‹ Œuvres diversesChapitre 78 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXXIX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXXIX

Maucroix obéit et comparut. Malheureusement l'inlerrogatoire qu'il subit et ses réponses aux juges de Fouquet ont disparu avec la pluplart des pièces de ce mémorable procès. L'opinion publique, d'abord liostile au surintendant, s'est depuis tournée contre ses accusateurs. L'iniquité de cerlaines mesures, la violence de ses ennemis^ la rigueur de la persécution, et, plus que tout cela, le mystère dont on crut devoir user dans cette affaire, ont fait supposer chez les commissaires plus de haine que de justice. Et si l'on jugeoit de tous les chefs d'accusation par celui dont la mission de Maucroix fut le prétexte, il faudroit en conclure que l'opinion publique ne s'est point égarée en se prononçant comme elle l'a fait après la condamnation. On croira difficilement , en effet , que la haine des adversaires du surintendant et l'ardeur officieuse de M^L les gens du roi aient pu trouver dans la mission de Maucroix la matière dlme accusation capitale !

On fit un crime à Fouquet des intrigues qu'il entrelenoit dedans et dehors le royaume, et à l'appui de cette accusation on produisit, entre autres pièces, l'instruction dressée par Pelîisson et apostiilée de la main même du surintendant.

« Ce mémoire , disoit M. le commissaire, contient des instructions de toutes les adresses (ruses) qu'on se peut imaginer pour découvrir les secrets et pour se procurer des personnes et des créatures par des présents, par des intrigues et par d'autres voies toutes indiscrètes et illégitimes, et qui n'ont

CXL MACCROIX.

pas eu pour but le service du roi, mais les inlérêls particuliers de l'accusé : il recommande singulièrement de tenir toutes ces négociations secrètes, jusque-là même qu'il a fait changer de nom à celui qu'il envoie; il lui ordonne partout de dissimuler la vérité, et il lui marque des adresses, des noms et des endroits pour faire tenir les lettres, de sorte que la voie n'en pût être connue; ce qu'il eût été inutile d'affecter si l'accusé eût procédé de bonne foi et s'il eût exécuté les ordres du roi. »

MM. les gens du roi tirèrent bien d'autres inductions capitales de cette pièce émanée de Pellisson. Maucroix, je le répète, comparut sur la sellette, et eut à répondre à tous les points, à toutes les arguties, comme à toutes les insidieuses questions qui lui furent adressées. Il semble que le roi Louis XIV, auquel Fouqiiet avoit communiqué les dépêches de Maucroix, eût pu vider ce différend d'un seul mol, puisqu'il avoit consenti , désiré la mission de Maucroix; mais la dignité royale ne permettoit point même au principal accusé d'invoquer un pareil témoignage : tout se passoit entre le prévenu , les témoins et la cour, dans les salles sombres et étroites de l'Arsenal ou des casemates de Vincennes. Mais si nous ne savons quelles furent les réponses et la défense de Maucroix, Fouquet, dans ses factums, a donné une assez large place à cette partie de l'accusation pour justifier en ce point surtout ce que madame de Sévigné dit de sa mâle et généreuse éloquence.

« Il faut répondre premièrement au discours

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