POUR DIANE
J'aime toujours Diane ou plutôt je l'adore, Une inquiète ardeur sans cesse me dévore ; En vain pour m'assoupir d'un moment de repos, La nuit répand sur moi le jus de ses pavots,
Quand par tout sous le ciel la nature sommeille, J'ai beau fermer les yeux, le chagrin me réveille. Je ne puis faire trêve avecque mes douleurs, Et je baigne mon lit d'un déluge de pleurs.
Si Diane du moins savoit ce que j'endure,
Ma peine de moitié me sembleroit moins dure.
Mais, hélas ! mes soupirs des vents sont emportés;
Et, n'étant point connus, ils ne sont point comptés.
Qu'importe toutefois si je languis pour elle?
Un téméraire espoir ne me rend point fidèle.
Que la terre à mes pieds s'ouvre pour m'abimer
Si je cherche en l'aimant que le bien de l'aimer!
C'est là tout mon désir; car enfin si je l'aime,
C'est seulement pour elle, et non pas pour moi-même.
Jaloux, de mon bonheur si bien persuadés,
Voyez si vos soupçons ne sont pas bien fondés,
Si l'on peut m'accuser de la moindre licence,
Et si jamais Amour fut si plein d'innocence!
Celte belle, il est vrai, voyant mes déplaisirs,
A mes soupirs parfois a mêlé ses soupirs ;
Et ses beaux yeux m'ont dit, par un muet langage,
Qu'elle eût voulu peut-être en faire davantage;
Qu'elle plaignoit ma peine, et, pour l'amour de moi.
Qu'elle trouvoit l'honneur une fâcheuse loi.
Voilà, jaloux esprits, toute la récompense
Dont l'aimable Diane a payé ma constance ;
Mais je ne m'en plains pas, et tiens mes maux passés
Par un si rare prix trop bien récompensés.
Je n'en espère pas un plus digne salaire ;
C'est toujours trop pour moi, quoi qu'elle puisse faire.
Et, si peu que m'accorde une telle beauté,
Elle me donne plus que je n'ai mérité.
Quand je pense aux grandeurs dont l'éclat l'environne,
De sa témérité mon courage s'élonne.
Je doute du beau feu dont je me sens épris,
Et ne puis croire encor d'avoir tant entreprise
Mais l'Amour prend plaisir d'égaler touies choses;
Ce dieu voit d'un même œil les pavots et les roses,
Et, sans distinction de richesse et de sang,
11 veut que ses sujets soient tous d'un même rang.
Fais donc, puissant Amour, que le front ceint de myries,
Je traverse une mer qui cache tant de syrles;
Des écueils dangereux garde-moi d'approcher,
Et sois de mon vaisseau toi-même le nocher.
Sans toi, tu le sais bien, une pareille audace
Jamais dans mon esprit n'auroit pu trouver place.
Tu m'enfias le courage, et me fis présumer
Qu'il n'est rien de trop haut pour qui sait bien aimer.
Je te crus, je l'aimai. Dès lors à celte belle
Je vouai pour jamais un service tidèle,
Et que d'un feu si beau l'heureux ou triste cours
Ne trouveroit sa fin qu'en celle de mes jours.
l Ce vers manque dans l'édition de M. Walck.
Il 2
MADRIGAL
Mon Iris chaque jour croit et devient pîns belle Cet aslre en s' élevant augmente sa clarté ; Ma passion aussi croii, avec sa iioaulé, Et plus elle a d'appa? plus je bruie pour f'ile. Mais il faut bien enfin aue le ciel en ce jou' Achève ses beautés et borne mon ani^^ur; Leur excès ne peut phi: s'accroitre ''e^v'^ntage. Je vois dessus son froîil tout ce qui peut ci;arîr^.' Le ciel nesauroit plu embellii' s<.>n vivaae. Et rioi je ne saurois da^y^tage l'aimer.
AUTRE
Pour divertir l'ennui qui toujours m'accompagne, Diane, quelquefois j'erre par la campagne :
Je vois rouler sur des cailloux
Le liquide argent des fontaines.
Je vois des prés, des bois, des plaines
FI ne vois rien si beau que vous Recueil Sercy, 1660, t. v, p. ?97.
AUTRE*
Mon amour offensé par les sages cu:.:3nrs i)0Hl sonveiil je m'etTcrce à tUv^rlir le ro'r> De ma douleur extrême, En devienl pîii ^ in:':érieux ; î-.tsi}6t que j'ai û'û : il uc faut plus {[ue j'^^ime î Je .^'^ns qiid jaime mieux.
