‹ Œuvres diversesChapitre 224 sur 273 · Lettre à M. Mariette , etc. ; loc. laud · texte numérisé non relu

Lettre à M. Mariette , etc. ; loc. laud

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progressivement et finalement leur échapper sous les efforts des chefs nationaux.

Relativement aux princes égyptiens de cette époque de domination étrangère, nous ne connaissons aussi que le nom du contemporain d’Apapi ; c’était, comme nous l’apprend le Papyrus Sallier I, un Sekenen-Ra dont les prédécesseurs ne sont clairement indiqués nulle part. Mais nous savons très positivement qu’Ahmès a succédé à un prince de ce nom.

Je crois qu’il est possible de jeter quelque lumière sur ce point de l’histoire égyptienne, au moyen de l’analyse des documents que nous possédons. Un premier fait important à considérer, c’est que le Papyrus Sallier I ne nous présente pas le pasteur Apapi comme faisant la guerre au chef égyptien du Midi. Bien au contraire, nous le voyons occupé à organiser le culte parmi ses sujets et à construire un temple magnifique, c’est-à-dire engagé dans des entreprises qui indiquent un état de tranquillité intérieure et de paix avec l’extérieur.

Avant lui, les Pasteurs avaient sans aucun doute adouci leurs mœurs et policé leur organisation, grâce au contact prolongé de la race égyptienne. Cependant ils s’en étaient tenus jusque-là au culte qu’ils avaient rapporté de leur patrie; peut-être même, grossiers et incultes comme Manéthon nous les représente, n’avaient-ils eu antérieurement aucune notion religieuse. Apapi tenta une réforme importante : il trouva dans le panthéon égyptien un dieu personnifiant en quelque sorte la prédominance du Nord sur le Sud ; c’était l’adversaire et le meurtrier d’Osiris, dieu national des Égyptiens, ce Set, dont M. Mariette a retrouvé le culte établi à Memphis dès la Ve dynastie1 . Apapi se fit un dieu de ce type, qui seul présentait certains caractères hostiles

1 . Lettre à M. le vicomte de Rouge, Revue archéologique, 2e série, t. Y, p. 303.

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à la race égyptienne. Le Papyrus se sert expressément du mot faire (ipi-nq); mais il donne au nom de Set la forme allongée Sutekh, dans laquelle je ne saurais reconnaître l'indication d’un dieu spécial des Pasteurs ni d’aucun autre peuple asiatique. Quelle que soit la forme du nom, il est bien certain qu’il s’agit toujours du très vaillant fils de la déesse Noa. L’addition de l'aspiration forte à la fin d’un mot égyptien forme un augmentatif, comme- c’est le cas dans Sebekh-t, pylône, augmentatif de Seb, porte'. Du reste, les Egyptiens paraissent s’être complus à voiler sous de légères altérations le nom d’un dieu qui éveillait en eux des sentiments fort contradictoires, et auquel ils rendaient un culte, tout en le considérant comme présidant à la destruction et aux calamités de tout genre.

Dans tous les cas, et c’est là un fait important à noter, Apapi 11e continue pas à adorer son dieu national ; il se fait un dieu de Set. C’est encore l’Egypte qui fournit aux Pasteurs l’élément religieux, comme elle leur avait fourni celui dé la culture intellectuelle. La circonstance que le dieu Set (sous la forme Sutekh) s’est plus tard trouvé associé à Astarté, dans la religion des Ixhétas, ne démontre pas davantage l’origine asiatique de ce dieu5. Bien qu’il soit possible que les Egyptiens aient fait quelques emprunts aux mythologies de l'Asie et de l’Arabie, tel assurément n’est pas le cas, en ce qui concerne le prétendu dieu Sutekh. J’hésite même à reconnaître le Baal syrien dans le Bar ou Bal des hiéroglyphes, dieu du massacre et de la terreur, comme Set et Noubi. Malgré l’exactitude de la transcription, il faut tenir compte d'un fait significatif, c’est que le mot Bar sert à nommer en égyptien un animal sauvage habitant les régions montagneuses, celui précisé-

1. Voir ma dissertation sur ce sujet, Voyage, p. 344; Mélanges èggptologiques , 2e série, p. 188.

2. Les Égyptiens ont possédé des établissements en Syrie et en Phénicie avant l’époque du traité entre les Khétas et Ramsès II.

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ment dont la figure sert de déterminatif aux noms de Set, de Sutekh, de Bar, et d’un grand nombre d’expressions signifiant cruauté, fléau, fureur' , etc. Il n’est donc nullement nécessaire d’aller chercher en Asie l’origine du dieu Bar de l’Égypte. On doit tout au moins convenir que, s’ils ont réellement adopté sous ce type le Baal ou Bel des races syro-phéniciennes, les Égyptiens ne se sont guère préoccupés de lui conserver le rôle de seigneur suprême que lui attribuent l’histoire aussi bien que la signification spéciale de ce nom.

Le Papyrus Sallier 11 2 nous montre donc qu’Apapi s’est cherché un dieu dans le ciel des Égyptiens, et qu’il a précisément choisi le rival d’Horus, c’est-à-dire du pasteur du troupeau de Kémi. Ce choix témoigne d’une connaissance exacte de la mythologie égyptienne, telle au surplus que la possédaient assurément les savants grammates formant le conseil du monarque pasteur.

En même temps qu’Apapi adopte Set pour son dieu, il songe à lui élever, à la manière des Égyptiens, un temple d’où seraient exclus tous les autres dieux du pays. Set devait y recevoir un culte de cérémonies et de sacrifices à l’instar de ce qui se passait dans les temples des dieux égyptiens.

Il semble, sans cependant qu’on puisse l’affirmer en toute certitude, que c’est à l’occasion de la construction de ce temple qu’Apapi eut à adresser un message au chef du Midi. La lacune qui se trouve dans le texte laissera ce point douteux aussi longtemps qu’une trouvaille heureuse ne viendra pas nous restituer le texte perdu.

Quoi qu’il en soit, la teneur du message fut délibérée par les scribes savants du roi pasteur. Tout ce qui est relatif à ce sujet important a disparu avec la partie inférieure de la

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