‹ Œuvres diversesChapitre 77 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXXV · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXXV

Maiicroix arriva en Ilalie sous le nom un peu ambitieux d'abbé de Cressy. On sait maintenant que ce n'étoit pas là un faux nom, comme l'ont depuis écrit les ennemis de Fouquet , mais tout au plus un titre un peu surfait , puisqu'il étoit , sinon abbé, tout du moins prieur de Cressy.

En dehors de la correspondance qu'il |entrelint avec Pellisson , des lettres qu'il écrivit au surintendant et dont celui-ci donnoit lecture au roi, correspondance et lettres dont il m'a été impossible de rien retrouver, nous ne voyons dans le recueil des œuvres de Maucroix que deux allusions à ce mémorable voyage. L'une est contenue dans la xii« des lettres de notre recueil ; elle est à l'adresse de mademoiselle P. P. (Papette Pinguis), qu'il a déjà entretenue de son procès. « Avouez la vérité. Mademoiselle : qui vous eût dit, il y a trois mois, que j'élois homme à faire quatre cents lieues en poste, vous eussiez eu de la peine à le croire î Cependant il est vrai que j'ai fait cet épouvantable voyage. Je ne vous dis rien des peines qu'il m'a causées, car il me souvient qu'autrefois j'en ai souffert de bien pires dont vous ne vous êtes guère souciée. Tant y a que j'ai passé des rivières à la nage et que j'ai galopé sur le bord des précipices. » — Du reste aucun détail, aucun renseignement sur Toccasion et les circonstances de ce voyage. « Si vous avez, ajoute-t-il, quelque curiosité de savoir ce que je fais, je vous dirai que je passe un peu plus mal mon temps que je ne faisois quand je le passois fort mai à Paris. »

CXXXVl MAUCROIX.

Mais La Fontaine et Pellisson s'y étoient prrs un peu tard pour tirer Maucroix de robscurilé et pour lui ménager la bienveillance du surintendant. Fouquet, dont on connoit l'ambitieuse devise, Quà non ascendam"^ étoit arrivé au terme de sa fortune. Tandis que, fasciné de sa propre grandeur, malgré les avis de Pellisson et de quelques amis , Fimprudent ministre continuoit ses profusions de tout genre , Colbert , dans son implacal)le haine, dressoit en silence le terrible réquisitoire devant lequel devoit tomber le fastueux surintendant. Cependant le roi', éclairé sur les gaspillages de ses finances, acceptoit cette mémorable fête de Vaux, dans laquelle Fouquet alloit oser ses derniers et téméraires défis. On sait les splendeurs qui y furent déployées: Pellisson, le grand ordonnateur, La Fontaine, le poète delà maison, prirent le soin d'en informer Fabbé de Cressy.

Pellisson, avec une sorte de procès-verbal de la journée , envoya le prologue qu'il avoit composé pour la comédie des Fâcheux. Imprévoyant de la foudre qui déjà menaçoit son maitre, il célèbre ce jeune roi précisément dans les vertus qui vont devenir si fatales au surintendant .

Jeune, victorieux, sage, vaillant, auguste; Aussi doux que sévère, aussi puissant que juste; Régler et ses Etals et ses propres désirs. Joindre aux nobles travaux les plus nobles plaisirs ; En ses justes projets jamais ne se méprendre, Agir incessamment, tout voir et lout^enlendre. Qui peut cela, peut tout !...

SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXXVIl

La Fontaine se fait aussi l'historiographe poétique de cette fêle. Sa lettre, que nous réimprimons avec celles de Maucroix, est un document précieux. Jusqu'à ce jour nul ne s'étoit avisé de rechercher l'intérêt du chanoine à connoîlre les détails de cette journée. La lettre de La Fontaine sembloit écrite pour tenir la société rémoise au courant des nouveautés du jour. On sait maintenant où se Irouvoit Maucroix à la date de celte épitre , et l'on comprend qu'en sa qualité de chargé d'affaires, il éloit utile qu'il fût informé de tout, pour mieux ff\ire valoir à Rome et le haut crédit, et les inépuisables richesses du surintendant. Le poëte, dans ce récit, décrit toutes les merveilles que l'art de Le Nôtre et de Lebrun, la fécondité de Torelli et de Vatel même, qu'il ne faut pas oublier ici, ont pu imaginer de plus exquis. Il y juge le grand peintre à son apogée, et le grand comique à son début, comme la postérité Ta fait plus lard. On aime, à propos de la comédie des Fâcheux, entendre La Fontaine, faisant allusion aux causeries de Reims, rappeler le jugement qu'ils avoient porté de notre grand comique :

C'est un ouvrage de Molière :

Cet écrivain, par sa manière, Charme à présent toute la cour; De la façon que son nom court, Il doit être par delà Rome.

J'en suis ravi, car c'est mon homme!

Te souvienl-il bien qu'autrefois Nous avons conclu, d'une voix,

CXXXVIIl MAUCROIX.

Qu'il alloit ramener en France Le bon goût et l'art de Ttrence !

Plante n'est plus qu'un plat bouffon.

Puis après avoir glorifié le surintendant, que la Renommée aux cent bouches ne louera jamais assez, La Fontaine fait une dernière allusion au pays qu'habite en ce moment Maucroix : « Adieu, lui dit-il, charge la mémoire de toutes les belles choses que tu verras au lieu où tu es. »

On sait quel fut pour Fouquet le lendemain de celte fête si royale ; le déshonneur, la ruine et une détention perpétuelle , voilà ce qui atlendoit le malheureux ministre. Louis XIV, d'abord décidé à le faire saisir au milieu des splendeurs accusatrices de Vaux, avoit, sur les instances de la reine-mère, différé de quelques jours l'ordre fatal. Fouquel, suffisamment informé du péril par des révélations amies, eût pu tenter la fuile ; Belle-I->Ie lui ouvroit ses portes. Mais Fouquet se sentoit épié. Les mailles du piège qu'avoit ourdi contre lui Colbert l'étreignoient de toutes parts. Il faut lire dans M. Walckenaer le récit de cette poignanle tragédie.

Quant à Maucroix, il put apprendre en même temps et le triomphe et la chute de celui dont il tenoitses pouvoirs, et celte disgrâce, qui alloit entraîner celle de son ami Pellisson, faillit être également fatale au malencontreux diplomate. Ordre fut transmis à l'abbé de Cressy de cesser ses fonctions et de comparoitre devant la commission établie pour juger le surintendant, afin d'y confesser les motifs réels et cachés de son voyage à Rome.

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