SA VIE ET SES OUVRAGES. XLI
Clermont en Argonne, élanl venu pour la seconde fois de Nancy an camp visiter les travanx, el voulant considérer Thioiiville par l'embrasure de l'une de nos balleriei de la contrescarpe, il reçut une mousquetade au-dessus de l'œil, qui le renversa mort, aux grands regrets de ceux qui connaissoienl son mérite. »
L'histoire ne dit pas si mademoiselle de Joyeuse fut sensiblement affectée de cette mort. Notre avocat, malgré les distractions de Paris, n'avoit point perdu le souvenir de Saint-Lambert et de Grandpré. Le bulletin de la Gazette lui rouvroit un chemin qu'il s'étoit cru à jamais fermé. Le poète dissimula mal la joie de l'amant. M. Walckenaer a publié, d'après le manuscrit de la Bibliothèque impériale, ces vers que nous retrouvons avec de nouvelles variantes dans le manuscrit de la bibliothèque de Reims :
Chacun plaint d'Alcidon la triste destinée : Si près de voir l'hymen allumer son flambeau, La mort le précipite eu la nuit du tombeau, El de ses jours la course est terminée !
Quand on pense à l'éclatîdonl brillent vos beaux yeux^
Philis, avec raison on croit que, sous les deux,
Mortel ne fit jamais une perte pareille.
Le bruit de son malheur est partout r('paudu :
Mais qui ne vous a vue, adorable merveille.
Ne sauroit croire encor combien il a perdu!
Ce joli dixain étoit l'hommage public rendu par le poêle à la mort du généreux Lénoncourt. Voici
celui de l'amant, qui probablement n'étoit pas destiné à la même publicité :
Philis, votre Alcidon fut-il pas malheureux ? Si près à son hymen de vous voir asservie, Au plus beau de ses jours, par un coup rigoureux, La mort au lit d'honneur lui fait perdre la vie î
Que ce funeste coup fut traître à ses désirs! Et qu'il lui coûta cher d'éterniser sa gloire ! Pour moi, j'aimerois mieux un peu plus de plaisirs, Et laisser de mon nom un peu moins de mémoire.
Que sert, quand on n'est plus, un trépas glorieux ? Cette vaine chimère est par trop recherchée. Philis, en bonne foi, ne valoit-il pas mieux Mourir entre vos bras que dans une tranchée?
ARGUMENT. — Maucroix revoit Henriette : il en est le bienvenu.— M"e de Sallenauve et Snint-Etienne.— l.f> duc d'Eu- Khien à Reims. — Le marquis de Brosses obtient la main d'Henriette.— Etat moral de Maucroix.- Epitre à Cassaudre.
— On ofi're un canonicat à Maucroix. — Ses incertitudes.— 11 consulte La Fontaine.— Fable du Meunier, son Fils et l'Ane.
— Maucroix est reçu chanoine.— Coup d'œil sur la société rémoise auxvae siècle.— Comment est vu le nouveau chanoine.
— Couplets inédits de La Fontaine.— Opinion des amis de Maucroix sur son changement d'étal.— Epitre de Furetiére.
— Noie sur cet écrivain et sur ses poésies. — Odes de Maucroix à Conrart, à Patru.— Mauvais ménage de la marquise de Brosses: elle est courtisée par de Vardes, Vandy et Grandpré.— Elle regrette ^laucroix et le mande ii Saint-Lambert.— Rechute de Maucroix. — Reprise des hostilités. — Siège de Landrecy.
— Epîtres à Astibel et à Cassandre. — ^'ote de M. de Monmerqué sur Astibel Tallemant des Réaux).— Détails sur les nouvelles amours de Maucroix.— Paix de Munster.— La marquise de Mirepoix enlève M'^e de Brosses.— Dépit de Maucroix.— Troubles civils. — Mazarinades. — Maucroix frondeur. — Sou épître à Damon (Tallemant).— Emeute à Reims.— Retour de la marquise de Brosses.— Ses couches.— Sa maladie.— Est recueillie par Maucroix.— Mort de M"'« de .Toyeuse et de la mai-quise de Brosses.— Regrets de Maucroix.— Note sur de Brosses et ses enfants.
[l île fut pas difficile à Maucroix de rentrer jen grâce auprès de M. el de madame de Joyeuse. Son retour à Reims fut celui de l'enfant prodigue à qui, longtemps avant le repen-
tir, on a tout pardonné. D'ailleurs il n'est pas bien sûr que le baron de Saint -Lambert sût positivement à quelles impressions Maucroix avoil cédé en prolongeant son séjour à Paris. Ce qui paroît certain, c'est l'amour dont se reprirent l'un pour l'autre les deux jeunes gens, amour que le ciel, par la mort imprévue de Lénoncourt, sembloit favoriser et vouloir conduire à bonnes fins. Maucroix a célébré par plusieurs madrigaux le bonheur de cette époque de sa vie.
C'est précisément quelques mois après le retour de Maucroix à Reims que se passa, dans cette ville, l'aventure étrange de mademoiselle de Sallenauve, enlevée par Saint-Etienne, aventure dont retentirent les salons de Paris, et qui fournit à Tallemant l'un de ses plus curieux récits. Cet enlèvement que l'on traiteroit volontiers de roman, nous en avons trouvé l'entière confirmation , la reproduction presque textuelle dans un des chroniqueurs contemporains de la ville de Reims. {Mém. de Jiené Bourgeois.) Je ferai remarquer à cette occasion la place qu'occupent dans les Historiettes les faits et gestes delà Champagne. Reims, Châlons, Sedan, Mézières et leurs environs y sont l'objet de trèsfréquentes anecdotes. C'est que l'auteur avoit dans deux de ses plus intimes amis, Maucroix à Reims et à Saint-Lambert, Perrot d'Ablancourt à Châlons et à Vitry, des correspondants très-actifs et qui ii'avoient garde de le laisser chômer de nouvelles pour son recueil. Maucroix surtout le tenoit si bien au courant de la chronique ardennaise et rémoise, il lui