LA PIERRE DE ROSETTE
l’inscription hiéroglyphique de rosette 169
Grec correspondant aux hiéroglyphes
Kaï xà ’Atueiov Epyotç TioXuxeXsixiv zaxEa/EÙa uev, y opriyiqffaç e’.ç aùxà ^pu<r£ou xe z(al àpyop£)ou, zal X£0wv itoXbteXtüV, uX^Goç où/. ôXtyov. Kal tspà, xal vaoùç /a! poo ;js.ooc tSpùaaxo
’AvG' wv OEOti/aatv aùxiji ot ôsol ôyiEiav, v i/or]v, xpaxoç, /al xaXX’ àya0(à xrâvxa,) xî)ç j3a<TiXs?aç ôtajaevoùariç aùxG /a? xoïç xÉ/voiç e’iç xàv à'rcavxa j^povov.
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"Eqo^ev xoïç IspEÙtTt xiï)V /.axa xrjv ^cipav ’sowv irâvxwv, . , ,
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. . . Kal xà) xmv 0EÔ3V ’A8£X<pwv, /al xà xcov 0£Ïov Swxr^pwv STraùijeiv {jl£yaXuK. Exîjaat, os xoù alwvoëtou (3aatXÉux; IIxolEpiatou, 6eoù ’Eiucpavoùç, Eù^aptaxoo el/ôva ev s/dtaxtij tepÇj, ev xO ÈTttcpa(vEffxax(p XOTCtp) ^ TipOffOvo[aaij0rj<T£xai IIxoX£p.a£oi> xoù èxxa {jl’j vavxoç x-?i Alyurntp1 tj irapeux^exai
Traduction des hiéroglyphes
. . . or, argent, pierreries nombreuses et toutes choses en abondance au temple de sa résidence d’Hapi vivant; et S. M.
l’a orné d’ouvrages exécutés à neuf, beaux en véritable perfection. Il a magnifié Hapi vivant, en ce qu’il a fondé des temples, des naos, des autels .
(5) En récompense de cela, les dieux et les déesses lui ont donné victoire, santé, vie-santéincolumité, et toute chose bonne en abondance; que sa fonction souveraine demeure stable pour lui et ses enfants éternellement.
A l’heureux événement !
Il est entré au cœur des prêtres de tous les temples de l’Égypte
(6) . . . [d' accroître les honneurs) à eux rendus, et quant aux dieux Soters, le culte institué pour eux; qu’on élève une statue du roi Ptolémée vivant éternellement, aimé de Phtah, dieu Épiphane, seigneur des bienfaits, appelée de son nom : Ptolémée, sauveur de l’Égypte ; cela représentera Ptolémée victorieux...
170 l’inscription hiéroglyphique de rosette
Traduction du texte r/rcc
(40) Que les prêtres fassent trois fois par jour le service religieux auprès des images et leur mettent l’ornement sacré, et exécutent les autres cérémonies prescrites, comme pour les autres dieux, dans les fêtes et dans les panégyries.
(41) Qu’ils élèvent au roi Ptolémée, dieu Epiphane, Kucliariste, né du roi Ptolémée et de la reine Arsinoé, dieux Philopators, une statue et un édicule d’or, dans chacun des temples; (42) qu’ils les placent dans les sanctuaires avec les autres édicules; et que, lors des grandes panégyries, où se fait la sortie des édicules, celui du dieu Epiphane, Eucliariste, sorte (43) en même temps. Afin que son édicule soit distingué des autres, maintenant et dans la suite des temps;
(43) Qu’il soit surmonté des dix coiffures d’or du roi, devant lesquelles sera placé un aspic, comme à toutes les coiffures (44) aspidoïdes, sur les autres édicules ; qu’au milieu d’elles on mette la coiffure appelée Pschent, dont le roi s’était couvert lorsqu’il est entré dans le temple de Memphis, pour y (45) accomplir les cérémonies prescrites dans la prise
l’inscription hiéroglyphique de rosette 171
Grec correspondant aux hiéroglyphes
Kaî xoùç IspsTç Ospairs'jstv xàç s’.- ■/.ôva; xpîç x îjç r,[iipaç' xac Trapaxt- Givac aùxaTç cspôv '/.ocmov, xal xaXXa xà vo[JuÇôpi.£va auvxsXsTv, '/.a0a '/.al xolç aXXo'; 0soïç l’v (xe sopxaïç xat iïa)vYiYupe<jiv .
