu'elle ne me sera pas aussi favorable que je le souëte ; mais y ayant bien pensé, j*ai trouvé qu'il étoit à propos de remettre la partie à une autre fois et que j'y vif'ndrois toujours assez à tems, j'ai donc résolu
DE MAUGROIX. 59
(le ne rien bazarder avant que d'avoir reçu de vos nouvelles. Je vous prie^ Mademoiselle, de bien prendre garde cette fois sur tout ce que vous me manderez ; car, afin qu'il n'y ait personne de trompé, je vous avertis qu'il y va de la vie d'un homme ; oui , résolument je ferai le saut, si vous prétendez à l'avenir de faire aussi mal votre devoir que par le passé. Cepen- «lant vous m'obbgeriez beaucoup si vous m'ordonniez de vivre! j'y prends grand plaisir, en ce pais principalement ; nous y avons des fraises blanches et rouges en abondance ; la crème, les écrevisses ne nous manquent pas ; mais quelles écrevisses ! quelle crème ! vous le savez. Hier encore deux dieux de là rivière d'Aisne, à la vérité déguisés en pescheurs, nous vinrent faire un |)résent considérable en poissons. Vous voyez bien que la vie ne sauroit être désagréable au milieu de tant de délices ! mais malgré tout cela, si vous ne vous convertissez, ou si vous ne nous donnez espérance d'amendement, ce qui est dit est dit: le précipice m'en fera raison. Apprenez moi donc promptement ma tlestinée, parce que cela n'est pas plaisant d'être longteras incertain entre la vie et la mort.
-1 la même.
^__ >• vérité, Mademoisello, vous avez eu SB^^ grand tort de ne me pas écrire quand. . . i?^^^ vous en a prié. Comment est il possible que vous aîez fait une telle faute ! j'en suis fâché pour Tamour de vous. Croiez moi, réparez la le plus tôt que vous pourrez : mais comme vous n'êtes pas accoutumée à écrire, j'ai pensé qu'il étoit à propos de vous marquer à peu près ce que vous me devez dire, car peut être ne rempliriez vous votre lettre que de compliments : gardez vous en bien ! ce n'est plus comme c^la que l'on écrit, vous seriez à la vieille mode ! Vous pouvez donc me mander: « Mon Dieu, Monsieur, ou mon cher, ce dernier vaut encore mieux ! Mon dieu , donc , mon cher, qu'il m'ennuie de ne vous t>as voir et que les jours me semblent
longs en votre absence ! j'avois cru faire ici un voyage de plaisir, mais en puis-je trouver où vous n'êtes pas ! je me veux mal quelquefois de songer, si souvent à vous et je ne puis m'en empêcher. » — Voila comme il faut écrire, ma chère ; et cela vaut bien mieux que tous les compliments du monde. Il n'est pas nécessaire de vous servir de mes propres termes ; pour le sens, il faut qu'il y soit absolument. Voila donc votre besogne toute taillée ; vous n'aurez plus qu'à coudre et je me prépare de mon côté à vous remercier comme il faut. Cependant permettez moi de vous avertir que c'est aujourd'hui le treize de septembre et , quoiqu'il soit fort charmant, qu'une honnête fille comme vous nt* doit pas être plus d'un mois hors de chez elle : vous avez de l'esprit, entendez ce que cela signiiie. On vous dira : « Mais mon Dieu, G. ... on ne vous a pas encore vue! étoit-ce la peine de venir pour si peu ? voulez vous retourner si tôt ? » fermez l'oreille à tous ces propos séducteurs et dites opiniâtrement : « Oui, je m'en veux retourner. >•
62 LEmois
A la même.
'^3^ AIR de Paris opère en vous, ma chère, ..^^ ^^' il opère visiblement : tous ne seriez ;$^^^ pas si déterminée si vous n'aviez bougé ' i ; ! vous, fille, faire une réponse à un garçon ! Voila un grand excès ! il a passé mon espérance, et jevousTavoireje nem'attendoispas à tant de lionne fortune. Mais ce n'est rien de bien commencer, si l'on ne continue : courage donc, et ne vous laissez jamais vaincre en civilité : respirez moi comme il faut ce bon air de Paris. Pour bien faire il faudroit qu'il vous inspirât deux ou irois dragmes de tendresse pour corriger je ne sais quelle humeur sévère dont tout le monde sp plaint, et moi tout le premier. Je ne vous le cèle point, car je ne suis pas homme à flater les défauts de mes amies : votre niai. Mademoi-
selle, c'est que tous êtes d'une certaine façon et q«evous ne voulez pas changer. Or, Une faut jamais s'attacher si fort à ses propres sentiments : il n'est que de suivre les opinions générales. Autrefois, je l'avoue, les Mes fuïoient^ elles haïssoient même ceux qui les trouvoient aimables: cela n'étoit pas bien, mais enfin c'éloit la coutume ! ^'ot^e siècle a bien corrigé ces abus. Il a introduit la mode de prendre pitié du mal d'autrui et de le soulager même autant que l'on peut, sans se faire tort, cela s'entend ! Toujours païer une amitié d'indiiférence, ce n'est plus maintenant une vertu, c'est un vice, un vice effroïable, horrible. Dieu vous en garde, Mademoiselle et moi aussi ! Après tout vous ne sauriez nier que ce ne soit aujourd'hui le deuxième jour d'octobre, et vous aviez promis à toutes vos amies d'être ici à la Saint-Remi ! Manquez vous ainsi à vos amies ? Toutes ces pauvres filles sont extrêmement afligées de votre absence et vous ne sauriez croire la peine que j'ai à les consoler ; je vous supplie de me délivrer promptement de cette fatigue, car cela est fort importun de redire tant de fois: « Ne vous impatientez pas, elle est fille
de parole ! Elle a promis à la Saint-Remi ; elle De vous fera plus guère attendre ! comme vous la regrettez ! on diroit qu'il n'y a que vous quiaïez de l'amitié pour elle? Allez, allez, d'autres seront peut être aussi aises de la voir qup vous, a Voila ce que je leur dis : mais votre vue fera mieux que toutes mes paroles. Il ne manque plus que vous. M. B., L. N. , L. P., Char., tout le monde est ici. Il semble pourtant à de certaines gens qu'il n'y a personne ! revenez. Mademoiselle, ne vous le faites pas dire deux fois, s'il vous plail .
.4 3Iademois€Ue De La Framboitière.
