VI AVERTISSEMENT
chanoine et sénéchal de Notre-Dame de Reims', il avoit été fort suspect au cardinal Barberin, le bienvenu de l'illustre évoque de Meaux, et presque l'ami de l'archevêque, Charles-Maurice le Tellier.
Comment se résoudre à compromettre une si belle renommée ? M. Walckenaer, tout en accueillant certains récits- de Tallemant trop nettement exposés pour être exclus, avoit jeté des flots de gaze sur les détails si crus du scandaleux chroniqueur; mais enfin malgré les précautions délicates du biographe, le Maucroix-Walckenaer n'étoit déjà plus l'édifiant Maucroix que nous avoit représenté l'abbé d'Olivet.
Les choses en étoient là pour notre chanoine, quand, par l'exhumation littéraire que firent, en 1833, MM. de Monmerqué et Taschereau des Historiettes de Tallemant, toute une société d'ombres illustres vint subitement changer la physionomie du grand siècle. A la vérité, les nouvelles silhouettes ne reproduisoient pas tout à fait l'époque, selon les idées accréditées jusqu'à ce jour. Mais il fallut bien le reconnoître : malgré la surprise que causoit le trop nu de certaines figures, chacun y retrouva ses gens ; les noms, les titres y étoient, et les portraits aussi. Bien des illusions cessèrent devant ces masques tombés ; mais à qui la faute , si ce n'est aux peintres primitifs, inhabiles ou intéressés, qui n'avoient pas fait poser leurs modèles sous le véritable jour, awc les accidents de lumière qu'ofi're habituellement la nature?
C'est parmi ces réapparitions inattendues des illustrations du xvii*^ siècle que se retrouva la figure un peu méconnoissable, il est vrai, du bon chanoine Maucroix. Le bizarre accoutrement dont l'afi'ubloit l'auteur des UiS'
AVERTISSEME.NT. Vil
toriettes devoit exciter rétonnement , même après le travail de M. Walckenaer. Comme le scrupuleux académicien, nous hésitions à donner notre confiance aux contes pour rire de Tallemant, quand, il y a quelques années, nous vînmes à acquérir pour la bibliothèque de Reims plusieurs petits volumes d'un chanoine du nom de Favart. Parmi cer, recueils, dire quelle fut notre joie de trouver les œuvres inédites de Maucroix seroit chose impossible, car nous espérions y prendre Tallemant en flagrant délit d'imposture, et puiser là matière à réhabilitation pour notre aimé Maucroix. Il nous faut avouer que nous n'eûmes point cette petite satisfaction ; tout au contraire et comme a bien voulu le dire M. de Monmerqué, dans la seconde édition des Historiettes , parmi les œuvres de François Maucroix, inespérément recouvrées, nos yeux tombèrent précisément sur des pièces qui justifient , et au delà , les contes facétieux du moderne Lucien.
Nous n'avons point à caractériser les mœurs de l'époque à laquelle appartient Maucroix ; on trouve à ce sujet des révélations suffisantes dans les Mémoires contemporains , dans les couplets des poètes et dans les actes bien connus de certains personnages du temps. Sans vouloir remonter à la source de ce désordre moral qui, des hautes classes, étoit, aux xvii^ et xviii* siècles, descendu jusqu'au sein de la bourgeoisie, nous constaterons qu'en ces derniers temps on s'est trop hâté d'imputer à la régence du duc d'Orléans le débordement qui fut la honte du règne de Louis XV. Le mal datoit de plus haut; il est constant que dès les première jours du xvii*siècle, la société, quoique ^intérieurement restaurée,