/.al vaôv yp(uaâ sv r/.aaxw xwv) tspwv '/.al '/.aOtSp'jaat sv xoTç àSlxotç |asxà xcov aXXccv vacôv /.a! sv xaTç p-S^aXat; Trav^Y jpsa-'.v sv aï? sçjoosTat xcov vacôv Y'vovxai, '/.al xôv xoù Osoô ’EîucpavO'jç, Eù(y aplaxoo vaôv....
s)£oûS’js'.v otcco^ o' £\j<rr][j.rjç vj vùv xs ■/.a! s’.ç xôv sirsixa ypôvov .
siu'/.sTa0ai xcô vaw xàç xoù pacrc- Xicoç ^puaàç PaatXslai; Oî'/.a, aTç Tcpoa/.stdsxai aarrrlç ('/.aOaTcsp '/.al èirl Ttaacôv) xcov àoTTtoostocôv paaxXsicôv, xôv six'. xcov aXXcov vaôv saxat o’ aùxôv sv xto pcsaco f) '/.aXoupiviq paaiXsca 'Ejçsvx, TjV 7xspc0s|ji£voç slffïjX0sv sîç xô sv Ms(Jtcp(si tspôv,
Traduction des hiéroglyphes
(7) (Que les prêtres de) tous
les temples à son nom servent ces statues trois fois par jour et fassent placer l’ornement sacré devant elles ; qu’ils fassent toutes les cérémonies instituées pour elles, comme on fait pour les dieux du pays dans les panégyries des temples, et aux jours d’exode et aux jours éponymes, car la naissance auguste du roi Ptolémée .
un naos auguste en or, garni de toute espèce de pierres précieuses, dans tous les temples à son nom, déposé dans le lieu saint, avec les naos des dieux du pays ; et lorsque, au jour des grandes panégyries, chaque dieu sort de sa chapelle auguste, à son jour, qu’on fasse sortir le naos auguste du dieu Épiphane, seigneur des bienfaits, avec eux. Afin de faire distinguer ce naos, en ce jour et .
(9) ( Quon mette) l’appareil des couronnes sur ce naos, à l’instar des couronnes à aspics qui sont sur les naos; que le Schent. soit au milieu de cela, parce que Sa Majesté brilla par lui dans le temple de Phtah, lorsque lui fut faite la cérémonie
172 l’inscription hiéroglyphique de rosette
Traduction du texte grec
clo possession du trône; qu’on mette sur le tétragone des coiffures, au susdit ornement royal,
(45) des phylactères d’or (sur lesquels on écrira) (46) que c’est celui du roi qui a rendu illustres le Pays haut et le Pays bas; et, puisque le trentième jour de Mésori, dans lequel on célèbre la naissance du roi, et le dix-septième jour de Méclffr, (47) dans lequel il a pris la couronne de son père, (les prêtres) les ont reconnus comme éponymes dans les temples; lesquels jours sont en effet pour tous cause de beaucoup de biens ;
(47) Qu’ils les célèbrent par une fête en son honneur et une panégyrie dans les temples (48) d’Égypte, chaque mois; qu’ils y accomplissent des sacrifices, des libations et toutes les autres choses d'usage, comme dans les autres panégy ri es; les choses à faire (qu’elles soient permises à tous particuliers) présents (49) dans les temples;
l’inscription hiéroglyphique de rosette 173
Grec correspondant aux hiéroglyphes
ottwç sv aù'cw <ruv)xeXea0rj xà vopuÇôjasva T’fi TtapaXrj^et xïjç paaiXeîaçsTUÔsTvat os /.al ItcI xoü itept xàç jBaatXslaç xsxpaywvou, xaxà xo irposipv) pivov paaxXetov .
oxi saxlv xoù paarXswç xoc èmcpavîj Tïotr^avxoc xrjv xs àvw yyipav x al xr,v xàxw.
Kal ItcI xt|V xpiaxaoa xoo Metropr), sv ri xà yevéOXia xoù paaiXeox; àysxat, ôfxoîioç os xal (xrjv xoo Ms^slp STîxaxaiosxàxr)v) sv fi uapéXaêev xï|v (lacnXsîav itapà xoü naxpoç, sirovûp.ouç vsvopdxaatv sv xotç lepoïç, ai ofi TtoXXwv aya0wv àp^yoî Trâaiv slaîv,
àyeiv xàç ï)|aspaç xaôxaç sop-
X/jV .