^^M E savois-je pas bien que la gi-ande cou- ^<sine m'écriroit ! cette fille là, ellenesau- ^;roit faire une incivilité, je l'en défie. Pour G... c'est une, une.... je n'oserois dire,
mais quand elle ira chez vous, uiettez lui la plume à la main et que de gré ou de force on lui fasse faire son devoir ! c'est comme il faut traiter ces sortes de gens là ! Mais voïez, ma chère cousine, comme je tache à me rendre digne de votre amitié ! tous les jours je vous promène au parc, je vous tiens d'une main, G.. . de l'autre, je vous conduis dans des allées de charmes nouvellement tondus. IN'estil pas vrai que vous êtes bien aise? Nous en contons par où nous en savons, et puis quand j'aperçois que vous commencez à vous lasser, ce que je connois quand je me lasse moi même, nous nous couchons sur des tapis verts tous parfumés de serpolet, moi aux pieds des nymphes, d'où mes soupirs et mes regards leur disent tout ce qu'il faut, sans crainte d'être entendu, car nous sommes les seuls hôtes de la solitude, avec les oiseaux, qui ne gâtent jamais rien, comme vous savez : cependant la nuit nous avertit de retourner au logis et tout d'un coup, je ne sais comment cela se fait, mes cousines disparoissent et je me trouve sans elles à la maison : de sorte que l'on diroit que tout cela n'est qu'un songe : jugez de ma douleur! Pour me consoler, on me fait très bonne chair ; on me
crève d'excellent melon ! voila la misérable vie que je mène : encore ai-je peur quelle ne vous fasse pas pitié ; mais ce n'est pas ma faute. Je vous la représente le plus lamentablement que je puis. Adieu, ma cousine; et gardez moi toujours un peu de part en vos bonnes grâces ; je ne voulois faire que des baisemains à G... mais il vaut mieux lui écrire un mot, &a attendant sa lettre, pour lui sauver la honte d'avoir écrit à un homme, la première.
A la même.
^^^^' ous dites donc pour vos raisons que ^i>j^vous avez voulu voir si j'étois homme %^SM^ ^ ^ous écrire deux fois sans recevoir de réponse ! oh ! que ne disiez vous cela ! il y a longtemps que c'en seroit fait. Vraiment c'est bien la peine de chicaner avec vous, pour si peu
de chose, qu'une de mes lettres î mais je ne prenois pas T affaire de la sorte. Je disois : ma grande cousine est venue à Reims ; elle m'a dit ce qu'il lui a plu, je l'ai souffert sans me défendre : elle retourne à Paris, je me donne Thonneur de lui écrire : point de réponse ! qu'est-ce que cela signifie ? cela veut dire, en bon françois, que la grande cousine ne se soucie plus de moi et qu'elle n'en veut plus entendre parler. — Voila ce que j'en pensois : mais par bonheur, je me suis trompé : je verrai encore de l'écriture de la chère Isabelle ; car ma lettre lui sera rendue par une messagère jolie et fidelle. Je l'ai chargée de mille , mille et mille complimens pour vous : prenez bien garde qu'elle n'en retienne quelques uns pour elle ! j'ai voulu y joindre quelque demi-douzaine de baisers, encore pour vous, cela s'entend : mais elle m'a dit que son confesseur lui av<Dit défendu de se charger de pareille marchandise : au reste elle vous dira des nouvelles de la société qui est plus dispersée qu'une volée de perdreaux. G.... à Paris, B.... à Courville, L. P.... à Montchenau, Bah.. . à Rethel, les M... à Comontreuil et moi votre très humble serviteur à Château-Thierry,
chez M... gentilhomme ordinaire de .... où vous m'adresserez vos lettres. Ne doutez pas que je ne les reçoive avec toutes les cérémonies qui leur sont dues ; je les lirai et relirai, haiserai et rebaiserai tant de fois que vous en rougirez jusques dans Paris.
LETTRE COCBONNE.
A Mesdemoiselles...
Mesdemoiselles,
iiSQUE ma destinée m'a condamné à *^ètre mangé, je vous avoue que j'aime i? mieux l'être de vous que de tout autre. Il est vrai que j'espérois recevoir cet honneur à Fleury, où le bruit a couru que vous viendriez dîner en allant à la Malmaison , ce bruit avoit mis une terrible alarme dans la basse- court : certains gras poulets en prirent l'épouvante, jugeant bien que l'affaire lesregardoit, et qu'ils
|.ourroient bien y laisser de leurs plumes ; l'alarme monta jusqu'au colombier , et quelques pigeonneaux croïoient déjà être cuits. Pour mes frères et moi , nous primes une généreuse résolution d'attendre courageusement ce qu'il plairoit à la fortune ordonner de nous, et de vivre vie de cocbon, courte et bonne ; en effet, nous ne faisions que nous réjouir, nous allions promener au bois de Saint-Marc, et maman Mignonne nous avoit promis de nous conduire jusque ^[ontchenau, rendre nos civilités à une admirable nympbe qui y vient quelquefois. On nous a raconté qu'un peu avant que nous vinssions au monde, cette belle fille avoit joué une comédie (Horace) ; je ne sais pas trop bien ce que c'est ; nous autres cocbons, nous ne sommes pas grands comédiens. Tant y a qu'elle y avoit fait des merveilles, et, malgré tout cela, un perfide, un scélérat la tua d'un grand coup d'épée, dont pourtant elle ne mourut pas Mais, ou le portrait que l'on m'a fait de cette nymphe est faux, ou cepourroit bien être cet te jeune demoiselle que je vois, qui a les cheveux bruns, les yeux admirablement beaux et le menton fourchu; vraiment, j'ai bien de la joie de l'avoir
vue avant que de mourir. Mais, bon Dieu ! qui est cette autre grande personne si bien faite, qui a le teint si blanc, les yeux si doux, la bouche si vermeille, le ris si agréable et je ne sais quoi sous le menton qui se pousse en avant î par saint Antoine, notre patron, ce morceau là vaut encore mieux qu'un cochon de lait ! Voila encore trois jeunes nymphes qui en valent bien trois autres, pour le moins. Or bien, mesdemoiselles, c'est assez harangué. Les cochons de Fleury n'ont pas ac<:outumé de parler beaucoup, et il ne me souvient pas d'en avoir tant dit do ma vie. Avant que de finir, j'ai pourtant un avis à vous donner : c'est que vous pouvez manger de mon grouin en assurance, car, foi de cochon de bien, et qui jamais ne mentit, je l'ai toujours tenu proprement, et il ne s'est point gâté dans les affaires du monde : vous entendez bien ce que cela veut dire, et que c'est tout autre chose que les fleurs de jasmin que Monsieur vous envoie. Adieu, mesdemoiselles, jusques à demain que, bien cuit et bien risolé, je prendrai la hardiesse de me présenter devint vo\is(n personne, sur le midi ou environ.
