SA VIE ET SES OUVRAGES. LUI
Puis vient l'histoire du Meunier, son Fils et VAnc, après quoi le sensé conseiller ajoute ces vers, qui sont dans toutes les mémoires :
QiianlKTvous, suivez Mars, ou rameur, ou le prince, Allez, venez, courez, demeurez en province. Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement, Les gens en parleront, n'en doutez nullement.
Maucroix n'hésila plus, et dès ce moment se tourna vers l'Église. Une fois dans cette voie, il obtint de son père une avance d'hoirie au moyen de laquelle il put acquérir la première prébende vacante dans la cathédrale de Reims. Selon de Weyen et Richelet, ce fut, je le répète, le 3 avril 1647 qne Maucroix fut pourvu du titre, par la résignation d'André Buridan *.
D'après tout ce que je viens de dire, on peut, sans témérité, supposer que le désespoir, le repentir et la vocation n'eurent qu'une part médiocre à la nouvelle détermination de Maucroix. A cette époque le titrede chanoine n'impliquoit point, pour ceux qui le portoient , la nécessité d'une vie de retraite et d'abnégation. Sans doute se trouvoient dans cette classe d'ecclésiastiques des hom-
I André Burignan jouissoit de la 70e prébende et occupoit au chœur de Notre-Dame la 53e stalle du côté gauche. Maucroix, qui lui succéda, est ainsi désigné dans le ms. de Seb. Ren. Le Comte, ayant pour titre : Séries prebendanim Ecoles, metrop. remensis : 1647. « Franciscus Maucroix, No- » \iod.8aprilis : Vir scientificus et autor ingeniosus et eruy ditus. Capituluni constituit haeredem bonorum suorum. » Obiit Reims, 1708, aetat. 88. >
mes d'une foi vive, d'une piélé sincère et d'une vie tout à fait irréprochable. Mais cette austérité qui , à Reims , au xyii*" siècle , éloit le partage des La Salle, des Rolland, des Callou, sembloit n'engager en rien l'indépendance et les scrupules de quelques autres, livrés, malgré leur titre, à toutes les séductions de la vie mondaine : el la société, qui gardoil des flétrissures pour l'inconduite des prêtres ayant charge d'âmes, ne se scandalisoit en aucune sorte des mœurs faciles de chanoines qui, bien souvent, n'étoient que simples prébendiers, et n'avoient pas même reçu les ordres.
Il est certain que pour Maucroix, ce que le titre de chanoine de l'église de Reims eut de plus positif, c'est l'assurance qu1l lui donnoit d'une existence honnête et d'une position sociale, comme nous dirions aujourd'hui. Peut-être même ne médirions-nous pas en supposant que l'idée de revoir Henriette el de retrouver un jojir près d'elle
De 1 amour sans scandale, el du plaisir sans peur,
ne fut point tout à fait étrangère à son changement d'état.
Quoi qu'il en soit des motifs de notre poète, son parti fut d'autant plus vite pris, que pour lui le changement d'état ne devoit point apporter une i.otable ditïérence dans ses habitudes et dans sa façon d'être. Simple prébendier, notre homme fut longtemps avant de prendre au sérieux sa nouvelle condition. Aussi sa vie resta-t-elle ce qu'elle