Voyez Dümiciien, Hist. Inschr., pl
2. Voir la traduction de ce document, p. [387-389], ci-devant.
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première page du Papyrus. Mais au commencement de la deuxième se trouve exprimée très nettement la condition que, seul, le culte d’Ammon-Ra, roi des dieux1, serait excepté de la proscription du culte de tous les dieux du pays. Une semblable condition ne saurait en aucune manière concerner le chef égyptien; tandis que de la part, du roi pasteur elle formait une concession importante sur l’exclusion absolue, mentionnée plus haut par le texte, de tous les dieux adorés par les Egyptiens.
Il s’agit donc bien d’une offre que fait Apapi au chef du Midi, pour obtenir quelques avantages en retour, sur lesquels le Papyrus ne nous a malheureusement conservé aucun renseignement. L’arrangement du texte se prête à merveille à cette explication, car le paragraphe qui suit énonce clairement le fait de l’envoi du messager chargé de porter au chef du Midi la communication délibérée par les scribes savants.
L’envoyé du Pasteur est reçu par Sckenen-Ra avec une grande méliance. Ce prince l’interroge avec sévérité, et en apprenant qu’il s’agit d’un message d’ Apapi apporté en grande hâte, il reste comme fasciné de colère et de stupéfaction2; un instant il demeure sans voix; puis, rentrant en lui-même, il continue à interroger l’envoyé. Le texte, entrecoupé de vastes lacunes, ne nous laisse deviner ni la nature des communications faites par le messager du roi pasteur, ni celle des réponses de Sekenen-Ra. Je distingue seulement que l’envoyé fut traité humainement, puis renvoyé avec une réponse évasive, le prince égyptien ayant voulu prendre son temps et conférer avec son conseil.
Le messager reparti, Sekenen-Ra rassemble ses généraux,
1. Ammon-Ra était la grande divinité de Thèbes, métropole de la Haute Égypte, ou du pays méridional, que gouvernait Sekenen-Ra.
2. Ce détail est de la plus grande certitude; l’expression égyptienne est cto*.. Je l'ai expliquée maintes fois.
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ses officiers et ses guides habiles, et leur rend compte de tout ce qu’Apapi lui a fait proposer.
A cette révélation, tous ces personnages sont saisis du même sentiment de stupeur ; ils restent bouche close et ne peuvent articuler un seul mot de réponse1.
La haine patriotique contre les Pasteurs est bien caractérisée par cette circonstance que Sekenen-Ra, aussi bien que ses conseillers, furent comme paralysés en écoutant le message d’Apapi. On comprend que le sentiment national est fortement excité, et que si la guerre n’est pas encore commencée, elle ne saurait tarder à naître. Le Papyrus nous révèle d’ailleurs une circonstance très remarquable et très significative, c’est que, seul, le roi pasteur possède un conseil de scribes savants ; les conseillers du chef égyptien sont tous des chefs militaires.
Nul doute que le chef du Midi ne fût alors prêt a prendre l'offensive ; la signification de son prénom royal (Soleil belliqueux) prouve d’ailleurs qu’il s’est signalé dans les combats. Mais si l’on persistait à le confondre avec Sekenen-Ra Ta-aa-Ken, le prédécesseur du vainqueur d’Avaris, il faudrait renoncer à placer de son temps le commencement de la guerre de l’indépendance, car on ne trouverait pas de place pour la longue durée que Manéthon donne à la guerre.
Il faudrait supposer alors que le fait relaté par le Papyrus Sallier I tombe dans un intervalle de trêve, mais, dans ce cas même, i! resterait une sérieuse difficulté, car les Pasteurs sont encore représentés comme maîtres du pays, la royauté légitime comme n’existant pas, et le domaine des chefs nationaux comme limité à la possession du pays du Sud. Si la guerre est commencée, elle n’a encore obtenu aucun résultat.
1. Le récit du papyrus ne va pas plus loin. On y voit seulement qu’Apapi envoya de nouveau, pour obtenir la réponse qui avait été différée.
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Mais tout embarras disparaît, et la donnée manéthonienne s’accorde bien avec les monuments originaux, si l’on tient compte du renseignement précieux, que nous fournit le Papyrus Abbott. Ce document nous fait connaître deux autres personnages ayant porté le prénom de Sekenen- Ra avec des noms distincts.
Voici la traduction littérale des mentions qui nous intéressent1 :
« Tombeau du roi Sekenen-Ra, vie-santé-force, fils du » Soleil, Ta-aa, vie-santé-force; examiné ce jour-là par les » architectes, il fut trouvé intact.
» Tombeau du roi Sekenen-Ra, vie-santé-force, fils du » Soleil, Ta-aa-aa, vie-santé-force, étant le deuxième roi » Ta-aa2. Examiné ce jour-là par les architectes, il fut » trouvé intact. »
Le cartouche-nom de Sekenen-Ra, sous qui servit le capitaine de marins Àhmès, dill'ére de ceux du Papyrus Abbott. Or, une erreur n’est pas supposable, car le nom de Ta-aa-Ken est donné par plusieurs documents. Il n’a pas pu être abrégé sur la tombe du prince (pii l’a porté. On sait (pie le Papyrus Abbott, qui a été écrit sous la XIXe dynastie, est un rapport officiel sur l’état de diverses sépultures, entre autres de dix tombes royales, dont les occupants sont désignés avec beaucoup de soin et d’exactitude par leurs noms et prénoms royaux. Ces dix pharaons ne forment pas un groupe dans l’ordre chronologique; tout au contraire, la XIe dynastie y est représentée aussi bien que la XVIIIe. Nous
1 . Papgrus Abbott , pl. 3, 1. 8 à 11. Voyez, sur ce document, S. Bircb, Reçue archéologique , 1859 [; cf. la traduction française du mémoire de Bircli par Chabas, au t. I, p. 275-305, de ces Œuvres diverses].
2. Cette explication du texte a été justifiée par moi dans un travail spécial, qui n’a pas été publié; les principaux résultats en sont exposés dans un article de mon savant ami, M. Goodwin (Zeitschr. für ag. Spr ., 1807, p. 47), avec qui je suis heureux de me rencontrer en cette circonstance.
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n’avons donc aucune raison plausible de chercher le tombeau de Ta-aa-Ken parmi ceux qui furent visités, d’autant plus que le papyrus ne relate que la visite faite pendant la journée du 20 de Thoth. Si donc l’hypogée de Ta-aa-Ken a fait partie du même groupe de monuments que ceux de ses deux homonymes, ce que rien ne prouve d’ailleurs, il a pu être soumis à un examen fait un jour différent. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que nous ne trouvons pas ici notre Taaa-Ken; nous devons tenir également pour assuré que, de même que Ta-aa-aa est un personnage distinct du premier Ta-aa, et se trouvait désigné par les Egyptiens eux-mêmes comme étant le deuxième Ta-aa, il y a eu un troisième roi Ta-aa, dont le nom se distinguait par l’addition de la syllabe Ken (victorieux, belliqueux); mais dont le prénom est resté le même que celui de ses deux prédécesseurs.
En traduisant ces noms pour mieux nous faire comprendre, nous avons la liste suivante :