DE MADCROIX. 71
xxxtv.
A yiademoiselle U V.
[Le vieux, c'est l'Olinde de Patru. ]
L y a long-temps que je n'ai rien vu de .si ^ beau que votre dernière lettre ; et quoique je fusse fort persuadé de votre esprit, elle n*a pas laissé de me surprendre : ce qui m'en fâche, c'est que je n'oserois la faire voir : elle est si pleine d'amitié pour moi, qu'on croiroit que ce seroit par vanité que je Taurois montrée. Enfin, vous voudriez, Mademoiselle, que dans le cïur je me fusse plaint de votre silence î Eh! qui vous a dit que je ne m' en suis pas plaint? êtes vous bien assurée que depuis peu de temps encore je ne me sois pas informé de vous, à des gens de votre connoissance? allez... mais il n'est pas à propos que vous sachiez ce qui se passe pour vous dans mon cœur. Tout ce que je vous
jjuis (lire, c'est que j'ai besoin contre vous de toute ma bravoure; si on ne m'envoie une deuxième lettre aussi tendre que la dernière, je vous le déclare, je ne répons plus de rien î et selon toutes les apparences, cette amitié que je vousai si religieusement gardée jusques ici, pourroit bien céder à quelque chose de plus violent ; ne m'en demandez pas le nom, de peur que je ne le dise. Mais une autre fois, prenez garde à votre slile. Nous autres, bonnes gens, nous nous atachons à la lettre, et sommes si sots, que nous ne manquons jamais de croire ce que nous souëtons le plus. Vous pensez peut être, à cause de mes cheveux blancs, que tout ce qu'on me dit ne tire plus à conséquence ! ne vous y jouez pas ; j'ai autant d'années qu'il a plu aux destins ; mais pour mon cœur il ne vieillit pas, et je ne sais point le secret de résister à la beauté et à la tendresse jointes ensemble : si vous le savez, Mademoiselle, aprenez le moi et me donnez des armes contre vous même. Adieu, ou je me trompe, ou je suis un peu plus votre serviteur qu'à l'ordinaire.
A la même.
'^ovs voudriez bien que je fusse enl^core trois ou quatre mois sîins vous
; écrire pour me bourer après tout à votre aise, et me reprocher mon incurable paresse : mais vous n'en aurez pas la joie, car je vous écris, comme vous voiez , et je rentre de moi même dans mon devoir. J'avoue que je le pouvois faire un peu plus tôt; mais vous savez les occupations du carnaval : elles sont étranges en ce pais ; quelque pente qu'on ait à la sobriété, il est impossible de la suivre; on m'a donné la gêne deux mois durant avec du vin d'Espagne, du muscat, et je vous laisse à penser comme un pauvre garçon qui a tout cela dans la tête est en étal d'écrire à Olinde ! Mais vous, comment
avez-Yous passé votre carnaval? avez- vous souvent masqué? n'avez -vous pas dansé quelque ballet ? car j'ai toujours reconnu en vous une grande inclination à ces sortes de divertissemens! Vous avez bien la mine d'avoir couru les Églises avec M. L. P. de M.... et fait une bonne partie des bonnes œuvres qui se sont faites durant ce temps de désordre ! je vous allègue cette illustre dame parce que M. C. . me mande que vous êtes toujours bien avec elle et avec M. son mari. Vous avez un cbarme pour gagner l'estime et l'amitié de tout le monde, je ne vois personne qui s'en puisse sauver. Mon C... m'écrit-il une seule fois qu'il n'y ait toujours quelque endroit qui témoigne l'estime et l'affection qu'il a pour vous ! Je n'oserois me nommer après de si bonnetes gens. Il est vrai pourtant qu'en cela je ne le cède à personne : vous me direz : mais d'où vient donc que vous ne m'écrivez plus ? me prenez-vous Olinde pour un homme parfait? et pourquoi me sera-t-il défendu d'avoir des défauts aussi bien que les autres ? je l'avoue, je suis un peu sujet à écrire rarement à mes meilleures amies, au demeurant le meilleur fils du monde. Pour répon-
DE MALCROIX. i D
dre à tout ce que vous me pouvez reprocher làdessus, souvenez- vous qu'il faut aimer les gens avec leurs imperfections : et puisqu'il le faut, vous en passerez par là, s'il vous plaît : c'est à-dire que vous me conserverez une petite part en vos bonnes grâces, et moi j'aurai pour vous, toute ma vie les sentimens qu'on doit avoir pour une personne qui a intinimenl d'esprit, de vertus et de mérite.
A la même.
E pense qu'après cela, vous n'aurez plus p^^lrien à me dire, et que de votre vie vous ^^4itne me reproctierez ma paresse! car quel prétexte pourriez-vous en avoir? vous m^avez donné quinze jours pour vous écrire, je vous en rends trois généreusement, et en douze jours je vous réponds ; cela comme tous pouvez
penser ne se fait pas sans efîorl, mais j'ai crû qu'il falloit un coup de réparation comme celui là pour me remettre en estime et vous faire perdre la mauvaise opinion que vous avez toujours eue de ma diligence : faites donc réflexion sur une action si extraordinaire : j'ai peur que vous ne l'estimiez pas assez ; considérez qu'un homme, pour l'amour de vous, a fait en douze jours ce qu'il n'etoit obligé de faire qu'en quinze ! on dira ce que l'on voudra, mais si vous me rendez justice, vous avoûrez que le temps des héros n'est pas encore passé. Enfin, Olinde, vous m'assurez de l'affection de M. le P. de M... . je n'oserois l'écrire tout au long, de crainte si cette lettre venoit à s'égarer, qu'on ne m'accusât de vanité. Comme je suis fort malheureux, je n'oserois croire une bonne nouvelle quand elle m'est favorable, et je douterois de celle cy, si ce n'etoit vous qui me l'appreniez. Je vous supplie de me prêter quelques-unes de ces belles paroles qui ne vous coûtent rien, pour le remercier de l'honneur qu'il me fait, et pour être ma caution que j'en conserverai le souvenir toute ma Vie. Pour votre affection, vous m'avertissez que ce n'est pas une chose faite, et vous ne me l'ac^or-
DEMAUCROIX. 7/
derez, dites-vous, qu'autant que je m'en rendrai digne ; mais que faut-il faire pour cela ? faut-il vous estimer ? hélas ! je vous estime Dieu sait ! faut-il vous écrire ? solez en juge vous même ! peut on s'en mieux acquitter que je fais ? Venon< au point : faut-il vous aimer? voilà qui est fait. je vous aime chèrement, j'entends d'une amitié respectueuse, qui se tient dans le devoir, un peu en deçà de la tendresse : voilà comme vous les voulez : et il ne faut donc que cela pour gagner votre affection? elle est à moi, et quand vous la mettriez à plus haut prix , encore ne désespererois-je pas de l'obtenir : car cette amitié qui se tient toujours en deçà de la tendresse, que sait -on ? elle est peut-être un peu au delà ; ne vous en fiez pas à ce que je dis quelquefois, je ne sais pas les choses si précisément. Pour vous parler maintenant à cœur ouvert, vous m'avez fort surpris de m'aprendre que vous ne m'aimiez pas encore, je vous jure que je crolois l'affaire conclue et j'ai bien de la peine à m'imaginer le contraire, quand je pense à tout le bien que vous m'avez fait en votre vie ! combien vous m'avez donné de noix confites ! combien de fois, les matins, j'ai mangé de votre pain à la
Royne ! le bon feu que vous me faisiez en hiver ! vous avez beau dire, on ne fait pas tout cela pour des gens que l'on n'aime pas ! peut-être êtes-vous changée depuis : car que font les femmes et les filles que de tromper les mortels crédules ! je n'en userai pas ainsi à votre égard, car pour moi quand j'aime une fois, j'aime toute ma vie. Vous croiez que c'est une chanson ! c'est une vérité, Olinde, sérieusement, si je mourois, vous y perdriez un très humble et très obéissant serviteur.
