LYCIDAS, PHIDIAS
LYCIDAS
Philisne m'aime plus, l'ingrate m'a quitté, Elle n'a plus pour moi que de la cruauté;
DE MAUCP.OIX. 101
Son changement me coule une peine infinie, Je l'aime, cependant, jusques à la folie !
PHIDIAS
L'adorable Cloris est reine de mon cœur ; Un blondin travesti du sien est le vainqueur; Pour elle toutefois mon amour est extrême, Mais l'ingrate pour moi n'en use pas de même.
LYCIDAS
Le plus grand de mes maux est de n'espérer rien, Hélas! de mon amour je n'attends aucun bien : L'amour, quand il s'éteint, jamais ne se rallume ; Je connois bien aussi qu'en vain je me consume.
PaiDIAS.
Quand on approche un cœur qui n'est point enflammé, On peut avec le temps espérer d'être aimé; Mais à dire le vrai, ce n'est pas s'y connoitre Que d'attaquer un cœur dont un autre est le maître.
LYCIDAS
Un harangueur vêtu de la couleur de lys. M'a détruit pour jamais dans l'esprit de Philis ; Le perfide qu'il est, fût-il cent pieds sous terre ! El maudit soit le jour qu'il vit jamais Saint-Pierre I
PHIDIAS
Un galant inconnu vêtu de violet Est aimé de Cloris, tout autre lui déplaît. Maudite soit cent fois la perruque poudrée, Et maudite cent fois sa pantoufle dorée !
LYCIDAS
Combien j'ai fait pour rompre ma prison ! Mais mon mal est toujours plus fort que ma raison. Je retombe toujours dans mes premières peines, Et ne puis ni briser ni détacher mes chaînes.
PHIDIAS
Combien j'ai dit de fois, à mon ingrate aussi : Le rouge vous plail trop, allez, sortez d'ici. Je veux résolument me tirer d'esclavage, Mais j'ai beau menacer, je n'en suis pas plus sage,
LYCIDAS
Chère coadjutrice, objet jadis si doux,
Venez reprendre un cœur qui soupire pour vous:
Venez le retirer des mains de ma cruelle,
Et ne permettez plus qu'il languisse pour elle.
PHIDIAS
Oh! défunte marquise, objet de tant de vœux! Vous, pour qui lant de fois j'arrachai mes cheveux.; M'abandonnerez-vous à cette autre marquise, Qui sans crainte de Dieu brûle les gens d'église?
LYtIDAS.
Que faut-il faire enfin, que dois-je devenir? Le présent m'assassine et je crains l'avenir. Juste ciel; que l'amour est une dure chose ! Malheureux le mortel dont ce tyran dispose.
PHIDIAS
Mes affaires vont mal, il le faut avouer, Hélas! je ne sais plus à quel saint me vouer ; Je le parle d'amour et de la bagatelle : Je pense qu'à la fin j'en perdrai la cervelle.
LYCIDAS
Ah ! j'avois tant juré de ne plus m'engager.
PHIDIAS
Qui cherche le danger périt dans le danger.
LYCIDAS
Qui veut ne plus aimer, doit éviter les dames :
Leurs yeux sans y penser mettent le cœur en flammes.
PHIDIAS
Mais courrons-nous toujorn^s après ce qui nous fuit ? C'est un vilain métier.
LYCIDAS
Il n'apporte aucun fruit.
PHIDIAS
Ne songeons plus jamais à l'amoureux mystère, Et laissons là Piiilis et la petite chère.
LYCIDAS
Pourrons -nous soutenir des dessins si hardis?
PHIDIAS
Je m'en repens déjà.
LYCIDAS
Et moi je m'en dédis.
PHIDIAS
Ma foi, nous sommes fous de faire tant les braves.
LYCIDAS
OhîPhilis!
PHIDIAS
Oh ! Cloris ! nous sommes vos esclaves ! Adorable Cloris, d'où dépend tout mon bien, Apprenez qu'en amour la couleur ne fait rien; Et que tout bien pesé, les hommes de chapitre Aiment peut-être mieux que les porteurs de mitre.
MARGUERITE DE JOYEUSE i, *
CHANOINESSE A POUSSOY '^ EN 1654.
A Ham, la belle Margot
Auroit été contente:
Mais pour troubler son repos,
Il ne lui faut pas de coq
Qui chante, qui chante, qui chante.
1 Marguerite de Joyeuse, sœur de la marquise De Brosses.
2 Auprès de Grandpré.
DE MAUGROIX. JOÎ