AUTRE'
non cœur, ô mes yeux, commcni ; 'laireà Sîlvieî 'Cz, cruel amour, de tourmenter ma vie, Languissons sans plus murcî'ùi'sr :
Tl fan.L apprendre à se contraicdre, El la servant saus espérer :
•tcz, mon cœur, et mourez sans vous plaindre.
A PHÏLIS.
Pourquoi faut- il moi-même irriter ma douleur, Et me rendre artisan de mon propre malheur? Philis ne m'aime pas ; mais queeait-on? peiU-t^tii' Philis m'aime un peu mieux qu'elle ne lailparoilre. Une fille est timide, et n'ose faire voir Combien sur son esprit Amour a de pouvoir. Son feu le plus souvent brûle plus qu'il n'éclaire, Et tel en est aimé qui ne croit pas lui plaire. Philis n'est pas de roche, et je crois qu'en effet Son cœur n'est pasexempl du mal qu'elle me faiî. Mais pourquoi m'abuser de ces frêles mensonges? Dieux 1 comme les amants se repaissent de songes 1 Je croirois que Philis ne me hairoil point! Non, non, je ne saurois m'aveugler à ce point. De son peu d'amitié j'ai trop de certitude, Et je la puis blâmer d'un peu d'ingratitude. Oui, charmante Philis, je vous en puis blâmer. Quel sujet avez-vous de ne me point aimer'?
1 Au lieu de ces six vers le manuscrit de Reims ne donne que ces deux-ci :
Peut-être que l'ardeur dont je bri'de pour vous, Philis, mériteroit uu traitement plus doux.
DE MAUCROÎX. 20
Ai-.je oublié pas un de ces pelils services,
Qui (les graîîdes amours sont les plus sûrs indices?
Depuis le premier jour que j'adorai vos yeux,
Ne vous aimé-je pas tous les jours un peu mieux?
Ai-je manqué pour vous de respect ou de zèle?
Nevoustrouvé-jepas des belles la plus belle?
Si vous saviez combien vous me coûtez de pleurs I
Pbilis, si vous saviez mes secrètes douleurs!
J'ai vu cent fois du jour renaître la lumière
Avant que le sommeil eût fermé ma paupière.
Ah! tous mes déplaisirs ne vous sont pas connus :
Hélas î je ne me plains que quand je n'en puis plus.
Ma douleur se redouble à la tenir contrainte.
Je la soulage un peu, quand je vous (ais ma plainte.
La peur de vous déplaire a pourtant mille fois
Etouffé devant vous mes soupirs et ma voix.
Enfin pour être aimé j'ai lout mis en usage.
Et je délie amant d'en faire davantage.
Que reste-t-il donc plus maiutenanl que mourir?
On voudroil vainement me parler de guérir;
Je me plais dans mon mal, je crains qu'on m'en délivre
Pour ne vous plus aimer, qu'ai -je affaire de vivre?
Mais lorsque vos rigueurs auront (lui mon sorl,
Piaiudrez-vous un soupir pour honorer ma morl?
Philip, au nom d'Amour, ne soyez i)oiîU si dure;
Venez d'un peu de pleurs mouiller ma sépulture.
Hélas! un peu de pleurs seront-ils pas bien dus
Aux pleurs que tant de fois pour vou^ j'ai répaiulus,
A ces cruels lourmenls qui m'arrachent la vie, Et qui sont le seul prix de vous avoir servie? Ne me refusez point ces marques d'amitié; Soyez, après ma mort, capable de pitié; Adorable Philis, au moins n'allez pas croire Qu'une douleur si juste offense votre gloire, Quelles que soient les lois d'un devoir rigoureux, Il n'est pas défendu de plaindre un malheureux.
ÉPIGRAMME
Je ne puis sans être jaloux
Voir mes vers coucher avec vous ;
Pourquoi leur faire cette grâce?
C'est avoir l'esprit de travers;
Philis, pour une telle place,
Ne vaux-je pas mieux que mes vers?
1 Imprimée dans le recueil des Poésiej choisies, iCGO, in-t2, t. V, p. 598.
AUTRE
Pliilis, par les refus irrite mes désirs, Les peines en amour font valoir les plaisirs: Ne prétends pas pourtant me faire trop attendre, Après cinq ou six non, il est temps de se rendre ^