LE BARON , LA VESPIÈRE , M'""= DE LA VESPIËRE. LA VESPIÈRE
Est-ce toi, cher baron ?
LE BAROÎX.
Ton serviteur, ma foi:
La Vespière, je viens diner avecque toi.
LA VESPIÈBE.
Tu sois le bien venu ! mais pourquoi me surprendre, Baron? tu me devois avertir de t'attendre : De te bien régaler j'aurois fait mon devoir.
LE BARO?î.
Tu te moques, mon cher, je ne viens que te voir.
LA VESPIÈRE
Ma femme est-elle là? La voici qui s'avance, El qui te vient, mon cher, faire la révérence .
LA DAME
Vraiment, monsieur, vraiment, pourquoi venir si tard ? "Vraiment, c'est se moquer! vous n'aurez que du lard.
LE BAROIN.
Ah î madame, on sait bien par toute la Champagne , Que l'on trouve chez vous le pays de Cocagne.
LA DAME au Baron.
Monsieur, permettez-moi, pour un petit moment, De dire à mon mari quatre mots seulement.
(A son mari.)
Que ferai-je apprêter, monsieur ?
LA VESPIÈKÉ.
Voici, ma chère, La fleur de nos amis, faites-lui bonne chère. Faites-nous préparer un bon cochon de lait. Un cochon bien rôti , voilà notre vrai fait.
LA DAME
Oui, mais où voulez-vous que j'aille vôiis le prendre? Nous n'en avons plus qu'un, qu'on n'a jamais pu vendre. Je crois qu'il est étique.
LA VÏSPlÈftÈ.
Eh bien ! il le faudra Bien arroser de beurre : allons, il passera. De la cuisine enfin sur vous je me repose. Mais avec le cochon il faut quelqu' autre chose.
* LA DAME
Nous n'avons que ce coq...
LA VESPIÉRE.
Quel coq !
LA DAME
Notre cocf, là, Qui tomba dans le puits hier et se néia.
LA VESPIÈRE
J'ai peur qu'il ne soit dur.
LA I>AME
Oh! point.
LA VESPIÈRE
Bien ! qu'on l'apprête ; Mais au moins coupez-lui les ergots et la crête. Peut-être pour chapon qu'on le fera passer.
LA DAME
Notre vin est au bas, en irai-je percer?
LA VESPIÈRE
Eh bien, pour être au bas, faut-il, la ménagère, Percer un tonneau plein ? Qui boira labassière? Tirez de la bassière ; oh! monsieur le baron Le plus souvent chez lui n'en boit pas de si bon. Voilà mon ordre, allez.
(Au baron.)
Je te demande excuse, Mon cher : que fais- tu là?
LE BAROIV.
Tu le vois, je m'amuse A voir ton almanach.
LA VESPIÈRE
C'est le séjour d'Arras.
LE BARON
Un boulet y faillit à m' emporter le bras.
LA VESPIÈRE
Un bigre d'Allemand, avec son grand panache, S'en vient d'un pistolet me friser la moustache. Il ne s'en vanta pas, je le joins à l'instant, Et vous tire, morbieu ! mon homme à bout portant. A quatre pas de là, je le vois qui chancelle, Et qui ne pouvoit plus se tenir sur sa selle. Le bigre, dis-je, en a tout ce qui lui en faut. Tête-bleu! c'étoit là, mon cher, qu'il faisoit chaud ; Nos jeunes fanfarons, avec leurs mines fières, Ne parlent aujourd'hui que de leurs janissaires ; Mais s'ils s'étoient trouvés dans la plaine de Lens, C'est là ! morbleu! c'est là qu'ils auroient vu des gens î
LE B4E0j\.
Les Turcs pourtant font rage avec leur cimeterre.
LA VESPIÈRE
Il n'est rien plus aisé qu'à les mettre par terre. Pincez-les brusquement quand ils lèvent le bras, Et laissez-les après jouer du coutelas.
LE BAROl^î.
C'est s'entendre, cela î tête-bleu ! La Vespière, Vrai Dieu ! tu t'en démêle à la belle manière, Et suivant ton avis, je pense qu'en effet Nos preneurs de Candie auroient bientôt leur fait.
DE MAUCROIX. la/