SA VIE ET SES OUVRAGES. LI
De qui l'agréable nouvelle Tient nos bourgeois en cervelle :
Nous saurons bientôt ce que c'est ; Cependant je suis Ion valet.
On sait qu'en effet vers cette époque les interminables négociations de Munster sembloient tirer à leur fin. Toutefois Maucroix eut changé d'état avant la signature du fameux traité de Westphalie (24 octobre 1648).
Maucroix, je l'ai dit, avoit un frère, son aîné, Louis de Maucroix , pourvu déjà depuis dix ans d'un canonicat en l'église de Reims*. C'étoit chez lui, sansdoute(rue Saint-Etienne, près du cloître), plutôt encore que dans la maison de Joyeuse, que demeuroit notre poète, lorsqu'il venoit à Reims. J'admettrai volontiers qu'après le départ de la marquise de Brosses, Maucroix, sans grand patrimoine, avec ses répugnances pour l'avocasserie et le mariage, ait subitement songé à suivre l'exemple de son frère. Le repos d'esprit, la liberté dont jouissoit le chanoine , purent aussi tenter notre amoureux éconduit. C'étoit un parti violent qu'alloit prendre Maucroix, et qui rompoit avec toute possibilité de retour. Puis, qu'en dira le monde? Qu'en penseront ses amis et les nombreux témoins de ses joyeusetés ?
Dans ses hésitations Maucroix consulta l'ami de
1 Louis de Maucroix, suivant le ms. Weyen (Bibl. de iJemis), avoit été pourvu de la 36e prébende, le 16 février 1637. Tallemant nous dit qu'il en avoit dû le titre au crédit du seigneur de Saint-Lambert.
son cœur, Jean de La Fontaine, qui se Irouvoil de son côté dans une position analogue. Il étoil à la veille, ou peut-être au lendemain, d'une détermination non moins grave. Son père lui transmelloit sa charge des eaux et forêts, et l'obligeoit à prendre femme. Cette double manière d'entrer dans la vie devoil paroitre aux amis du poète champenois deux notables folies, vu le caractère du bonhomme et son aptitude aux deux emplois. Le pauvre po'cle ctoit raillé, berné même à l'avance, par les beaux esprits de Chàteau-Thicrry. Bref, on en parloit , et beaucoup. De l'humeur qu'on lui connoît, La Fontaine laissoit dire. Arrive Maucroix qui lui narre sa position, ses ennuis, ses perplexités. La Fontaine, dont, quoi qu'on en ait dit, la vocation étoit déjà prononcée, lui répond par un apologue qui sembleroit de son meilleur temps. L'auteur met en présence Racan et Malherbe :
Racan commence ainsi: Dites-moi, je vous prie,
Vous qui devez savoir les choses de la vie,
Qui par tous les degrés avez déjà passé ,
Et que rien ne doit luir en cet âge avaucé,
A quoi me résoudrai-je? Il est temps que j'y pense :
Vous connaissez mon bien, mon talent, ma naissance.
Dois-je dans la province établir mon séjour,
Prendre emploi dans l'armée ou bien charge à la cour?
Tout au monde est mêlé d'amertume et de charmes,
La guerre a ses douceurs, l'hymen a ses alarmes :
Si je suivois mon goût, je saurois où buter :
Mais j'ai les miens, la cour, le peuple à contenter.
Malherbe là-dessus : Contenter tout le monde!
Ecoutez ce récit avant que je réponde.