SA VIE ET SES OUVRAGES. CXIX
disputer. Les troubles de la Fronde n'avoienl pas peu contribué à grandir l'importance du conseil de ville, et l'on avoit vu Mazarin, par le besoin qu'il éprouvoit de se faire des créatures, abandonner une dernière prérogative de la couronne, celle de nommer un gouverneur chargé de la garde de la cité. Le baron du Thour, aïeul de madame de Joyeuse, étoit le dernier qui en eût occupé les fonctions. Depuis, en 1617, le conseil , à qui cette charge portoit ombrage , en obtenoit la suppression ; mais la gravité des circonstances avoit obligé au rétablissement du titre, et le marquis de Rothelin en étoit revêtu à sa mort, en février 1651. Son fils, Henri- Auguste d'Orléans, marquis de Rothelin, celui qui épousa, en 1669, cette madame de Bérieux à qui Maucroix adressa de jolis vers, obtint du roi des lettres de survivance , et prêta même serment en qualité de gouverneur de Reims entre les mains du chancelier. Au sacre de Louis XIV, le conseil de ville crut l'occasion bonne et renouvela ses instances pour la suppression définitive de la charge. Mazarin promit tout , et l'année suivante les lettres de Rothelin furent en effet révoquées. L'autorité de l'hôtel ne fut plus contrebalancée que par celle du capitaine de ville , charge qui s'achetoit, dont les attributions étoicnt fort restreintes, et qui ne pouvoit s'exercer (lue sous le bon plaisir du lieutenant. En cette année le capitaine de ville, Regnault Feret de Varimont , fatigué des conliits et tracasseries que lui suscitoit l'hôtel de ville, s'étoit , comme Achille, retiré sous sa tente, bien
décidé à ne plus se mêler des affaires publiques. C'est en ces circonslances que Montai , gouverneur de Rocroy, fit, à la tête de ses Espagnols, une nouvelle trouée en Champagne. Les plaines de Rhelel, Château-Porcien , Laon et Châlons furent envahies, et ces villes soumises à d'exorbitantes taxes. L'hôlel de ville députa vers Paris pour obtenir des secours qui n'arrivoient point; force fut au Conseil d'aviser à sa sûreté. Il appela au commandement de la milice bourgeoise un jeune gentilhomme nouvellement établi dans le pays , le marquis d'Olizy, qui, pour arrêter l'ennemi, se mil en besogne de rompre tous les gués et passages des rivières d'Aisne, de la Vesle et de la Suippe. — Ce marquis d'Olizy (Jean-Michel Larcher), depuis célèbre intendant de Champagne , n'étoit alors qu'un jeune libertin que recommandoient seulement une présomption sans borne, des prodigalités effrénées et quelques galanteries de bas étage. Mais laissons parler Tallemant : « Ce n'étoit pas par ses grandes armes qu'il étoit devenu marquis. Son plus bel exploit étoit d'avoir enlevé une g. qu'il appeloit sa femme et qu'il vouloit que tout le monde reconnût pour telle. Celte marquise de nouvelle édition étoit fille d'un boulanger ou meunier de Metz. La présidente Larcher, voyant son fils amoureux de cette créature, l'avoit fait mellre dans un couvent. Le fils l'enlève de nouveau et l'amène en Champagne, où dès lors il prend le nom de marquis d'Olizy, du nom d'une lerre près de Reims qu'y possédoit son père. » « Ji y a un