A la même,
Ç^S^^y de mes meilleurs amis me mande #^^£ji^qn*il a remarqué en vous, je ne sais '5::^Si& quelle disposition à oublier le passé : mais je ne le puis croire, ni qu'il y ait assez de bonté sur la terre pour cela : être trois ou quatre
ans sans écrire ! on sait bien quon ne pardonne jamais de telles fautes. Il faut pourtant avouer Olinde, que ce seroit une belle action, et d'une grande générosité ; vous qui avez l'ame extrêmement élevée, ce.seroit là un exploit digne de vous : et sijen'etoissi intéressé dans l'affaire, je pense que je vous le conseillerois ; car si cela arrivoit, voiez un peu ce qu'on diroit de vous ? on diroit : Olinde est la plus généreuse et la plus commode amie du monde : pourvu c{u'elle soit assurée de l'estime et de la tendresse de ses amis, qu'ils soient trois, quatre ans sans lui écrire, elle leur conserve toujours la môme place dans son amitié î Ne vous laissez-vous pas tenter à une si douce louange ? vous en ferez ce qu'il vous plaira, mais souvenez-vous qu'il ne se présente pas tous les jours une occasion de faire des choses héroïques : je ne sais tantôt plus que vous dire en vérité ! on a assez de peine à défendre une mauvaise cause : j'ai pourtant bien envie de rentrer en grâce avec'vous. Au nom d'Astibel, Ohnde, pardonez-moi : eh ! bien au nom de M. Conrart î je commence à vous trouver un peu dure ! mais vous avez beau faire, vous ne m'échaperezpas: voici de quoi vous mettre à la rai-
son, au nom de Madame de ï....! après cela, il n'y a plus rien à dire, et tenir davantage, ce ne seroit plus constance, ce seroit opiniâtreté ; car enfin on sait bien qu'on ne refuse rien au nom d'une si belle princesse, et qui est tant de vos amies ! en voilà donc plus qu'il ne faut pour obtenir le pardon que je vous demande : vous y pourriez joindre encore mon extrême repentir, sans mentir Olinde , je m'en defie : il est trop grand pour un simple repentir d'amitié, il faut bien cependant que c'en soit un, car vous ne voulez pas qu'on aille plus loin. Adieu.
DEMADCROIX. 81
A Monseigneur Charles-Maurice Le Tellier, Archevêque de Naziance, Co-Adjuleur de Reims, Grand- Maître de la chapelle du Roy, etc.
Monseigneur,
lî^yî^iN vous dédiant cet ouvrage, je ne vous (M BvSf <^^^'^y P^s ^^^^ i" rougis de la bassesse ii^^^'demon présent; car que pourroit-on offrir à un grand archevesque qui fût plus digne de luy que ces divines homélies, qui autrefois eurent la force de consoler le désespoir de toute une ville, et de persuader à un peuple voluptueux que la douleur etoit plus agréable que le plaisir? Je confesse pourtant que mon autheur a perdu entre mes mains beaucoup de ses ornemens; mais il est si riche, que quelque perte qu'il puisse faire, il seroit difficile de l'appau-
vrir. C'est un souverain dépouillé, qui an milieu de sa mauvaise fortune, conserve toujours des marques de sa première grandeur. Je souhaite, Monseigneur, qu'il puisse occuper quelques momens de votre loisir, et servir d'entretien à cet esprit élevé qui en même temps se montre capable de tant d'emplois différens ; qui après s'être remply de toutes les lumières de la théologie monte en chaire pour disputer aux premiers orateurs de notre siècle non-seulement la gloire de l'éloquence qui seroit peu de chose, mais celle de la conversion des âmes qui est la plus noble fonction de la prélature. Je ne parle point de ces illustres assemblées où vous paraissez avec tant d'éclat et qui empruntent si heureusement votre voix pour représenter les intérests de l'Église à notre monarque. Voilà, Monseigneur, une partie des excellentes qualitez que toute la France admire en vous. J'ose dire qu'il n'en faut pas moins pour être digne fils de ce grand homme à qui vous devez la naissance : nous lirons tous les jours tant d'avantages de la sagesse de ses conseils, qu'il est facile de juger combien pour le bonheur des empires, la prudence est plus nécessaire que la force; mais et
n'est pas mon dessein de toucher à la louange de Monseigneur votre père, ny à la vôtre : ma foiblesse me détourne assez d'une aussi haute entreprise: mon intention est seulement de vous donner un témoignage public de mon zèle et'de mon respect. En cela je satisfais simplement à ce que le devoir exige de moy. Comme j'ay l'honneur de faire partie d'une égUse célèbre quela Providence réserve à votre conduite, je ne dois considérer mon travail que comme une chose qui vous appartient. J'espère , Monseigneur, que cette raison vous obhgera à le recevoir plus favorablement. Pour moy j'en seray satisfait, si vous le regardez comme une marque de la profonde vénération avec laquelle je suis,
Monseigneur,
Votre très-humble
et très- obéissant serviteur,
Mavcbois, chanoine de Relias.
