‹ Œuvres diversesChapitre 50 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. XCI · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. XCI

L'entrée des troupes royales ne se fit pourtant point sans difficultés : le conseil de ville, tout en protestant de sa fidélité, répugnoit à l'idée de se livrer au Mazarin. Il vouloit bien en être protégé contre les exactions de l'étranger, mais sans les charges habituelles d'une prise de possession. Sur les menaces du maréchal , il fallut céder et ouvrir les portes ; puis, quand après la retraite des Espagnols, Praslin sortit de la ville, Reims, désolée par la famine, infestée par le typhus, se vit enlever en unmoisplus de quinze cents habitants.— Cependant les campagnes de la Vesle et de la Marne étoient réduites aux dernières extrémités par les fureurs des Espagnols auxiliaires du parti des princes et par les troupes allemandes et polonaises , commandées par le trop fameux Erlach, du parti de la cour. Reims toutefois, après la victoire de Sompy et la reprise de Rethel , put respirer et pourvoir aux nécessités du moment. — Le plus urgent étoit de fournir la ville de denrées et d'enterrer les morts, dont les cadavres infectoient les rues et les campagnes. L'arrivée du cardinal Mazarin, que les victoires de Praslin avoient ramené sur le champ de bataille, surprit la ville dans ces soins, et fut pour le conseil une occasion de signaler ce dévouement habituel et proverbial que, de tout temps, les administrations prudentes ont professé pour les gouvernements de fait. « Son Excellence , dit un historien contemporain, fut reçue à la porte Dieu- Lumière, par le lieutenant et le conseil de ville, au bruit des canons qui témoignoient la joie des popu-

lalions à l'aspect de l'auguste personnage. Il passa les fêtes de Noël à Reims , assista au Te Deum chanté dans la cathédrale , et partit le mercredi , laissant les lieutenants généraux en campagne, dans les quartiers qu'il leur avoit assignés. »

Que faisoil, où se trouvoit en ces rudes circonstances le chanoine Maucroix ? La présence de Mazarin au camp de Praslin et la nouvelle de sa prochaine arrivée à Reims étoient bien de nature à inquiéter un plus brave que Maucroix. L'épitre à des Réaux avoit couru les cercles, et l'auteur qui professoit cette doctrine :

Courir bien, et partir à point, Sauve le moule du pourpoint.

crut prudent de gagner au large et de mettre sa personne hors de la portée de l'éminenlissime cardinal. Nous le voyons d'abord à Paris, chez son ami Damon (des Réaux), son hôte habituel, qui lui-même, frondeur passionné, devoit fournir à la postérité des Mémoires dont il est si souvent question dans les Historiettes, et que nous demandons vainement à nos bibliothèques publiques. Puis, sans doute inquiet des siens et du pays natal qu'il n'avoit cessé d'aimer, ou peut-être bien en vue de régler les affaires de la succession de sa mère, nous le voyons gagner Noyon, et visiter la Picardie , qui, non moins que le pays de Reims , avoit soufïert de l'invasion. Ce qu'il y vit , et ce qu'il savoit des misères de la Champagne éveilla dans son àme les sentiments d'une pitié profonde. Nous

Page 1