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surplus, si cette résolution enlevoitau gros pilier du Palais de J ustice un de ses plus aimables diseurs, à l'hôtel Rambouillet un élève brillant, à l'Académie française un futur associé , elle rendoit à la province un homme qui lui appartenoit et qui alloit jeter sur elle un reflet littéraire tout à fait inattendu.
Maucroix, à la recommandation de son père, qui sans doute n'étoit pas non plus étranger à son départ de Paris, retrouva dans M. de Cany le protecteur de ses premières années; celui-ci, comme il se disoit à cette époque , le donna à son cousin M. de Joyeuse , moins toutefois à titre de nourrisson des muses qu'à titre d'élève de Cujas et de Barthole , parfaitement en état de remettre de l'ordre dans les affaires un peu compromises du baron de Saint- Lambert. M. de Joyeuse, lieutenant du Roi au gouvernement de Champagne, passoit alors à Reims une partie de son temps : il accueillit fort bien le jeune avocat auquel naguère il avoit ouvert les portes du collège.
Nous supposons que le talent poétique de Maucroix ne lui nuisit point dans ses nouvelles relations, et madame de Joyeuse, qui éloit une Maupas, fille du baron du Thour, ne larda point à le prendre en affection. Encore fort jolie, madame de Saint- Lambert avoit dei'esprit, faisoit des vers, eljouoit délicieusement de la harpe. « Merveilleuse d'esprit et de bonté, a dit d'elle un poète rémois ^G. Baussonnet), les miracles qu'elle opère sur le luth et sur la harpe ne sont ignorés que des sourds, et ses
XWI MAUCROIX.
grâces que des aveugles. » Mancroix, jurisconsulte, poêle, musicien ci beau diseur, se rendit nécessaire dans la maison. A Reims, à Paris, au Thour, comme à Saint- Lambert ou à Grandpré, Maucroix suivoit la famille de Joyeuse, et se trouvoit de toutes les parties; il géroit les affaires du mari, plaidoit les procès, chantoitavec madame, contoitau salon, et amusoil tout le monde de ses saillies et de sa correspondance avec les beaux esprits de la capitale- Tallemanl raconte d'étranges choses du ménage du seigneur de Saint-Lambert ; nous n'en rappellerons que ce qui est essentiel à notre récit , et l'appui que nous avons à donner aux propos du conteur prouve à quel point Tallemant étoit bien informé. Suivant les Historiettes, madame de Joyeuse avoit commencé par inspirer à M. de Guise (le problématique archevêque de Reims) une passion sur laquelle le seigneur de Saint-Lambert avoit bien voulu fermer les yeux. Plus tard, Robert de Joyeuse prenoit sa revanche et faisoit revenir de Paris une petite fille que sa femme éloit forcée de souffrir près d'elle. « Le père, dit Tallemant, avoit à Reims je ne sais quelle petite demoiselle qu'on appeloit Toussine... 11 disoit qu'il n'offensoit point Dieu, parce qu'il ne lui faisoit rien. » Cette prétendue réserve étoit loin de rassurer madame de Joyeuse , qui sut mal cacher son ressentiment Maucroix, pour la consoler, prenoit la chose en plaisanterie , et le manuscrit de Reims nous fournit à cette date cette jolie bluette , qui donne au récit de Tallemant pleine confirmation :
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A madame de Joyeuse Maupas.
Le chapitre depuis deux jours A fait sonner ses gros tambours; Ses tambours ou ses grosses cloches, Instruments à rompre caboches, Le tout par un pieux dessein, De l'aire honneur à la Toussaint, A la Toussaint, non à Toussine*.
Là là! n'en faites pas la mine!
C'est une injure qu'il vous fait.
Mais le prendrez-vous au collet?
11 n'aime pas! grande merveille!
Et puis changement de corbeilif, Ainsi que le proverbe dit.
Fait appétit de pain bénit.
Voilà des vers dont il eût élé difficile de trouver la clef, sans la noie du manuscrit de Reims, et les quelques mots de Tallemant , avec lequel dès ce temps Maucroix échangeoit de piquantes causeries épistolaires.
Mais im autre péri! que personne n'avoit appréhendé dans la famille de Joyeuse , et que Maucroix moins qu'un autre se gardoit bien de conjurer, c'est celui qu'alloit courir son cœur si facilement inflammable. Maucroix voyoit grandir sous ses yeux cette Henrielte-'Charlotte de Joyeuse qui devoit jouer un si grand rôle dans son histoire, ai-
1 Courtisane de Paris, que M. de Joyeuse aima follement, quittant ses devoirs de mari, etc. {Note du ms. Favartj