. A l'y o txx o v
IspoTç, xaxà uyva- xal cruvxeXetv èv aùxoïç Ooffiaç xal cnïovSàç, xal xàXXa xà vopiÇôpeva xa0à xal sv xaüç àXXatç ■7xav7)y6pTr)(Tiv xâç xe yivopévaç ixpo- Os(astç s^etvai xoTî ISitoxan; Tta)pe- ^opivcuç sv xoïç Ispotç-
Traduction des hiéroglyphes
de l’introduction royale au temple, quand elle prit sa fonction souveraine; qu’on place sur le dessus du support qui est derrière ces insignes, au droit de ce Schent .
(10) . disposés de sa droite
à sa gauche; que cela représente le seigneur des diadèmes, qui a illustré la Haute et la Basse- Égypte; puisque le trentième jour de Mésori, jour de la naissance du dieu bon, vivant éternellement, a été établi en fête à exode dans les temples précédemment, et de même le 17e jour de Paophi (Méchir), où il fit la cérémonie de la royale Sortie, en prenant la royauté après son père, ce qui a été en effet l’origine de toute espèce de bienfaits .
(11) que ces jours, le 17 et le 30 de chaque mois, soient célébrés en fête dans tous les temples de l’Égypte; qu’il y ait holocaustes, libations, et qu’on fasse toutes choses qu’il est de règle de faire dans les panégyries, dans ces fêtes, tous les mois ; toutes les choses à faire dans ces fêtes, que chacun les fasse dans les temples;
174 l’inscription hiéroglyphique de rosette
Traduction du texte f/rec
(49) Qu’ils célèbrent une fête et une panégyrie pour le toujours vivant et chéri de Plitali, roi Ptolémée, dieu Épiplume, Euchariste, chaque année, dans les temples du
(50) pays, depuis le premier de Thoth, pendant cinq jours, dans lesquels ils porteront des couronnes, accomplissant les sacrifices et les libations, et tout ce qui convient; que les prêtres de tous les temples de l’Egypte soient appelés prêtres du dieu Épiphane, Euchariste, outre les autres noms des dieux dont ils sont prêtres;
(51) Et qu’ils consignent dans tous les actes (et sur leur sceau le) (52) sacerdoce du roi; qu’il soit permis à tout particulier de célébrer la fête, d’élever l’édicule susdit et de l’avoir chez lui, en accomplissant toutes les cérémonies prescrites dans les fêtes tant mensuelles (53) qu’annuelles.
Afin qu’il soit connu que les Égyptiens élèvent et honorent
l’inscription hiéroglyphique de rosette 175
Grec correspondant aux hiéroglyphes
’Ayeiv cl sopxr,v '/.ai — av^yjp'.v xw alwvoëtu) '/.ai Trçyaitspivtp ôtio xoù <I>0à [îaffiXsï Ilxolspatiu 0sw ’EmtpaveT Eù^apiarip xax’ èvt(a’jxôv sv xotç îepolç xolç xaxà xyjv) jçtipav, aixà xr,ç voujjnrçvtaç xcù 0a>'j0 sep’^pipa; tcÉvts, sv aTç xai ax e cp a v r, cp o p rj cr o c cr t v , <juvxeXcjvxeç 0u<jîaç xai auovoàç xai xàX- Xa xà xaG7,xovxa. HpoiTayop£(ue(T0ai ûl xoOç xaxà xr,v ywoav IspeTç) xai xoO 0soù ’E7acpavo'jç Eù^apiaxcu ispsi'ç Txpo; xoTç àXXotç ovopaaiv xwv Oswv wv ispaxs’JO'ja't,
Kai xaxa^wpîaai siç Ttàvxaç xoùç ^pï)1uaxta-[j.o’jî xai stç xoOç (oaxxu- Xîouç aùxwv xïjv) lepaxsîgy acxcu' s^sTvat cl xai xoT; àXXoïç ISt aixaiç àyecv xrjv EOpxrjv, xai xcv Trpostpï)usvov vaôv ISpuEaOat xai eyeiv uap’ aùxoïç, covxsXoùat .
xax’ svtauxôv.
''Otiiüç yvwpipov ^ otôxt cl sv A’tycTixti) auÇcuat xai xtpüxn. . .