A Honseigneur Charles- Maurice Le TellieTg Archevesque de Reims, et Grand-Mailre de la chapelle du Roy, etc.
Monseigneur,
iiSQUE c'est par vostre ordre que j'ay
^rf^ entrepris de traduire cette histoire, je ■^j^^^ crois avoir droit en quelque sorte de la mettre sous vostre protection. Elle est sans doute fort nécessaire à cet ouvrage, car outre que mes fautes ont besoin d'être excusées, j'appréhende encore que l'on ne blasme mon auteur de s'estre trop emporté contre l'hérésie et ses sectateurs : je crains qu'on ne luy objecte qu'il faut qu'un historien soit sans interest ; qu'il
ne doit estre ni d'aucun païs, ni d'aucun party ; que l'histoire est un miroir fidelle qui représente les objets et qui laisse aux yeux d'autruy à juger de leurs perfections ou de leurs delfauts. Mais je doute qu'une telle modération fust bienséante à un écrivain catholique, qui traite de la ruine de nostre rehgion arrivée dans sa patrie, et dont il a esté luy-mesme le spectateur. Les hommes qui sont échauffez de ce feu qui consuma autrefois les premiers chrétiens, ne sauroient parler avec tant de retenue d'une matière qui concerne le culte divin et le salut éternel ; et si cette chaleur est un deffaut, ce deffaut est plus loiiabîe que la vertu qui luy est opposée. Quoy qu'il en soit, Monseigneur, je suis assuré que vous ne condamnerez pas un zèle mesme trop ardent, vous qui embrassez si ardemment les intérests de Jésus-Christ et qui travaillez si utilement pour sa gloire. Ne voyons-nous pas avec combien de soin vous réparez les bresches qu'une longue vacance avoit faites à la maison du Seigneur qui vous est commise ? Combien les peuples sont-ils édifiez de ces visites si nécessaires et si peu pratiquées jusques icy dans ce diocèse? Car Ton vous a veu, Monseigneur, en
des lieux où depuis plus d'un siècle onignoroit jusques aux uoîus de vos prédécesseurs. Dans ces visites combien faites-vous d'utiles réformes ! Le vice ny l'ignorance ne sçauroient se cacher à vos recherches. Les prêtres que vous jugez indignes du ministère des autels renoncent volontairement à leurs emplois, et tâchent par leur obéissance à mériter vostre estime, qu'ils ne méritoient pas par leur conduite passée. Ainsi le bon ordre se restabht partout, les églises sont pourveuës de pasteurs fidelles, qui ne négligent plus leur devoir et qui le sçavent. Car, Monseigneur, peut-on assez louer l'exactitude presque scrupuleuse que vous apportez au choix des sacrez ministres? S'ils n'ont fait un heureux assemblage de sciences et de vertus, vous ne les admettez pas dans le sanctuaire : il faut que la soUdité de leur doctrine réponde à la pureté de leurs mœurs pour travailler sous vos ordres à l'héritage du Très-IIaut. Certainement, Monseigneur, vostre Éghse a heureusement changé de face, depuis que vous en avez pris le gouvernement ; on peut dire qu'elle a quitté ses habits de deuil et que présentement elle est revêtue de sa robe nuptialle. Pour nous. Monseigneur,
DE MACCROIX. 87
quelles grâces n'avons- nous pas à vous rendre de ces traitemens si chrétiens et si honnestes que nous recevons de vous ? Vous n'avez pas signalé vostre avènement par un coup de foudre, comme le dieu de la fable, je veux dire par des contestations d'éclat, qui causent pour l'ordinaire plus de scandale que d'utilité dans l'Eglise ; nous n'avons encore senti vostre pouvoir que par vos bien-faits : aussi nostre compagnie n'est jamais si bien d'accord que quand il s'agit de vous témoigner sa reconnoissance et son respect. En cela je tâche à ne me laisser surmonter de personne, et à faire paraître que je suis.
Monseigneur,
Vostre très-humble
el très-obéissant serviteur,
MlUGSOlX.
!ois avez bien la mine de ne pas savoir l'aventure de Sainte Oportiineî il faut ^3^i^que je vous la conte : elle est toute récente. Mais, voiez-vous, c'est à la condition que vous n'en direz rien à nos cousines, car comme l'histoire est un peu forte elle pourroit alarmer leur modestie. Vous saurez donc que jeudi dernier, sur les huit heures du matin, une femme fort jolie, en cape, sort de l'Eglise de.Sainte-Oportune : elle avoit le pied dans la portière d'im carosse où un blondin Tattendoit tout seul de sa compagnie ; quand voici deux vilains hommes qui se ruent sur la belle, et coups de pied et coups de poing par la bonne année ! Un marchand du voisinage, voiant ce combat si inégal, se rend le protecteur de la persécutée, et de deux coups de poing met les deux ennemis par terre : cependant la dame se sauve dans la maison de son
défenseur, entre dans une salle basse; le carosse et le blondin disparoissent, les deux champions que notre marchand avoit si vaillamment déconfis, se relèvent, viennent à lui : « Morbleu ! Monsieur, pourquoi nous battez-vous ? N'êtes vous pas honteux de battre une femme? — C'est ma fille, dit l'un : — c'est ma femme, dit Vautre, d'un ton plus fort. Oh ! je ne vous crois pas ' Nous sommes gens d'honneur ! Monsieur un tel, cordonnier qui demeure dans votre rue, nous connoit bien. » Tandis qu'ils le vont quérir, le marchand entre dans le lieu où la belle s'etoit réfugiée, lui demande qui étoient ces gens là? Elle avoue que c'est son père et son mari et qu'elle avait fait une partie un peu gaillarde avec M. le marquis d'Erva ! Le marchand se met sur la morale : « Mais ne savez- vous pas bien, ma mie, qu'il faut garder fidélité à son mari? Hélas! oui, répondit-elle, mais il y a de l'enchantement. — Comment de l'enchantement ! Oui , Monsieur, ce malheureux homme là m'a enchantée. » Le père, le mari et le cordonnier arrivent : le marchand ne voulut pas permettre qu'ils parlassent à la dame qu'après avoir promis qu'ils ne l'outrageroient pas : pour ses vérités, ils les
