‹ Œuvres diversesChapitre 49 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXXV · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXXV

croix entend-il faire allusion à la mort récente de madame de Joyeuse ou de sa fille, à l'une desquelles en se jouant il pouvoil donner le nom de Maman? Ouexprime-l-il, en effet, un regret de la perle également récente de sa propre mère? Après bien des hésitations, je suis disposé à accepter cette dernière interprétation. On ne sait rien de la vie ni de la mort des parents de Maucroix, aussi la moindre conjecture est-elle acceptable. En compulsant les anecdotes de Tallemant, nous trouvons ce qui suit à l'article Naïvetés et bous mol>^ (t. ix, p. 35, édit. Delloye) :

« Un chanoine de Reims plaidoit pour le bien de sa mère contre son père. Le père lui dit un jour : Tu sais combien il m'en a coûté pour avoir ta prébende; je te donnerai cent pistoles , et vat-en au diable ! - Le chanoine rêva un peu , puis il dit : Non, je n'irai pointa moins de deux cents ! » Or on sait que Tallemant écrivoit à peu de distance de l'époque qui nous occupe, et que d'ailleurs Maucroix eut dans sa vie deux procès à soutenir : l'un peut être à l'occasion de la succession de sa mère, et l'autre au sujet de son prieuré. Dans l'hypothèse qu'il s'agisse dans ce passage de la mort de sa mère, Maucroix ne se montre que ce que nous le voyons dans les circonstances les plus solennelles de sa vie. Essentiellement léger de caractère, le chagrin a peu de prise sur son âme ; la plaie, chez lui, promplement cicatrisée, ne se rouvre que de loin en loin et comme par acquit de conscience : non pas que l'égoisme entre pour quelque chose dans celte âme

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aimante et bonne, mais parce que sa nature molle et sensuelle se refuse aux longues émolions, el que la joie (lu jour, le carpe dlem du poêle lalin, semble être le besoin de sa vie el le but de son existence. Les revers, les coups du sort le touchent, mais pour un temps, el bientôt sa sérénité habituelle reprend le dessus. C'est sous l'empire de ce caractère qu'il écrit à madame des Réaux :

Enfin il faut se consoler,

Mes pleurs ne veulent plus couler,

Il dans moi la philosophie

Dcjouren jour se fortifie.

Kions...

Maucroix j>laisante alors sur la petite vérole qui a fait invasion dans le domicile de Rosaliane, el qui, en atla([uant une nièce, eut pu s'en prendre à la tante et compromettre les lis de son visage; puis le pdéle arrive à la grossesse de madame des Réaux el raille de la façon la plus agréable sur sa passion pour la danse, qui pourra, si elle n'y prend garde, avoir de terribles conséquences pour cet enfant, qui

Danse même avant qu'il soil né, Kl fait gambades par douzaines, Marques, sans doule, très-cerlaines, Qu'il sera danseur fort dispos, El ferala nique aux Chabots.

Tout cela, sypposé qu'il vive, tlqu'à bon port la nef arrive,

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Ce qu'on croit diflicilement, Car vous le bercez diablement!

Tallemant, en effel, a pris soin de nous instruire lui-même de ce goûl de sa femme pour la danse. « une des plus belles et des mieux dansantes de Paris, »nous dit-il dans VHistoriettede Maucroix.

L'épiire à Le Pailleur est du même temps (pie répitre à Rosaliane. Le Pailleur n'a guère sa notoriété que dans les Historiettes. Nous y voyons qu'il s'étoit adonné aux mathématiques dès son enfance, et qu'il les apprit tout seul. « Il n'avoit que vingt-neuf sous quand il commença à lire les livres de cette science; il échangeoit les livres à mesure qu'il les lisoit. » Tallemant nous dit encore qu'il savoit la musique , chantoit , dansoit , faisoit des vers pour rire. « Il chanta quatre-vingt-huit chansons pour un soir de carnaval. La maréchale de Thémines le prit en amitié, car il étoit gaL, il faisoit des ballets et mettoittoiU le monde entrain. »I1 faut avouer que voilà un mathématicien comme on en voit peu de notre temps. Bref, il s'attacha à la maréchale et demeura chez elle jusqu'à sa mort, l'espace de vingt-cinq ans, sans gages ni appointements, mais seulement comme un ancien ami de la maison. 11 est vrai, continue Tallement, qu'il faisoit toutes ses affaires. Il avoit écrit assez de clioses , mais il n'a rien daigné donner. Il faisoit des épitres burlesques fort naturelles, et M. de Monmerqué , dans ses notes aux Historiettes, nous le rappelle, c'est à lui que le président Pascal alla confier sa

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surprise et sa douleur quand il apprit que son fils, Biaise, avoil deviné la géométrie.

