SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXIII
Il établit des réquisitionnaires à Sillery, el, pour hâter l'exécution de ses mandats, livra aux flammes Taissy, Mombré, Chamflenry et Sacy. Cependant Grandpré suivoit Montai de Toeil : en vingt-quatre heures de marche , il éloil à Reims et siirprenoit l'ennemi campé au-dessous de la Pompelle près Sillery. Montai culbuté gagna le pont de Sillery, qu'il fit rompre derrière lui , et laissa aux mains de Grandpré ses gens, ses caissons et tous les approvisionnements, fruit de ses rapines el de ses exactions.
Ces faits , qui maintinrent la Champagne et le pays des Ardennes sur le pied de guerre et dans de continuelles alarmes , émurent la vie de Maucroix et portèrent le trouble jusque dans les relations galantes de son ami La Fontaine. Durant son séjour à Reims, La Fontaine avoit été plus d'une fois reçu au parloir des charmantes abbesses de Saint-Pierre el de Saint-Elienne, et là sans doute il avoit connu une autre jeune dame du même rang, abbesse d'un des monastères de la frontière (elle ne nous est pas autrement connue) , qui, charmée de l'esprit du bonhomme, lui avoit fait promettre une prochaine visite. L'impatiente abbesse se plaignit qu'on la fît attendre Mais la guerre duroit encore : les Espagnols tenoient le pays, La Fontaine y puisa son excuse : il rappelle à la belle abbesse la mésaventure alors récente de Girardin, enlevé par l'ennemi et mis à rançon :
CXXIV BIALCROIX.
Les Rosecroix, gens sans conscience, Meprendroienl aussi bien que lui, Vous allant conter mon ennui.
J'aurois beau dire à \oix soumise :
Messieurs, cherchez meilleure prise, Phébus n'a point de nourriçon Qui soit homme à haute rançon ; Je suis un homme de Champagne, Qui n'en veut point au roi d'Espagne; Cupidon seul me fait marcher !
Enfin, j'aurois beau les prêcher, Montai ne se soucîroit guère De Cupidon ni de sa mère :
Pour cet homme en fer tout confit.
Passeport d'amour ne suffît...
Nous ne voyons pas que l'échec de Montai el la paix de 1639 aient ranimé entre La Fontaine et la jeune abbesse cette liaison à peine ébauchée. Des émotions d'un autre genre altendoient la sensibilité du poêle, dont, on le sait d'ailleurs, la constance n'étoit point le grand défaut.
ARGUMENT.— Maucroix prieur de Cressy.— La Fontaine le rappelle au souvenir de Pellisson, et celui-ci le recommande à Fouquet.— Dernières années de Mazarin.— Sa rupture avec la cour de Rome.— A sa nioi-t Fouquet propose au roi un rapprochement avec le Saint-Père. — Mission de Jlaucroix à Rome. — Circonstances et particularités. — Fête de Vaux. — Lettres de La Fontaine et de Pellisson.— Disgrâce de Fouquet.— Maucroix, rappelé, comparoît devant la chambre de justice. — Condamnation de Fouquet.— Pellisson à la Bastille.— Retour de Maucroix à Reims.
^d r^<^^ ^' ^ ^^"^ points de la vie de Maucroix P5i5^siir lesquels se taisent les biographes, et ^£^ dont il faut bien que je dise quelques mots : il s'agit de son prieuré, et surtout de son voyage d'Italie. — On a répété que quelque temps après avoir été nommé chanoine, il obtint un second bénéfice qui lui permit de vivre sans trop de préoccupations de son avenir. Mais nul ne nous dit ce qu'étoit ce bénéfice. Maucroix nous apprend luimême , dans l'extrait que nous avons de ses Mémoires , qu'il possédoit le prieuré de Sainte-Marguerite de Cressy ou Crécy. Mais où étoit situé ce prieuré? Un pouillé du diocèse de Reims en parle
CXXVl MAUCROIX.
comme d'une dépendance de l'abbaye de Belval, en Argonne. Quant à son importance, son revenu, sa situation précise, c'est ce que rien ne nous apprend. Je me trompe : par un manuscrit de la Bibliothèque impériale i, nous voyons qu'en 1641 , lors de la répartition générale de l'impôt dont fut chargé le clergé de France envers la couronne, le prieuré de Cressy, sis, est-il dit, au doyenné de Cernay en Dormois, fut grevé pour une somme de 300 livres , ce qui ne laisse pas que de faire supposer une certaine importance à ce bénéfice. Mais quand Maucroix en fut-il pourvu? à qui en eut-il l'obligation ? L'historien de l'ordre de Prémontré, dont dépendoit le prieuré de Cressy, dit qu'il avoit été fondé au xiv^ siècle par un personnage de la famille de Grandpré. Depuis longtemps réduit au simple litre de bénéfice, la présentation ou la collation en éloit sans doute restée à la famille de Joyeuse, qui en aura avantagé Maucroix; à moins «|u'on ne suppose qu'il en ait été redevable au surintendant Fouquet, auquel, vers l'époque qui nous occupe, il fut présenté par PelUsson.
En effet, La Fontaine, de retour à Paris, avoit rappelé chaleureusement son ami au souvenir de celui-ci. Il lui avoit exprimé ses regrets de voir un homme si spirituel et si distingué user ses meilleures années dans l'obscurité de la vie de province. Et ceci m'amène naturellement au voyage
1 Assemblée générale du clergé, Supplément fr. 4740.