‹ Œuvres diversesChapitre 52 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. XCV · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. XCV

annonçant que le sacre du roi étoit irrévocablement fixé au 12 mars 1651. Mais tout n'étoit pas fini avec la Fronde, et les troubles se ranimèrent si violents qu'on fut obligé de renoncer pour le moment à celle solennité. « On doula même que le prince pût être sacré à Reims. Les uns disoient qu'il faudroit porter la sainte ampoule à Paris; les autres que le roi seroit sacré à Chartres, à l'imitation d'Henri IV. On alléguoit la cherté et la difficulté des vivres en Champagne, et les maladies qui régnoientà Reims. » Ce fut en ces circonstances que M. de Valençay, alors président de l'assemblée du clergé, bien que ruiné de dettes et épuisé, dit un de ses biographes, « par une ennuyeuse maladie, » prit le titre de Consécrateur des Rois, Regum Francorum consecraior. Mais l'honneur du sacre ne lui étoit point réservé, non plus qu'à Henri de Savoie, son successeur nominal. Le renouvellement des troubles et des guerres, que le deuxième acte de la Fronde venoit de rejeter sur notre malheureuse Champagne, obligea de renvoyer la cérémonie à des temps plus calmes. On a fait des volumes sur l'histoire de ces déplorables temps, nous n'avons ni l'obligation ni le loisir de nous y arrêter, et nous arrivons aux faits spéciaux qui nous ramènent à Maucroix.

Le roi, déclaré majeur, prit la route de Reims et y arriva le 3 de juin 1654, sur les quatre heures du soir. En Tabsence de son archevêque, Reims vit l'évêque de Soissons, Simon Legras, officier et répandre l'huile sainte sur la têie de ce jeune enfant

que l'on nommoit déjà Louis XIV, el que l'histoire devoit si justement appeler Louis-le-Grand. Ce sacre, accompli dans les circonstances que je viens d'indiquer, se fit sans beaucoup d'éclat. Cependant Maucroix, sans doute pour se faire pardonner le rôle qu'il avoit pris dans les scènes de la Fronde, crut devoir en célébrer les pompes. Son églogue, composée principalement pour préconiser et prédire au pays la gloire du règne qu'il inauguroit, est une imitation heureuse de la première églogue de Virgile. Elle touche profondément aux questions du moment et nous semble d'un grand intérêt pour le pays de Reims ^ En voici le début :

Paissez, chères brebis, mes fidèles compagnes, Et d'herbes et de fleurs dépouillez les campagnes, Vos malheurs sont passés, elle ciel a permis Que les avides loups soient vos seuls ennemis.

Tircis, berger des rivages de la Seine, aborde le berger Damon. Il s'étonne, après ce qu'il a entendu dire de la dévastation des campagnes rémoises par les Espagnols, de voir les champs cultivés, en plein rapport, et l'aspect si riche du vignoble qui fait l'honneur de la Champagne. Damon lui désigne et

d Elle parut pour la première fois dans le Recueil des poésies chrétiennes et diverses, dédié au prince de Conti, par M. de La Fontaine (t. m, p. 555). L'obscurité dans laquelle est restée cette collection, malgré le nom de son éditeur, qui, à la vérité, n'y a guère mis que son nom, fait que cette églogue est restée complètement ignorée. La nouvelle édition qu'en a donnée M. Walckenaerne l'a qu'imparfaitement tirée de l'oubli.

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