‹ Œuvres diversesChapitre 67 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CXVII · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CXVII

On peut goûter la joie en diverses façons,

Au sein de ses amis répondre mille choses,

Et recherchant de tout les effets et les causes,

A table, au bord du bois, le long d'un clair ruisseau,

Raisonner avec eux sur le bon et le beau,

Pourvu que ce dernier se traite à la légère,

El que la nymphe et la bergère N'occupent notre esprit et nos yeux qu'en passant...

Mais toute fête a son lendemain : malgré l'hospitalité si désintéressée des frères Maucroix,les petits soupers, les masques, le tripot, et sans doute aussi la nymphe et la bergère, qui jouent volontiers leur rôle dans la vie de notre fablier, tous ces entraînements réunis avoient fini par ébrécher sa réserve. Misères de la vie ! le pauvre poète en vint aux expédients. Nous le voyons, à sa sortie de Reims et avant de reprendre son vol sur Paris, s'arrêter à Château-Thierry, où, suivant la spirituelle expression de M. Géruzez, il alloit de temps à autre vendre quelque bout de terre, pour établir une espèce de balance entre ses recettes et ses dépenses, et là avec l'assentiment de Madame, non sans doute force horions :

Monsieur ne songe à rien, monsieur dépense tout, Monsieur court, monsieur se repose...

Il achève une première aliénation de patrimoine, et ratifie à son beau-frère Louis Héricart la vente d'une de ses fermes : puis reçoit en échange, avec un bout de terre à Châtillon, l'argent qui doit réparer les prodigaUtés de Reims ; et dès ce moment,

CXVm MAUCROIX.

charmé d'une opération que, vu la nécessité du consentement de sa femme, il regardoit comme impossible, il compose avec l'insouciance philosophique qu'on lui connoît sa célèbre épigramme :

Jean s'en alla comme il étoit venu, Mangea le fonds avec le revenu, Tint les trésors chose peu nécessaire...

Sorte d'épitaphe que les éditeurs s'obstinent à placer à la fin des œuvres du grand poète, comme s'il l'eût réellement écrite en ses dernières années, tandis qu'elle est certainement de l'époque que nous venons de rappeler, c'est-à-dire un souvenir da carnaval de 1656.

Au temps où nous sommes parvenus , une sorte d'anarchie légale régnoit dans le gouvernement ecclésiastique et civil de la ville de Reims. Le siège archiépiscopal, depuis plus de vingt ans inoccupé ou tenu par des prélats mondains qui ne résidoient point, étoit virtuellement en état de vacance par l'abdication d'Henri de Savoie, devenu duc de Nemours et d'Aumale. Quant au gouvernement civil, il restoit depuis longtemps le monopole (le quelques gros marchands de la cité, qui à l'aide de cabales et d'intimidation se perpétuoient dans les fonctions lucratives et honorifiques. Administration, finances, police et sécurité publique, tout se trouvoit à la merci de cette bourgeoisie boutiquière, fière de ses écus et d'une suprématie que le clergé, naguère si influent, ne pouvoit plus lui

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