lui dirent amplement : le mot de vilaine et de double c... n'y fut pas épargné, à ce qu'on prétend. Le marcband dit au mari qu'il ne falloit pas croire ainsi de léger, ni condamner les femmes sans savoir bien pourquoi : la dessus, il tire le mari à part, lui demande d'où lui viennent ces ombrages de madame sa femme qui paroit si bonnele. — « Je m'en vais vous conter cela : je suis sellier de mon métier, Monsieur, je demeure en la rue de Montorgueil. Il y avoit dans ma boutique une calècbe à moitié faite : par malheur, M. le marquis d'Erva passa par devant chez nous, et trouva la calèche à son gré. il la marchande et nous tombâmes d'accord du prix : tous les jours il venoit voir si la calèche etoit achevée^ et toujours il causoit avec ma femme : au commencement je n'y prenois pas garde, mais à la fin cela me déplut, c^r il lui parloit à l'oreille, et elle rioit . je secouois la tête, je me dépêchois de lui faire sa calèche, afin qu'il ne revint plus : quand elle fut achevée, il monta dedans, et demanda à ma femme si elle y vouloit monter avec lui, et qu'il la meneroit promener, car il avoit fait venir des chevaux. « Vraiment, répondit-elle, j'iroîs bien volontiers, si
VOUS voulez me mener à Fontenay-aux-Roses où notre petite est en nourice ! » Je n'eus pas l'esprit de dire que je ne le voulois pas : il s'en va avec ma femme. Je croïois qu'il la rameneroit sur le^ quatre à cinq heures du soir, tout au plus tard ; quatre heures, cinq heures, six heures sonnent, ma femme ne revient pas. Je commençoisà me douter de quelque chose : sept heures, huit heures, neuf heures sonent, je ne vois pas ma femme! morhleu ! Monsieur, j'etois pis que fou. Je m'en allai coucher sans souper : je ne dormis pas de toute la nuit : le lendemain, la voici qui revient avec son marquis. Eh ! morbleu ! luifisje, d'où venez-vous vraiment ? — Ne savez- vous pas bien quel temps il fit hier : il plut toujours! il n'y eut pas moien de revenir, la calèche eut été toute perdue ! — La, la, Monsieur Pierre, me dit Monsieur le marq\iis d'Erva, ne vous fâchez pas ; voilà votre femme saine et sauve que je vous ramène ; il me dit cela en riant, ce qui me fit plus de dépit que tout le reste, car il me 'sembla qu'il se moquoit encore de moi. II s'en alla : j'étois si en colère que je ne lui ôtai pas mon chapeau ! je ne savois ce que je faisois. Morguié ! dis-je à cette rusée, dès qu'il fut parti
si tu voisjamais cet homme là, je t'échinerai î » Elle n'a pas laissé cependant : ce matin, comme j'ai vu qu'elle s'altifoit, qu'elle faisoit des serpenteaux, morguié, disois-je à part moi, tu n'y es pas encore ! — Nous 1" avons suivie, son père et moi, nous l'avons attrapée , comme vous avez vu. Tèteguié ! Monsieur, sans vous, nou> l'eussions bien peignée! mais elle n'en perd qu»l'attente. » — Le marchand tacha de l'apaiser : le curé de Saint-Eustache s'est intrigué dans l'affaire : présentement le mariage va à souhait dont Dieu soit loué éternellement, et plus d«* marquis d'Erva, pour un double; c'est tout. L'histoire m'a été racontée par le même marchand qui sauva la belle selhère.
jf^f^îi^ONjouR, Monsieur! bonjour, Mesdemoi- ^ P^^ selles ! comment vous portez-vous? Se fô>^;^réjouit-on comme il faut, tandis que je
DE MâUCROIX. 95
lourmente ici ma misérable vie, et que je neiitens parler que d'arrêts, de requêtes et autres horribles mots : pas un pauvre jeu d'ombre ! Quand on a des procès, on ne songe pas aux plaisirs, hormis à la comédie. Il y a ici une Phèdre de Racine qui fait un terrible fracas. Il y a aussi un homme que l'on montre pour 30 sols. II mange des charbons ardents, cire d'Espagne et souffre brûlant sur les doigts, et il se trouve assez bien de tout cela ; ce n'est pas tout : on rougit un fer^ et quand il est tout rouge, il vous passé doucement la langue par dessus cinq ou six bonnes fois, mais sans se presser, et tout à son aise. Quand il a pris tous ces honnêtes divertissements, il prend son bouillon, car il a besoin de se rafraîchir : c'est-à-dire qu'il fait fondre de la cire d'Espagne, de la poix-résine et vous avale le tout sans en laisser une goûte. Cela est fort bon, à ce qu'il prétend, et personne ne le contredit, car au diable celui qui seroit tenté d'en faire l'expérience ! n'êtes vous pas bien aises Monsieur et Mesdemoiselles, que je vous fasse part de ces belles raretés? Je serois ravi si, en mon absence, je pouvois contribuer quelque chose à vos divertissemens et réparer ainsi les
brusqueries du hoc et de l'ombre. Je ne sais si vous me reconnoitrez bien, quand je retournerai : car je vous avertis que je cours risque, mais risque fort grand , de devenir dévot ! et comment s'en sauver, mes très chères filles ! On va faire deux Jubilés consécutifs, celui de l'exaltation du Pape, et le grand Jubile ! tous les dévots commencent à raigùiser leurs armes et Satan n'a qu'à se bien tenir ! Cette saison dévote commencera le premier jour de Carême ; tous les divertissements cesseront : adieu Phèdre, adieu l'opéra ! jeûnes et repentirs ! voila tout jiotre exercice. Ce qui me déplait principalement de cette ville, ce sont les histoires tragiques qui y arrivent. En voici une bien horrible, bien véritable et bien nouvelle, car le procès en est au parlement.