Traduction des hiéroglyphes
roi Ptolémée, vivant éternellement, aimé de Phtah, dieu Épiphane, seigneur des bienfaits, annuellement, commençant au premier de Thoth et durant cinq jours, couronnes en tête, faisant la cérémonie des autels, des libations et toutes les choses qu’il est de règle de faire; que les prêtres des temples, dans les temples à son nom, soient appelés Prophètes du dieu Épiphane, seigneur des bienfaits, en outre des ( autres ) fonctions sacerdotales dans lesquelles ils sont :
(13) (Qu'ils gravent ) la fonction de prêtres du d ieu Épi phane, seigneur des bienfaits, sur l'anneau porté à leur main; aussi, qu’il soit permis aux individus qui le voudront de faire élever pareillement le naos du dieu Épiphane, seigneur des bienfaits, pour qu’il soit dans leur maison; qu’ils fassent ces fêtes et exodes mensuellement et annuellement.
Pour rendre manifeste que les habitants de l’Égypte vénèrent
176 l’inscription hiéroglyphique de ROSETTE
Traduction du texte grec
(53) le dieu Épiphane, Eucliariste, roi, comme il est légal de le faire, que ce décret soit gravé sur une stèle de (54) pierre dure, en caractères sacrés, locaux et grecs, et placé dans chacun des temples des premier, second et troisième ordres, auprès de l’image du roi.
l'inscription hiéroglyphique de rosette 177
Grec correspondant aux hiéroglyphes
(TTSpEOÙ XÎ0OU TOtÇ TE Ispolç X.aî SV- ^wp!otç xxl sXXr)vr/o'ïç yp*I -tp-aatv, •/.ai azr^ai sv exaffTij) twv te irpwtojv y. ai oeuTÉpw(v xat xpîxwv ispwv)
Traduction des hiéroglyphes
qu’on fasse graver ce décret sur une stèle de pierre de taille, en écriture hiéroglyphique, en écriture des livres et en écriture des Grecs, et qu’on la dresse dans les temples, parmi tous les temples à son nom, des premier, deuxième et troisième ordres, auprès de la statue du roi Ptolémée, vivant éternellement, dieu Épiphane, seigneur des bienfaits.
Arrivé à la fin de la tâche que je me suis imposée, je ne puis me dispenser de faire remarquer de nouveau la médiocre importance de l’inscription de Rosette, au point de vue philologique. Dans l’analyse de ce document, le traducteur n’a à vaincre d’autres difficultés que celles qui tiennent à l’état fragmentaire du texte et à l’incorrection de plusieurs groupes, incorrection qui est le plus souvent du fait du lapicide, quoique les copistes aient été quelquefois égarés par l’état fruste de certains signes.
Abstraction faite de ces obstacles matériels, on ne trouve, dans les phrases un peu entières du texte, aucun renseignement grammatical digne d’être noté aujourd’hui, rien qui ne soit connu, rien qui puisse contribuer au progrès.
Pour me déterminer à consacrer quelques mois à la publication d’un travail sur ce texte stérile, il n’a fallu rien moins que la découverte du décret de Canope. Ce nouveau texte, qui se compose de trente-sept lignes d’hiéroglyphes
BIBL. ÉGYPT. , T. XI. 12
178 l’inscription hiéroglyphique de rosette
sans lacunes, traduites par soixante-seize lignes de grec, l’emporte considérablement en intérêt philologique sur celui de Rosette; non pas cependant qu’il s’y rencontre un grand nombre de mots dont le sens n’eût pu être deviné sans l’assistance du grec, ni des constatations de règles grammaticales encore non observées, mais il présente au moins les éléments d’un vocabulaire égypto-grec de quelque étendue. Et quoique ce vocabulaire ne soit pas tel qu’il puisse fournir beaucoup d’indications nouvelles aux égyptologues exercés, quoiqu’il ajoute peu de renseignements à ceux que fournissent soit les vocabulaires que j’ai publiés à la suite clc mes ouvrages analytiques, soit les résultats constatés ailleurs, il présentera néanmoins de très grands avantages pour commencer l’étude.
