‹ Œuvres diversesChapitre 26 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. XXXIX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. XXXIX

Celle aulre épigramme, quoique peu galante pour l'aînée de ces deux sœurs, n'est- elle pas la justification du récit de Tallemant ?

Je l'avoue, Amour dans vos yeux Fait luire une assez pure flanraie, Et le ciel honora votre àme De ses dons les plus précieux.

Toutefois, quoique parfaite, Vous avez un défaut qui nous déroule tous: C'est, Philis, que votre cadette Est beaucoup plus belle que vous.

Ainsi voilà notre poète engagé dans de nouveaux fers. « Mais, » ajoute Tallemant, « cela n'alla qu'à quelques petites privautés. » C'est alors que ses amis le pressèrent de contracter des liens plus sérieux, et moins disproportionnés que ceux qu'il avoil rêvés. Mais la facilité de ses derniers succès lui inspira certaines appréhensions. Forcé de s'expliquer, Maucroix répondit par une fin de nonrecevoir que tous les recueils poétiques du temps s'empressèrent de publier, et cette petite pièce est restée dans les souvenirs de chacun :

Ami, je vois beaucoup de bieu Dans le parti qu on me propose :

Mais toutefois ne pressons rien.

Prendre femme est étrange chose!

II y faut penser mûrement :

Sages gens en qui je me fie M ont dit que c est fait prudemment Que d'y songer toute la vie.

Maucroix put doublement s'applaudir d'avoir fui

l'hy menée. Un grand coup de fortune alloil lui rendre ses illusions, un moment évanouies. La France éloit à l'aurore du règne le plus grand de son histoire. D'Enghien préludoit aux glorieux exploits qui ont illustré le nom de Condé, et venoit de remporter sur les Espagnols la célèbre bataille de Rocroy. La cour, livrée aux réactions d'un nouveau règne, donnoit une attention médiocre aux exploits du jeune héros. Notre pays de Champagne, sentinelle avancée du royaume, avoit été ravagé par les troupes de Mello : aussi chacun y suivoit avec anxiété la marche des événements. La famille de Joyeuse y étoit personnellement intéressée, car le fiancé d'Henriette servoit dans l'armée du vainqueur de Uocroy. Mailre de cette ville , Louis de Bourbon projetoit, à l'insu de la cour, d'aller surprendre Thionville. C'étoit une entreprise hardie : la place étoit forte, ses bastions formidables, sa garnison vaillante et résolue. Paris apprit, du même coup, le siège et la capitulation de Thionville. Ce fait d'armes si glorieux coûta plus d'un héros à d'Enghien ; le bulletin de la Ga^ zette, qui rendoit compte de ce mémorable siège (no 104, an 1643), contenoit, entre autres mentions, celle-ci que toute la France put lire :

« Le 25 juin, il y eut quelques-uns de tués et blessés du régiment Royal et de celui des Écossois qui étoient en garde , principalement par les bombes et grenades continuelles des assiégés ; et sur les trois heures de l'après-midi , le marquis de Lénoncourt , gouverneur de Lorraine et de

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