Un jeune homme se marie, et épouse une fille fort bien faite. Le jour de ses noces, par mallieur, il se trouva assez mal pour ne pas coucher avec sa femme. Un cordeher, frère du marié, qui avoit été prié de la noce, va parler le soir à l'épouse, et lui dit : Mon frère fait le malade, il m'a prie de vous le venir dire : ce qu'il en fait n'est que pour s'e&empler, et vous
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aussi, de toutes les folies qui se pratiquent au coucher des nouvelles mariées : mais laissez votre porte ouverte, et la nuit il vous viendra voir. — « La simple pucelle crut le cordelier, dont bien lui prit ; car le compère s'étant emparé de la robe du marié, se glisse furtivement dans la chambre et dans le lit de la belle. La parole me manque à ce récit funeste. Tant y a, Monsieur, car ce n'est qu'à vous, que je raconte cette tragédie, et gardez- vous bien d'en dire un mot, d'eu faire même semblant à nos cousines, surtout à la chaste ! diantre ! elle me dégrimoneroit à mon retour!... Achevons notre lugubre narration. Tant il y a donc, Monsieur, que le cordelier joua, il ne se peut mieux, le rôle du nouveau marié, enfin en véritable cordelier, c'est tout dire. Il y a apparence qu'il ne parla pas beaucoup : peut être étoit-il l'heure de silence, car la nouvelle mariée y fut trompée. Il n'attendit pas le jour pour se retirer. La belle après le départ du faux époux s'endort et passe le reste de la nuit assez tranquillement ; le matin e\lç se lève et va trouver son malade : Eh bien comment vous trouvez-vous ? Quel malade ! est-ce comme cela que vous trompez les gens, et si vous
VOUS portiez bien donc? » — Le pauvre homme ne comprenoit rien d'abord au discours de sa femme , car il etoit malade de bonne foi , el toute la nuit il avoit eu la fièvre . mais elle en dit tant, et ils s'éclaircireut si bien, qu'il connut manifestement, évidemment, clair comme eau de roche, que son propre frère, cordeher, à la vérité, l'avait enrôlé dans la confrérie. Il n'y a rien de si vrai que ce que je vous mande, et cela transit tout le monde d'horreur en ce païs : le mari veut faire casser son mariage : il dit que sa femme est une friponne : elle dit qu'elle est de lionne foi. Que croiez vous qu'il en sera ? car l'affaire est au parlement. Cependant je m'apperçois qu'onze heures s'approchent : bonsoir, donc, mon cher Monsieur! bonsoir, mes chères cousines, grandes, petites et moyennes ! Monsieur de la Framboisière vous baise les mains à toutes ; il est gros comme un moine el fort en peine si Mademoiselle sa sœur passe bien le temps ? je l'ai assuré qu'oui. Eh bonsoir Miche, eh bonsoir Chaste, et bonsoir G baisonsnous encore une petite fois avant que de nous séparer. Monsieur Poitiers ronÛe, je ne lui donne pas le bonsoir de peur de l'éveiller. Mais
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l>oa«oir notre chère Nanes , je m'en vais reinenerG. et la grande cousine chez elles. Maiii non, mon cher, je m'en vais coucher tristement en l'absence de tant de personnes que j'aime bien. Bonsoir.
XLtI.
Ah chanoine Farart.
>3^?^ ous êtes un scélérat! je gage que non, ^1%^ et quelle n'a pas soupiré une pauvre S«feS? t'ois. Vous avez fait parler le petit Ber. .. comme il vous a plu, ou comme il me plairoit, ah ! nion cher, je sais bien que je ne suis plus aimable; mais aussi je ne suis pas crédule sur ce chapitre. Pourlant si elJeavoit soupiré. j'en serois bien aise, il ne laut point mentir; soupiré,
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voyez VOUS, notre ami, ci* sevoit quelque chose ; mais non, cola n'est pas.Vous me trompez, elle a trop d'esprit, se tient trop bien sur ses pieds, et moi, cliétif trop indigne d'un si bon traitement! je l'aime pourtant bien, oui, et cela sans vilenie.
Quant à la maison, quelles grâces n'ai -je pas à vous rendre là-dessus ! Je vous prie de mettre la cbose en état, qu'elle ne puisse me manquer; car je me fais un plaisir solide de loger dans cette jolie maison ; j'aime la jeunesse aussi bien en maison qu'en autre cbose ; l'inquiétude me prend qu'elle ne m'échappe ; assurez-moi donc le plus tôt que vous pourrez que c'est une affaire faite et qu'elle est, ou sera à moi infailliblement. Que je vous plains des actions de grâces que je vous rendrai ! Je vous en acablerai, prenez garde à vous.
Parions encore un peu: cette matière plaît, je ne sais pourquoi ! J'ai revu la première Iris à qui j'aie jamais brûlé de l'encens : il y a longtemps qu'il est évaporé ; elle est un peu plus pleine qu'à dix-sept ans, comme vous pouvez croire, mais pour le teint , elle la aussi frais et aussi beau que jamais; la bouche aussi belle, les yeux aussi vifs ; elle est plus vermeille qu'elle ne
fut de sa vie : car avoir tout ce que je dis à dixhuit ans, il n'y a pas lieu de s'en étonner, mais l'avoir conservé jusqu'à cette heure, c'est où est le miracle. Ei^go la belle est miraculeuse, concéda totum. Ce n'est pas elle, non, qui me dit cela, c'est moi qui le dis.
Le pape a fait seize cardinaux, je n'en répète pas les noms, pour éviter prolixité : adieu, notre très cher, faites un peu mes baisemains
à votre belle M et assurez-la bien de mon
très humble service; je ne manquerai pas, Dieu aidant, d'aller voir la Béate sa sœur, elle est ma voisine. Je suis le tout votre M....
Et les confesseurs, sont-ils toujours si incommodes ?
^av«féi*^
lUv' LETTRES
J.ii nuiiie.
7 0Ct4ibjïr.
li^^Ê^JL faut excuser un peu les gens qui ne ^^ f^ tlisposent pas de leur temps comme ils ^^^3é. vûudroient : je vous aurois fait plus tôt réponse, si j'en avois eu le loisir ; ô mon ami. que Scarmouche est un grand personnage ! C'est lui quia dit, Bella cosa e far nient c. Je n'ai pourtant pas fait grandchose encore ; je n'ai fait que ma cour et m'ennuyer à Paris : car entre nous, je m'y ennuie et ne me console que par l'espérance du retour, et de jouir des félicités que vous m'avez préparées : du reste si tout va bien à l'ordinaire, jr- vous assnre. mon cher, qu'il n'y a Doint de dépulé du deuxième ordre qui n'ait ^uj**t d'envirr voli-e bonheur! appliquez-vous
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bien à conserver votre bonne lortune ; ne soyez jamais si insensé que de souhaiter autre cliosc que ce que vous possédez, et laissez dire les gens : les rois ne sont pas si bien que vous, peste ! tant vous êtes aise ! Cela n'empêche pas que je ne vous prie d'assurer Mademoiselle votre b... m... que je suis son très humble serviteur : je le suis bien aussi de Monsieur votre patron. — Le roi marche vers Jh'issac , avec la reine : il verra Huningue, Colmar, Schelestat, Strasbourg, sa nouvelle conquête, Charîeroi, etc., et puis préparez- vous à le bien recevoir à Reims, car on lient qu'il y passera à son retour. On dit par la ville que l'on accorde des bulles à l'évèque de Pamiers, fils de Monsieur de Bourlemont : si c€la est, c'est-à-dire qu'on s'adoucit n Reims : le Seigneur le veuille ainsi ! notre fonction ne sera pas longue, ergo nous retournerons plus tôt en notre patrie, et vous nous lerez, s'il vous plaît, quelque petit conte joyeux pour récréer notre pauvre esprit accablé sous les questions de la régale. — Je suis le tout vôtre, sans y fiaillir.