En elïct, il se présente généralement un phénomène regrettable, c’est que la plupart des adeptes de la science des hiéroglyphes ne s’arment pas suffisamment de courage et de persévérance, et ne consentent pas à s’astreindre au long travail préparatoire indispensable au succès. Il en résulte qu’ils hésitent et s’arrêtent devant les premiers obstacles, faute d’avoir su recueillir d’assez bons instruments pour se faire eux-mêmes pionniers dans le vaste champ de défrichement qui nous est ouvert. Aussi le nombre des travailleurs qui marchent en avant est-il resté beaucoup au-dessous des besoins de la science et de l’immensité de la tâche. Il est bien réel qu’on éprouve au début une singulière impression de ce fait, en apparence singulier et dont chacun de nous a pu faire bien des fois l’expérience en feuilletant les recueils de textes égyptiens, qu'a «côté d’un texte dont toutes les parties se lisent aisément, on en rencontre d’autres sur lesquels il semble que notre science n’ait pas de prise; cependant il n’est rien de plus facilement explicable : cette science est encore incomplète. A mesure que le progrès se réalise, cette impuissance apparente de nos procédés s’évanouit, et de proche en proche, nous marchons â un triomphe assuré
l’inscription hiéroglyphique de rosette 179
sur tous les genres de difficultés. Mais, pour y réussir, il ne faut pas que la confiance s’ébranle; les adeptes modicœ Jldei chancellent aisément et succombent toujours.
Pour ceux-ci, pour tous les savants étrangers à l’égyptologie dont la foi n’est peut-être pas très robuste, le décret de Canope est une révélation saisissante, une démonstration sans réplique, par suite de la brillante confirmation qu’il donne à nos travaux passés. Personne n’a désormais le droit d’abriter son inaction dans le doute et le découragement. Le but à atteindre est aujourd’hui inondé d’une vive lumière, dont l’éclat arrive jusqu’aux yeux les moins exercés, et c’est là un résultat très considérable de l’apparition du nouveau texte égypto-grec.
Au moment où j’écris ces lignes, j’ai sous les yeux la première partie du Mémoire de M. le docteur Lepsius sur cet important document; cette publication remplit de la manière la plus absolue toutes les conditions désirables. Les deux textes y sont reproduits, une première fois dans la grandeur de l’original, et une seconde fois au moyen des types de Berlin pour la partie hiéroglyphique, et en beaux types cursifs grecs pour l’autre partie, avec de bonnes traductions de l’un et l’autre texte. C’est un magnifique livre, qui deviendra le vade-mecum obligé de tous les égyptologues.
En même temps, M. le D1' Brugsch annonce un Dictionnaire , et M. le vicomte de Rongé une Grammaire. Ces deux importants ouvrages épargneront beaucoup de temps et de recherches aux commençants, et offriront à tous les égyptologues d’excellents moyens de comparaison et des références multipliées. Voilà de grandes facilités ouvertes à l’étude, « aspera in vias planas ». Espérons qu’elles auront pour effet d’introduire dans nos rangs une nouvelle légion de travailleurs sérieux.
Ma dissertation sur l’inscription de Rosette n’a pas d’autre prétention que de figurer comme un accessoire et un coin-
180 l’inscription hiéroglyphique de rosette
plément naturel de l’analyse du texte de Canope, que je me dispense d’aborder moi-même. N’ayant eu à signaler nul fait scientifique de quelque importance, puisque le texte n’y donne pas lieu, j’ai voulu au moins exposer de la manière la plus claire et la plus profitable les notions qui s’y trouvent. Ma traduction rectifie et complète dans plusieurs passages celles de mes devanciers. En rapprochant de la version des débris du texte hiéroglyphique les parties correspondantes du texte grec, j’ai cherché à faciliter la comparaison entre les deux textes, dont la concordance est moins littérale que celle des deux versions du décret de Canope. Enfin le vocabulaire par lequel je termine ce mémoire donne la traduction en grec des mots égyptiens qui ont exactement leurs correspondants dans la partie grecque, et la traduction en français de tous les groupes, avec références, dans l’un et l’autre cas, à mes précédents glossaires. J’espère donc que mon travail ne sera pas considéré comme tout à fait superflu. Il dira sans doute le dernier mot sur le monument le plus vénérable de la science égyptologique, sur l’instrument précieux auquel nous devons notre initiation, mais qui ne saurait plus servir aujourd’hui à nos mains exercées, et que nous pouvons à l’avenir nous contenter de visiter avec respect dans les salles du Musée Britannique comme on visite, dans les vitrines du Musée de Chalon-sur-Saône, les instruments imparfaits au moyen desquels Nicéphore Niepce exécuta ses premiers essais d’héliographie.
Chalon-sur-Saône, 1” février 1867.
l’inscription hiéroglyphique de rosette 181