‹ Œuvres diversesChapitre 210 sur 221 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BASSIEN, PLAUTILLE.

PLAUTILLE.

Seigneur, je le confesse et l'avoue avec vous, Je ne méritois pas un César pour époux. Mon père, ambilieux par ce grand hyménée, De malheur pour jamais combla ma destinée; Plût au ciel qu'il m'eût mis le poignard dans le sein , Le jour qu'il m'obligea de vous donner la main. J'ai cru que le pouvoir de la foi conjugale, A ma sincère ardeur rendroit la vôtre égale Mais au lieu de l'amour que j'avois prétendu, Je me trouve l'objet d'un mépris assidu. II n'est point de splendeur que la vôtre n'efface, r.t près de vous, seigneur, toute grandeur est basse ;

MaU je puis dire aussi, même sans vanité, Qu'à tel point de grandeur Plaulien est monté, Le ciel de tant de biens a comblé sa famille, Que vous êtes le seul qui méprisiez sa fille.

BASSIE.X.

C'est d'où vient le sujet de mes justes mépris, Car ces biens dont l'éclat éblouit vos esprits, Est-ce de vos aïeux le superbe héritage, Et ce que votre père en reçut en partage ? Votre père, madame, un chélif Africain, Né pour le déshonneur de l'empire romain! Il faut pourtant plier sous son pouvoir suprême, Il est plus empereur que l'empereur lui-même; Il régit l'univers de l'un à l'autre bout : Charges, gouvernement, il dispose de tout. Enfin ce favori, pour comble d'insolence, M'a contraint d'accepter son indigne alliance. Mais j'espère qu'un jour, je lui ferai sentir De ce honteux hymen un cuisant repentir. Car dans le rang, madame, où le ciel m'a fait naître, Il faut bien qu'à mon tour je sois aussi le maitre.

PLAUTILLE.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que vous le menacez, Et ce cruel discours me fait connoître assez Quel orage de maux doit accueillir mon père. Sitôt que les deslins nous raviront Sévère

BASSIEN.

Madame, croyez-en tout ce qu'il vous plaira.

PLAUTILLE.

Peut-être que ce cœur un jour s'adoucira,

Et que les Immortels, à Plaulien propices,

Vous feront d'un autre œil regarder ses services,

BASSIEIV.

Je sais bien de quel œil je les dois regarder, Et le juste loyer qu'il leur faut accorder. Rome sera témoin de ma reconnoissance.

PLAUTILLE.

On peut ôter la vie, et non pas l'innocence. La faveur de mon père est un crime à vos yeux, L'excès de son pouvoir vous le rend odieux. Pour moi , s'il faut un jour vous servir de victime, Ma naissance du moins fera seule mon crime. Il est vrai que je suis fille de Plautien ; Excepté ce forfait, je ne redoute rien,

BASSIEN.

Ainsi votre innocence est hors de tout reproche, On ne tient pas pourtant que vous soyez de roche; Votre cœur est sensible, et pour l'inslanl on dit Que Martien n'est pas trop mal dans votre esprit. Si j'en parle, après tout, ce n'est pas pour m'en plaindre , Ni que dans vos amours je veuille vous contraindre.

Prenez encor pour lui des sentiments plus doux, Je vous aime trop peu pour en être jaloux.

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