SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXXI
danls. Il assura le roi qu'Alexandre VII, bien que blessé des procédés du ministre défunt, se rapprocheroit volontiers de la France et qu'il ne s'agissoit que de lui fournir une honnête occasion de retour. « Il nous faudroit sur les lieux, disoit Fouquet, un homme intelligent et d'esprit qui sût s'insinuer dans l'esprit des cardinaux les plus influents. Cet homme devroit paroître à Rome sans affecter aucune mission, mais avec assez de crédit près des ministres de Sa Sainteté pour qu'on pût ajouter créance à ce qu'il diroit de la France et des dispositions du roi. » Il serabloit au surintendant qu'un homme avec la qualité d'envoyé du roi ne pouvoit convenir à cette négociation. Un pareil titre, quand la cour de Rome attendoit encore l'ambassadeur d'obédience, n'eût paru qu'une nouvelle injure. « On avoit la preuve de ceci, dit Fouquet, dans l'accueil peu gracieux fait à M. Colbert, quand il plut au cardinal de l'envoyer en cette qualité. D'ailleurs un envoyé ne peut parler qu'avec grande circonspection: on est naturellement en garde contre lui ; on pèse chacune de ses paroles ; le cérémonial des audiences et des entrevues s'oppose à toute familiarité; au lieu qu'un particulier qui s'est fait des habitudes personnelles se mêle aux conférences, prend sur lui de donner des conseils; il loue et blâme à volonté; il fait des propositions sans exiger des réponses précises; il passe rapidement, et comme sans dessein, sur ce qu'il veut; il avance et recule suivant les circonstances, se rétracte s'il a fait quelque faux pas, et fait des excuses sur ce que ses conseils