SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXIX
de territoire, et à Louis XIV, âgé de moins de vingt- Irois ans , le libre usage d'une autorité désormais sans contrôle. En effet, malgré l'inexpérience qu'on lui supposoit, le jeune roi , dès la première réunion de son conseil, déclaroit à ses ministres l'intention formelle où il étoit d'administrer désormais par lui-même. « Messieurs , leur dit-il , je vous ai fait assembler pour vous déclarer que jusqu'à présent j'ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu M. le cardinal , mais que dorénavant j'entends les gouverner moi-même. Vous m'aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai. »
Le surintentant Fouquet, l'un de ceux qui s'étoient considérés comme l'héritier direct du pouvoir du cardinal, ne douta point, malgré cette déclaration, qu'un jour ou l'autre, fatigué de la tâche qu'il s'imposoit, le jeune monarque ne lui remit le complet fardeau des affaires : Fouquet étoit d'autant plus fondé à raisonner ainsi, que Louis XIV, soit qu'il eût besoin de ses conseils, soit qu'il crût la dissimulation nécessaire, témoignoit de jour en jour plus de confiance dans l'expérience et les lumières du surintendant.
Une des premières préoccupations de Louis XIV fut de ramener la cour de Rome à sa politique, ou du moins à des sentiments plus favorables. Trop de graves intérêts étoient en souffrance par le refroidissement prolongé du Saint-Père. Il s'agissoit cependant de ne pas avoir l'air de faire les premiers pas : il ii'éloil pas de la dignité de donner, dès l'a-
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bord, un désaveu aux actes du cardinal, qui avoit poussé les choses jusqu'à refuser l'ambassadeur d'obédience.
La couronne avoit, à la vérité, des agents dévoués qui, sous le litre de Protecteurs des afi'aires du roi, prenoienl, à l'occasion, la défense des intérêts françois. C'étoient à cette époque le cardinal d'Esté, dont la famille lenoit par plus d'un point à la France, et que le roi avoit fait évêque de Montpellier; puis le cardinal Antoine, archevêque de Reims depuis deux ans, et dont le crédit à Rome avoit suivi la fortune changeante des Barberins. Le cardinal. Italien de cœur, pourvu de nombreux bénéfices et d'une fortune immense, tenoit peu au siège de Reims qu'il auroit, disoit-on, volontiers échangé contre un équivalent. Dans une sphère moins élevée , le cardinal Mazarin avoit encore d'autres agents qui le mettoient au courant des choses de Rome. C'étoient le P. Fr. Duneau, savant jésuite, qu'on avoit vu longtemps professer en France la philosophie, les mathématiques et la théologie, et qui remplissoit à Rome les fonctions de censeur ou de réviseur des livres françois; puis surtout Elpidio de Benedicti , créature et ancien secrétaire intime de Mazarin. Le zèle de ces agents n'étoit point suffisamment assuré. Il y avoit nécessité, à l'aurore d'une nouvelle politique, de le réchauffer par des titres, des gratifications et de nouvelles instructions.
Fouquet, qui visoit à la succession du cardinal , songea donc à s'assurer ou à renouveler cescorrespon-