Il n'a pas tenu, au surplus, au gros d'Alibray, poêle bachique assez oublié aujourd'hui , que son ami Le Pailleur lût plus connu de la postérité. On a de d'Alibray un nombre infini de vers à l'adresse de Le Pailleur, sans compter ses quarante sonnets sur le mouvement de la terre, que l'on fera peutêtre aussi bien de ne pas lire. Quant à ses sonnets bachiques , ils sont plus divertissants, et serviront à ceux qui seroient tentés de les lire à fair«^ mieux connoître le caractère de l'ami de Maucroix.

Le Pailleur étoil du cercle des viveurs auquel appartenoient Faret, Sainctot, Hédelin, Montreuil et Saint-Amant , dont firent partie un temps Maucroix, des Réaux, et que dirigeoient, en leurs bons moments , Conrart , d'Ablancourt et Patru. On ne connoît guère de Le Pailleur qu'une épilre burlesque imprimée dans les œuvres de d'Alibray. Mais les recueils Conrart en contiennent plusieurs inédites et qui témoignent de l'heureuse humeur de cet étrange mathématicien. Tallemant nous apprend qu'il ne survécut que de deux ans à la maréchale de Thémines, qu^nourut vers 1649. On ne peut donc errer beaucoup en datant l'épître de Maucroix de Tannée 1650. En effet, après la mort de sa chère maréchale, Le Pailleur avoit pris le parti de retourner à Monliort, son pays; mais sur les sollicitations de quelques amis il se retira à Vlsle- fierté, où, malgré la beauté du climat , ses nombreuses infirmités, frucUis belliy ne tardèrent point à l'emporter :

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11 est certaine île enchantée , De peu de mortels fréquentée.

De peu de mortelles aussi, Où n'habite point le souci :

Là, les jeux, les ris et la danse Sont compagnons de l'innocence.

Là, l'on espère avec raison De rajeunir le vieil Eson, Et que les bonnes destinées Fileront deux fois ses années.

Puisse ce cher ami Pailleur, De tous les savants le meilleur, Cent ans y démontrer encore Le moulinet de Pythagore !

vœu charitable, mais stérile , puisqu'en réalité Le Pailleur mourut celte même année 1651.

Cependant les événements se succédoient avec une gravité croissante pour le pays de Reims. L'année 1650 venoit de s'ouvrir sous les auspices les plus inquiétants. Le prince de Condé , suspect à la cour, le prince de Conti, son frère, et le duc de Longueviîle, leur beau-frère, avoient été arrêtés et conduits à Vincennes. Le comte de Turenne, rallié au parti des princes par son frère le duc de Bouillon, s'étoit jeté dans Stenai, et le comte de Grandpré, gouverneur de Mouzon , s'étoit joint avec tous les siens aux ennemis de la cour. Triste spectacle que présentoit alors la France !

De leur côté les Espagnols, qui n'avoient pas signé au traité de Westphalie , profitoient des troubles

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du royaume. Après quelques jours d'une marche forcée à travers la Picardie, après la prise du Catelet, de la Capelle, la reddition de Château-Porcien et de Mouzon , leurs troupes, ayant opéré leur jonction avec celles de Turenne, étoient venues s'emparer de la ville de Rethel. Del Ponti, colonel d'infanterie napolitaine au service de l'archiduc, installé comme gouverneur de cette ville , exerçoit sur son territoire les plus insupportables tyrannies. Les habitants des villes et des campagnes, excédés par la soldatesque, affluoient vers Reims et Châlons, où les vivres commençoient à faire défaut. Cependant l'ennemi, poursuivant sa marche dévastatrice, semoit partout la ruine et l'incendie. Ponl-Faverger, faute d'avoir satisfait, dans le délai prescrit aux réquisitions, avoit été réduit en cendres : Saint-Thierry, Cernay, Béru, Sillery, avoient été pillés ou rançonnés, et déjà, sous les murs de Reims, l'archiduc venoit de signifier aux habitants du faubourg Cérès qu'ils eussent à fournir à ses troupes leur part de vivres et de munitions. On conçoit l'effroi des Rémois, chez qui pourtant le parti de la cour étoit loin d'avoir beaucoup de partisans. La ville, épuisée, envahie de fuyards, hors d'état de pourvoir à sa défense, alloit ouvrir ses portes , quand de Senneterre et le maréchal Praslin, à la lêle de troupes fraîches et résolues, vinrent à temps pour arrêter les défections, rappeler au devoir les courages ébranlés , et arracher la ville du sacre aux menaces et aux rodomontades espagnoles.

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