SA VIE ET SES OUVRAGES. XCITI
n'avons trouvé jusqu'ici dans Maucroix qu'un homme de plaisirs , et que préoccupent médiocrement les intérêts de la société. La détresse universelle émeut celte âme naturellement si sensible, et nous voyons le poète badin et frivole se faire soudain l'apôtre de l'humanité. Maucroix, sous l'impression de ce qu'il a éprouvé, rédige un mémoire dans lequel il expose les misères des populations qu'il a visitées. Ce mémoire, qui nous avoit été signalé comme une des productions de Maucroix, nous en avons retrouvé un extrait i. Il fait trop d'honneur à la sensibilité de l'auteur pour que nous ne le reproduisions point ici :
« On imprima à Paris, le dernier mars 1651, un mémoire contenant l'état des pauvres, la nécessité qu'il y avoit de venir à leur aide et un projet de secourir la campagne en fournissant de quoi semer les terres. On y exposoit qu'il y avoit dans les villages de Saint-Quentin plus de deux mille personnes à la mendicité, dont la plupart n'avoient vécu que de la chair des chevaux et des chiens, sans pain ; que leur dépense, par semaine, s'élevoit à 800 francs ; celle des pauvres de Guise à 900 francs ; de Basoches et des environs, où l'archiduc avoit campé pendant tout le mois de septembre, à 600 francs ; qu'il y avoit dans ce nombre plus de cinquante orphelins au-dessous de sept ans, auxquels on ne pouvoit refuser le pain sans leur ôter la vie ; qu'on ne comptoit pas la
1 Biblioth. nat., coll. Laravalière. — ^/sfofre de Reims, nis. Haluze.
XCIV MAUCr.OIX.
noblesse ruinée, qu'on avoit assistée delà somme de 1,000 livres pendant un mois, non plus que la dépense que l'on avoit faite en outils donnés à ceux qui étoient en état de travailler ; que la Champagne n'étoit secourue que de 1,000 livres par semaine, et que cette somme n'étoit rien en comparaison des misères qu'on y connoissoit; qu'il y avoit plusieurs hospices pour recevoir les malades à Boult, sur la rivière de Suippe , à Rethel , à Sompi, à Donchcri ; qu'ils périroient si les charités cessoient ; que quatre personnes avoient donné 12,000 francs pour commencer à acheter des grains pour semer; que cette somme, considérable en elle-même, l'étoit fort peu à l'égard de quarante lieues de pays où les terres étoient abandonnées ; qu'on espéroit que Dieu béniroit ces vues qui tendoient au soulagement des pauvres; que les riches aimeroient mieux sans doute donner une portion de leur argent, qui produiroit dès celte vie au centuple, que d'être insensibles à la nécessité des malheureux et île fermer leurs coffres et leurs cœurs. »
Cet appel à la charité publique ne devoit pas rester sans écho. La ville de Reims joignit le secours de ses aumônes à celles qu'on recevoit de Paris, et, disent nos mémoires, si l'on ne put s'étendre à tous les besoins, on eut égard au moins aux plus pressants.
Dans l'intervalle de la première Fronde, dont nous avons retracé quelques épisodes et qui ne fut que le prélude de troubles plus sérieux, la ville de Reims avoit reçu lettre du maréchal de L'Hospital