SA VIE ET SES OUVRAGES. XX HT
essais de Maucroix peuvent aller de pair avec les produclions de ces précurseurs du grand siècle. Voici quelques vers de sa première élégie :
Olympe, que ce jour fut fatal à ma joie,
Quand de les doux allrails mon cœur devint la proie.. .
Jusqu'à ce jour fatal mes désirs impuissans N'avoienl point prétendu l'empire de mes sens; Jamais fille à mes yeux n'avoit coûté de larmes, Je parlois de l'amour comme d'un dieu sans armes...
L'Olympe qui inspiroit notre poète cullivoil ellemême les muses, et faisoit ses délices de la lecture de VAstrée : ce qui nous confirme que celte élégie est des premiers temps de l'auteur :
Si quelquefois d'î^rfé, dont tu fais ton étude, D'un amant malheureux dépeint l'inquiétude,
Ne crois pas que d'Urfé te fasse une imposture, El décrive des maux que personue n'endure !
Ces vers sont faciles, et d'une assez bonne facture, et ce ne sont pas les seuls agréables de la pièce; en voici d'autres qui ne le sont pas moins, et qui ont pu fournir à Molière l'idée de la jolie tirade d'Eliante , dans le Mùanthrope (acle n, scène 5) :
Amour en sa faveur m'auroit-il point surpris, El peut-on bien juger qn?nd on e.-t bien épris? Je crois qu'on ne voit rien si lieau que son visage: Mais qui n'en dit autant de l'objet qui l'engage?
XXÎV MAUCROIX.
Un autre, comme moi, lient les mêmes discours, Et jamais un amant ne blâme ses amours. Chacun à son avis aime la plus parfaite, Et veut par son vainqueur excuser sa défaite.
Nous l'avons vu , malgré ses succès au barreau, Maucroix se sentoit peu de vocation pour la chicane. C'est ce que Ton dit de tous les jeunes gens à qui le courage fait défaut et qui dès le début renoncent aux luttes du Palais. On l'a dit de Molière, on l'a dit de Boileau et de quelques autres qui ont justifié par beaucoup de succès et de gloire leur résistance aux dispositions de famille. Mais en général, le plus ou moins de vocation n'est guère chez les débutants qu'une question de travail et de volonté. Maucroix n'étoit pas trempé pour les insomnies laborieuses du cabinet. S'il eût pu loin du Palais, et sans la subvention paternelle, se soutenir à Paris, y vivre de la vie littéraire, au milieu de cette société d'élite qui l'avoit adopté , nous ne douions pas que, brûlé du feu sacré, il n'eût bientôt pris l'un des premiers rangs du Parnasse. Peut-être n'at-il tenu qu'à quelques livres tournois que notre littérature ne comptât un grand poète , un grand écrivain de plus. Malgré les encouragements de Conrart et de Patru , malgré l'amitié si tendre de des Réaux et de Pélisson, Maucroix ne se put résigner à l'humble rôle que lui assignoil son revenu. Il prit un parti héroïque, celui de rompre avec toutes ses glorieuses liaisons, de quitter Paris et d'aller s'ensevelir en province. C'est par là qu'à l'exemple de Pélisson il falloit commencer. Au