PL AU TILLE
Martien vaut beaucoup, et passe pour un homme,
Qu'on n'en voit que bien peu qui l'égalent dans Rome.
Chacun sait qu'autrefois il me donna ses vœux,
Et que l'hymen fut prêt à nous joindre tous deux.
Je l'avouerai sans honte, alors, je le confesse,
Je m'engageai pour lui jusques à la tendresse,
Et sans rien oublier des lois de mon devoir,
J'eus tous les sentimens que je devois avoir ;
En user autrement, c'étoit lui faire injure;
Mais enfin notre hymen n'ayant pu se conclure ,
Je rompis tout commerce avec Martien ;
Il ne me parla plus ou ne parla de rien ;
Et de mes premiers feux si l'ardeur vit encore,
C'est un secret, seigneur, que Martien ignore;
Je dois ce témoignage à ma pudique foi.
Si pourtant vous avez quelque ombrage de moi,
Et que vous me croyez capable de foiblesse ,
Ayez des espions, qu'on m'observe sans cesse.
Ma solide vertu ne craint pas les témoins.
BASSIEN.
Madame, il faut aimer pour prendre tous ces soins.
Gouvernez votre cœur à votre fantaisie;
Quand je n'ai point d'amour, je suis sans jalousie.
i^60 POÉSIES
PLAVTILLE.
C'est-à-dire, seigneur, que vous ne m'aimez pas : Kn effet ma rivale a pour vous tant d'appas , Vous êtes si charmé des yeux de celte belle, Qu'il seroit malaisé de vous plaire autant qu'elle !
BASSIEN.
Oui, la seule Julie a des charmes pour moi. Mou cœur de ses yeux seuls veut recevoir la loi, Et le ciel ne sauroit m'accorder plus de grâce Que de lui voir bienlôt occuper voire place.
PLAUTILLE.
Ma place! l'empereur ne le souffrira pas!
BASSIEN.
Non, non, nous attendrons jusques à son trépas. Mais l'empereur est vieil, il n'a plus guère à vivre. Et peu de temps après d'autres pourront le suivre.
PLAUTILLE.
Eh bien ! si pour monter à ce superbe rang, Voire chère Julie a besoin de mon sang. Seigneur, dès aujourd'hui conlenlez votre envie. Aussi bien n'ai-je pas grand plaisir à la vie ; J'en verrai sans regret trancher le triste cours: Vivre comme je fais, c'est mourir tous les jours.
BASSIEN.
Faites, faites couler vos pleurs en abondance, Car je vois devers nous l'empereur qui s'avance; Hehaussez devant lui le ton de vos soupirs, C'est le consolateur de tous vos déplaisirs.