Vous connoitrez, si je u< me troîupe, au style de cette lettre que je sui< un peu sombre. 11
1U2 LETTr.E^
est vrai, je le suis; que sert de dissimuler? les affaires graves ne sont guère mon fait :
quatre petits tours de préau valent bien mieux que tout cela! mais le monde ne sait pas donner le prix aux choses.
XUV.
Au même.
19 octobre 1681.
^^B^ois êtes, mon cher, un fort honnête gar- "^^A^çon,vous m'avez envoyé de jolis vers ; à ^^èét^(^^ fiue je vois, vous n'êtes pas trop mélancolique! ce n'est pas comme nous, gens importants, qui n'oserions rire qu'une pauvre fois en toute une semaine, de peur de nuire à notre gravité. Nous ferons quelques tours de préau. Dieu aidant, et nous nous racquitterons du mauvais temps ! cependant prenons patience. Mais, par hasard, car j'ai reconnu que vous étiez quelquefois assez bien informé de ce qui se passe dans le
inonde; par iiasard donc , mon dur, u'aiiriezvous rien appris d'une cerla^ne aventure arrivée chez Mademoiselle de la M...., qui ressemble comme, deux gouttes d'eau à une autre histoire qui arriva il y a quelques années chez Mademoiselle Le Bel, là, cette servante que l'on Iraitoit d'un schivre^ et qui heureusement guérit par une couche. On m'a mandé en ce pays tout ce v. . . La servante de Mademoiselle de la M.... femme de notre cirier, a servi autrefois chez notre ami Rainss... Mademoiselle Rainss... se défiant un peu de la sévérité de cette infante, la congédia doucement et sans bruit, mais enfin la vérité ne mentira jamais : il faut que scandale arrive. La belle qui chez Monsieur Rainss.... avoit appris les premiers éléments de bien faire a fruclilié.à ce que l'on me mande, et s'est émancipée un peu plus qu'elle ne devoit : tant y a qu'il n'y a plus moyen de dire que non : bien des gens ont part à ce forfait. Revenons : ne me manderez- vous point quelque petite particularité de cette histoire? On dit que Monsieur Calou, notre confrère , ne trouve guère à propos que la servante de Mademoiselle sa sœur soit tombée en un tel accident. Que de coups de disciphne
iOi Li-.TTRF.!»
si Ion abaudonnoil la péclieresse à nos gens dp bien ! Si vous savez dont- quelques petites circ<»nsîan<-es joyeuses touchant e«t le allai re, faitesnous en part ; mais pesez bien vos mots , et ne me mandez rien d'ineompatible avec ma modestie; je suis curieux, mais ne me faites pas rougir, et quand vous verrez votre b... m... assurez-la demoji très bumbie service. 11 n'est pas possible que vous ne rencontriez quelque part Mademoiselle de la Framb.... un petit mol pour moi à la belle, s'il vous plaît. Ou a beau faire, il est bien difticile d'oublier les amies, je ne le fais pas aussi, ni mes bons amis. Dans quinze jours l'ouverlure de l'assemblée aux Augustins. Tout ceci va bien lentement; si le roi ne se bàtoit pas plus que le clergé nous n'aurions point Strasbourg et nos troupes iie seroient point connue elles le sont dans la citadelle
de Monsieur do Bouliers y est entré avec
la cavalerie, et Monsieur Castinel avec l'infanterie, el il a lieu d'avoir grande peur. — ^otre amliassadeur à Constantinople n'a reçu aucun mauvais traitement : je vis l'autre jour sa dernière lettre à un de mes amis. Monsieur Duquesne a fait belle peur aux Musulmans : oji
r»E MALCROIX. JOÔ
a fait entrer l'arniéc navale clans le [>orl '\c Constantinople. Tous les jours les rachaseî !o visir s'assemblent pour voir comment on s"o]>posera à ce démon de Duquesne qui ne songe pas à eux. 11 a tiré quelques volées de canon sur une mosquée de Scio : Monsieur Moboiinl eu est fort en colère. Adieu, le tout vôtre.
.4M chanoine t....
a novembre.
^^f^^ OTRE cher, ne vous scandalisez pas de |^£Jb^<ma paresse, s'il vous plaît. Le démon ^^^.■édi n'a pas le loisir de me tenter : j'ai trop d'affaires; ne pense pas, mon cher, oubher une seule circonstance ; je te ferai rendre compte de tout exactement, rigoureusement, je neveux rien perdre; il faudra bien un peu me réjouir ; car, en
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ma conscience, peu ou point de consoiation en ce pays ! Mon ami, tout le monde va ici en masques; tout le monde, c'est-à-dire moi, et peut-être que les autres n'en font pas moins : c'est bics longtemps avant le carnaval ! pour moi , malgré les honneurs mondains, je trouve que la liberté est la meilleure de toutes les choses d'ici bas; quand la retrouverai-je? quand vivrai-je à ventre déboutonné? quand querellerai -je quelqu'un tout à mon aise, à l'ombre ? Hélas ! nulle de ces féhcités à Paris! mais du mal il faut tirer du bien; je la goûterai mieux cette liberté de tout faire, de ne rien faire, si je ne veux. — Nous allons faire la révérence à notre monarque et le féliciter sur ses nouvelles victoires. Il n'y a rien ici de nouveau : une femme de qualité. Madame deSourdis, je pense, mounit l'autre jour sur la chaise percée : belle posture pour se présenter .' la vilaine î Du reste, autant en un mot qu'en mille, je suis tout à vous. Ne me mandez rien que de bien à propos , non . notre petit cher, car les lettres peuvent se perdre! Je parais bien meilleur que je ne suis : il le faut ainsi et ne choqu«T personne , si cela tc peut. Adieu , le tout vôîie.
Voyez- vous souvent Mademoiselle de La Fr.. .? faites si bien qu'elle ne m'oublie pas : je l'honore et l'estime toujours. J'ai un fond d'amitié poar elle (fui ne s'épuise point, je ne crains pas de vous l'avouer, car pour moi mes tendresses ne tirent plus à conséquence ; il faut être à votre âge, avoir le teint frais et les cheveux blonds, pro[)rc, Dieu sait combicii, pour avoir une amitié dangereuse. Adieu encore une iois, notre très cher, H viva spargna et M.., du secrétariat.