‹ Œuvres diversesChapitre 145 sur 154 · DAUPHINS DE VIENNOIS · texte numérisé non relu

DAUPHINS DE VIENNOIS

APRÈS la mort des Charles Constantin y petitrfils de Bozon , qui a^oit commencé le second royaume de Bourgogne dont le Dauphiné foisoit une partie y les Empereurs qm s'en emparèrent , se trouvant engagés en des guerres continuelles contre les Papes , se confièrent si absolument à la conduite des Gouverneurs qu'ils avoient establis en plusieurs endroits , que leur pouvoir s'estendit à s'en faire souverain. Tels ont esté les comtes de Maurienne, de Provence y d'Albon, de Suze, de Salmoranc, de Forcalquiers, de Valentinois et de Diois, princes d'Orenge et autres.

Le comte de Maurienne, ou de Savoye , usurpa tout le pays do l'Allobrogie où le Viennois estoit compris, et sa domination s'estendoit jusques à la Coste S. André et à Voyron qui n'est qu'à trois lieues de la ville de Grenoble. Le comte de Forcalquierseul l'Âmbrunois et le Gapençois; le comte de Provence , ce que nous appeUons les Baronnies, fust de sa domination; le comte de Suze joignit à son Estât, appelé Suze , le Briançonnois ; le comte d'Âlbon occupoit tout ce qui est aujourd'huy du ressort du bailliage de Saint Marcellin qu'on appela Viennois Valentinois , et le ' comte deSalmorancfustle souverain de seize paroisses. Tous ces pays composent ce que nous appelons ai:gourd'huy Dauphiné. Je feray voir, à la suite, comment nos comtes de Graisivaudan et d'Albon, Dauphins de Viennois, les ont acquis.

342 l'histoire des comtes

Nicolas Ghorier, qui a âonné au public deux volumes de l'histoire de cette Province, a escrit en plusieurs endroits sur des simples conjectures : car il est faux que Guignes» comte, qui parut en la journée de Ravenne ait esté comte de Graisivaudanr, comme je le feray voir en parlant du premier de ces comtes. Ce nom de Guignes et la qualité de comte luy ont donné lieu à cette supposition.

1« Degré.

GUIGUES I, Comte de Graisivaudan.

Après la décadence du dernier royaume de Bourgogne , et mesme de celle de l'Empire qui fust démembré par l'usurpation de petits souverains, comme je viens de remarquer, les prélats ne furent pas moins hardis et s'emparèrent aisément des pays qui composoient leur diocèse; l'évèque de Grenoble en fîist un; et, jusques à Ebbon, ils ne relevoiént que de l'Empire. C'est la raison pour laquelle ils prennent le titre de PHnce. Pendant le siège de cet Ô>bon, qui estoit ehviton l'an 965, les Maures vinrent en ce diocèse et s'emparèrent de tout le Graisivaildan et particulièrement de la vallée, qu'on appeloit la vallée Profonde, et que le roy Louis XII estant en cette proviiice, l'an 1502 , appela le plus heaU jardin de F)ranee , à cause de sa beaUtë et de sa bonté. Ds y demeurèrent jusques eaviron l'an 960 sans qu'aucun évèque osât y venir, car Ebbon ^, Reynier, Isaàc, Acher et Isarne restèrent toûsjouî^ à S. Donnât où l'archevêque de Vienne leur permettoit de faire les fonctions episcopales.

Cet Isarne, plus hardy , estant Danois , appela à son secours plusieurs nobles de son pays avec l'àyde desquels il chassa les Maures.

Ce furent, entr'âutres, Aynard, Alleman, Cono, Artaud et autres qui ont donné le nom à leurs familles qui subsistent encore.

Quelques années avant cette expulsion des Maures, Guigues , qui estoit de quelque considération dans le pays, s'impatronisa parmy eux et voulurent bien luy donner le titre de comte de

Graisivaudan. L*évêque Isame ne s'y estoit pas attendu et il fust estonnê lorsqu'il trouva ce nouveau comte armé pour luy disputer la souveraineté de ce petit pays , qui s'estendoit partie dans î'Allobrogie et partie dans les Voconces , dont la ville de Grenoble estoit le principal lieu. L'absence des évêques, et peut estre le peu de disposition à vouloir estre soubs la domination d'un homme d'église» fit que l'évèque trouva peu de ses suiets à vouloir suivre son party. Il avoit véritablement esté soutenu par eux, et mesme nostre Guignes y avoit paru, mais il n'estoit point connu soubs le titre de comte de Graisivaudan qu'alors qu'il fust question de le disputer à l'évèque. Il y eut quelques combats entre eux, mais le prélat ayant esté le plus faible fit de nécessité vertu et, par un accommodement qu'il fit avec Guignes, il l'admit au pariage de Grenoble et de Graisivaudan.

n en protesta par un acte qu'il fit en présence de plusieurs personnes qui est s^uxsirchives de l'évèché et que Chorier a donné au public en son d^ volume de Testât de cette province.

Voila donc le premier des comtes de Graisivaudan. Chorier a veu l'acte, et on a lieu d'estre surpris qu'il ait introduit, parmy ces comtes , le Guignes de la journée de Ravenne.

Guichenon, en l'histoire de la maison de Savoye , n'a pas esté si hardy, car il introduit celui-cy comme le premier de la race de nos Dauphins et l'appelle comte d'Albon, parce qu'en efiet il l'estoit, l'empereur Othon luy ayant inféodé cette comté, après la mort d'Aymeric, dernier comte, bienfaiteur de l'église de Romans, comme je l'ay appris par un de ses chartulaires.

Chorier semble vouloir douter qu'il y eut eu des comtes d'Âlbon autres que nos Dauphins, parce que personne ne l'a escrit, mais les chartulaires que j'ai veu en font mention de plusieurs qui ont esté les bienfaiteurs de l'église de Romans et particulièrement de cet Emeric qm en a esté le dernier.

Je dis, après Guichenon, qui l'a tiré des Chartres de l'abbaye deCluny, que ce Guignes donna l'an 940, à l'église deRomete, enGapençois, des domaines qu'il avoit en Champsaur, voisin du Graisivaudan, ce qui peut nous faire croire que Guignes en estoit originaire. Il eut pour fils Guignes et Humbert, évéque de Grenoble.

S*0egré.

GUIGUES II, Comte de Graisivaudan et d'AIboa, surnommé le Vieux.

Nous avons deux titres pour justifier de son existence.

L'un est tiré d'un chartulaire de l'abbaye de S. André de y tenne en ces termes :

Pro remêdio seniaris nostri domni Wigonis et Fredehurgi^f etc. , régnante Rodulpho rege.

En une autre diartulaire, il y a une chartre, où, sur la fin, sont ces mots : S. Wigonis comitis, fratrie episcopi Humberti. Gomme ce chartulaire est de l'évèchéde Grenoble y cet Humbert ne peut estre qu'évèque de cette église.

Frédéburge fut sa femme y de laquelle il eut trois enfants :

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