‹ Œuvres diversesChapitre 245 sur 273 · CONSERVÉ AU MUSÉE DE TURIN · texte numérisé non relu

CONSERVÉ AU MUSÉE DE TURIN

Monsieur et cher confrère,

Il n’est plus guère permis d’élever des plaintes contre l’insuffisance des textes égyptiens livrés à l’étude, les publications utiles se sont tellement multipliées depuis peu que les égyptologues sont débordés : la tâche qui leur échoit exige de longs travaux et ne sera pas accomplie avant plusieurs années. Cette surabondance de richesses portera certainement des fruits abondants, mais elle ne permettra peutêtre pas que prompte et complète justice soit rendue aux savants pleins de zèle qui ont entrepris et mené à bonne fin ces publications à la fois difficiles et dispendieuses. Ils trouveront leur plus grande récompense dans la certitude qu’ils ont de contribuer puissamment aux progrès de notre belle science, qui marche actuellement à pas rapides, et s’im-

1. Cette lettre est extraite de l’ouvrage de J. Lieblein, Deux Papyrus de Turin, publiés en fac-similé , qui a paru dans les Forhandlinr/cr i Vidcnsltabs-SelslMbet i Christiania, Aar 1868, Christiania, 1869,

LETTRE A M. J. LIEBLEIN

plante avec autorité dans tous les pays de culture intellectuelle.

La péninsule Scandinave ne pouvait demeurer en arrière; par la création d’une chaire spéciale à l’Université de Christiania1, elle a donné satisfaction à une nécessité reconnue de notre époque, et cette création a été saluée avec acclamations par l’école de Champollion, qui n’a point oublié qu’elle vous est redevable d’estimables recherches historiques et du premier fac-similé du Papyrus judiciaire de Turin.

Vous voulez bien me consulter sur le contenu d’un autre papyrus que vous vous proposez de publier, et dont vous m’avez adressé un calque fait avec soin. Je m’empresse de satisfaire à vos désirs.

Ainsi que vous l’avez fort bien vu, ce papyrus est une pièce de comptabilité, une espèce de journal dont le commencement et la lin ne nous sont pas parvenus, à moins qu’ils ne se cachent encore dans d’autres musées ou d’autres collections particulières.

Les quatre pages, que possède le Musée de Turin et dont vous avez pris copie, commencent avec la date du 24 de Méchir d’un règne que nous pouvons croire être celui de Ramsès Nefer-ka-Ra-Sotep-en-Ra (le Ramsès IX de M. Lepsius), ou de son prédécesseur immédiat; elles finissent à la date du 10 Epiphi, et comprennent ainsi un intervalle de quatre mois et seize jours; mais les grandes lacunes qui existent dans la première et dans la deuxième page nous privent des notes d’un certain nombre de journées.

L’écriture de ce manuscrit appartient manifestement au type de l’époque des Ramessides; bien qu'elle soit négligée et qu’un certain nombre de mots ne puissent être déchiffrés que, grâce aux comparaisons facilitées par leur répétition

! . Je crois devoir faire observer qu'il n’a pas été positivement créé de chaire d’égyptologie à l’Université de Christiania, mais que je suis chargé d’y faire des cours sur cette science. — J. Lieblein.

LETTRE A M. J. LIEBLEIN

fréquente, ce papyrus est encore le mieux écrit de tous ceux du même ordre qui me sont connus. Ceux du Musée de Leyde, qu'a publiés M. le Dr Leemans1, présentent des difficultés beaucoup plus grandes. Les Papyrus Rollin, récemment édités par M. W. Pleyte'2, paraissent, au contraire, être d’une écriture bien plus distincte et plus soignée, mais leur savant éditeur nous avertit, dans sa préface, que ses planches ne sont pas des fac-similés.

L’attribution que je fais du type graphique à l’époque des Ramessides est d’ailleurs corroborée par trois mentions contenues dans le manuscrit. La première (pl. II, 1. 8), donne à l’un des personnages qui interviennent dans les distributions de vivres énumérées, le titre de Scribe de Ousor-mai- Ra-Sotep-en-Ammon. C’est le Ramsès VII des listes de M. Lepsius3. Cette désignation indique très probablement que le scribe était alors au service de ce pharaon; cependant il pourrait se faire aussi que le nom rappelât simplement le monarque qui lui avait conféré le brevet de scribe. Cette deuxième hypothèse, beaucoup moins vraisemblable que la première, n’apporte du reste qu’une modification sans importance quant à la date approximative que nous recherchons.

Elle serait au surplus contredite par la deuxième mention (pl. II, 1. 26), si toutefois j’ai réussi à la déchiffrer correctement; j’y lis, à la date du 26 de Pachons : Chômage ; jours de Ousor-mai-Ra-Sotep-en-Ammon ; trois jours royaux, et je comprends que, pendant trois jours après le 26 de Pachons, les ouvriers furent dispensés de travail à l’occasion des jours royaux. La note du 27 a été emportée dans une lacune; mais au 28, il n’y avait eu qu’une distribution

1. Monuments égyptiens du Musée d’ Antiquités de Leyde ; Papyrus hiératiques I. 350; I. 351, pl. 164 à 168.

2. Les Papyrus Rollin de la Bibliothèque Impériale de Paris, publiés et commentés par W. Pleyte.

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